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Fabienne Brutus, la pasionaria de l’ANPE

lundi 3 avril 2006

Le vrai nom de Fabienne Brutus est Fabienne Brutus. Ce n’est pas un pseudonyme, comme pourraient le laisser penser les banderilles que cette jeune femme de 31 ans vient planter dans le dos de son employeur, l’ANPE. L’illustre Agence nationale pour l’emploi a déjà subi sur sa droite, jeudi 23 mars, un rapport sévère de la Cour des comptes. Une semaine plus tard, la voilà attaquée sur sa gauche par l’une de ses propres conseillères aux airs de fillette sagement insolente, qui dégaine ce pamphlet culotté : Chômage, des secrets bien gardés. Où elle épingle gabegie, chiffres faussés, radiations abusives, paperasserie inefficace, argent public gaspillé.

Il n’y avait qu’à pas énerver Fabienne Brutus. Ce qu’elle n’a pas supporté, c’est d’entendre à l’automne 2005 l’annonce triomphante de la baisse du chômage en France. Tout ce qu’elle constatait depuis le siège de son agence, dans l’Aude, venait le démentir. Tout ce qu’elle observait sur le déplacement subtil des chômeurs d’une "catégorie" à l’autre pour le besoin de les faire disparaître des statistiques concourait à l’indigner. Alors, ne sachant pas à qui le dire, elle a appelé à tout hasard le répondeur téléphonique de "Là-bas si j’y suis", l’émission de Daniel Mermet sur France Inter. Celui-ci a aussitôt passé un appel à l’antenne pour retrouver cette employée en colère et lui tendre le micro. Fabienne a fait un tabac. Des télévisions ont suivi. Un éditeur lui a commandé un livre. Fabienne Brutus l’a écrit en deux mois et demi. Un coup de gueule dans un style étonnamment maîtrisé. Qui ne doit rien, assure-t-elle, au fait qu’elle est membre d’Attac et du syndicat SUD.

La voilà à Paris avec son aplomb, son bagout incroyable, son petit minois malicieux auquel il ne manque que les couettes. Elle a grandi à Roubaix, d’abord "dans un petit quartier tranquille" puis, à la suite d’un revers de fortune de son père, dans une cité HLM. Ses parents, catholiques, l’ont élevée dans le respect des autres et de l’égalité. Des principes difficiles à prôner dans une cité où l’on vous cambriole trois fois par semaine. Fabienne ne supportait plus de côtoyer la misère "sans avoir aucun levier à activer pour que ça bouge". A 24 ans, déjà mère et divorcée, munie d’une maîtrise d’information et communication d’entreprise, elle part s’installer avec son jeune fils à Limoux, dans l’Aude.

Elle travaille dans une structure culturelle en emploi-jeune puis se retrouve au chômage. Pendant plus d’un an, elle fréquente l’ANPE de ce côté-là du guichet. Ne trouve pas d’emploi. Demande une formation en informatique, ne l’obtient pas. Repère sur Internet une annonce "Recrutons conseiller ANPE", décide de tenter le concours d’entrée, un peu par jeu. Et le réussit.

"Je m’étais fait une idée des dysfonctionnements de l’ANPE, mais j’étais loin d’imaginer l’ampleur des dégâts, raconte-t-elle. En arrivant, je me suis dit : je vais changer les choses, proposer des formations. Mais il n’y a rien de proposable. Sauf pour les métiers "en tension" (pour lesquels les offres sont nombreuses), l’Assedic ne paye pas de formation. On ne peut pas faire notre métier correctement. Nous sommes 23 000 agents pour accompagner 4 millions de chômeurs."

Le dénombrement des chômeurs est le point de départ du livre. Les chiffres sont publics, mais le Bureau international du travail définit le chômage en retenant la seule "catégorie 1". Définition : "personne sans emploi, immédiatement disponible, recherchant CDI à temps plein". Ne sont pas comptabilisées dans le chiffre final les sept autres catégories (personnes non disponibles immédiatement parce qu’en formation, personnes recherchant CDD ou CDI à temps partiel, etc.). "L’obtention de n’importe quel contrat précaire, occupation momentanée, stage de formation, fait évidemment glisser vers une catégorie "off"."

A l’automne 2005 étaient ainsi déclarés en France 2 millions et demi de chômeurs, et l’on se félicitait d’être passé sous la barre psychologique des 10 % de la population active. Or, toutes catégories confondues, ils étaient un peu plus de 4 millions inscrits à l’ANPE à la même époque : soit 15 % de la population active. S’y ajoutent les jeunes non indemnisés, les vieux dispensés de recherche d’emploi, les RMistes non inscrits ou encore ceux qui, par lassitude, abandonnent le pointage : un bon million de personnes en plus, selon Fabienne Brutus. Total estimé : 5 millions de chômeurs en France. 19 % de la population active...

La mission de l’ANPE est de favoriser la rencontre entre l’offre et la demande. Pour Fabienne Brutus, l’Agence, placée sous la tutelle du ministère de l’emploi, n’est plus en mesure de la satisfaire. La conseillère rejoint en partie l’analyse présentée dans le rapport de la Cour des comptes : "organisation inadaptée", "complexité des parcours", accompagnement insatisfaisant. Sans se reconnaître dans "les conclusions libérales" des magistrats. Elle croit encore dans la vertu d’un service public à même de "sauvegarder un minimum d’écoute dans le traitement du chômage".

Elle aime son métier de conseillère, dit-elle, et souhaite que l’Etat lui donne les moyens de l’exercer plutôt que de sous-traiter l’accompagnement des chômeurs à des cabinets privés. Elle voudrait qu’un conseiller puisse laisser le temps à un demandeur d’emploi de trouver le métier qui correspond à son projet, à sa qualification et à son salaire, plutôt que de radier un informaticien qui refuserait de se réorienter vers le bâtiment.

Elle déplore que le "suivi mensuel personnalisé" de chaque chômeur se traduise par des entretiens téléphoniques, ou groupés à 50 personnes : "C’est mené n’importe comment !" Conclusion : "Une véritable révolution dans le traitement du chômage est en train de s’opérer. Les consignes sont claires : l’ANPE doit recaser, coûte que coûte. Qu’importe si les emplois sont précaires, voire fictifs. On est dans une logique d’abattage pour mettre de bons chiffres dans des cases."

En librairie depuis le 30 mars, le livre allume la polémique. Fabienne Brutus reçoit des messages de soutien de conseillers d’agences qui la félicitent pour son "exactitude" et son "courage". La direction de l’ANPE laisse s’exprimer d’autres conseillers "offensés" qui rappellent que leur quotidien ne consiste pas à manier les chiffres, mais à proposer des plans d’action aux demandeurs d’emploi. Fabienne Brutus regarde bouger le cocotier, la frimousse discrètement victorieuse. Toujours à son poste, jusqu’à nouvel ordre.

http://www.lemonde.fr/web/article/0...

Messages

  • http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=884

    Il est aussi possible d’écouter son témoignage dans l’émission de Mermet à l’adresse jointe.

  • Aux chômeurs réels recensés par Fabienne Brutus (19 % de la population active !!!), il faudrait encore ajouter tous les adolescents confinés la plus longtemps possible dans des classes poubelles. Allergiques à la scolarité prolongée qui leur est imposée, ils s’efforcent d’entraîner leurs condisciples dans leur naufrage.
    Guic

  • TEMOIGNAGE
    J’ai reçu hier le 12 avril une letttre de menace de radiation, suite à mon absence à un entretien le 3 avril, pour lequel j’avais envoyé une lettre d’excuses car j’ai une "activité professionnelle conservée" journalistique qui me prend 1 à 2 jours par semaine. Comme l’ambiance est à la radiation, je suis méfiante et j’avais appelé mon agence 3-4 jours avant le RDV pour m’assurer qu’ils avaient bien pris mon courrier d’excuses en compte. On m’a confirmé que oui. Néanmoins on me passe un coup de fil... une demi-heure avant le RDV pour l’annuler, la conseillère étant malade !!! Ce qui prouve à l’évidence que mon courrier n’avait pas été vu, au moins par la personne qui a appelé pour annuler le RDV... en fin de compte, c’est l’ANPE qui a annulé le RDV...

    Là où cela tourne à l’absurde, c’est lorsque je reçois une lettre de menace de radiation 10 jours plus tard, disant que je ne me suis pas présentée au RDV... J’ai alors téléphoné pour dire que je pouvais venir TOUT DE SUITE pour un RDV, et comme ça ce serait réglé une fois pour toutes, mais on me demande d’attendre un prochain RDV... pour lequel la convocation arrivera APRES la date limite de radiation... On m’a expliqué que le courrier de menace de radiation partait 2 jours après l’annulation du RDV, quelle que soit la cause de l’annulation, que c’était une mesure nationale, qu’ils n’y pouvaient rien, et que je n’avais pas à en tenir compte... quelle preuve ai-je que cette lettre est nulle et non avenue ?... Ubuesque... L’enfer est pavé de bonnes intentions...

  • Cette action s’inscrit dans le cadre d’une campagne contre les radiations menée par des collectifs AC ! - Plus d’info : http://www.ac.eu.org

    Projection-débat « Chômage : la baisse à tout prix ? »
    Organisée par AC ! Agir ensemble contre le Chômage et la précarité

    Samedi 10 juin à 18h30
    à la médiathèque de Nantes
    (Salle Jules Vallès – Quai de la Fosse)
    Avec Fabienne BRUTUS
    conseillère ANPE et auteure de « ANPE, des secrets bien gardés ».

    Projection de « Chômage : la baisse à tout prix ? », reportage d’investigation de 30 minutes diffusé en février 2006 sur Canal + dans l’émission « 90 minutes », suivie d’un débat.

    L’emploi serait LA « priorité » du gouvernement : le chômage doit absolument baisser. Et effectivement, depuis des mois, le gouvernement ne cesse de communiquer sur cette prétendue baisse.

    Une reprise de l’emploi ou juste une politique d’élimination des chômeurs ?

    Car le gouvernement s’attaque à son « stock de demandeurs d’emploi » avec toute une série de mesures fortes : multiplication des convocations, des pressions, des sanctions, des radiations, glissement de catégories et stages bidons imposés pour sortir les chômeurs des chiffres.

    Une caméra a pu filmer un « tribunal pour chômeurs », une commission très discrète… et des témoignages de chômeurs radiés arbitrairement.

    Fabienne Brutus, agent de l’ANPE, dénonce de l’intérieur ce qu’elle appelle « le sale boulot », les consignes pour « nettoyer les fichiers » et faire baisser les chiffres.

    AC ! NANTES, 21 allée Baco, 44000 NANTES. Permanences le mardi et le jeudi de 16 H. à 18 H.
    Tél. : 02.40.89.51.99/ 06.77.21.31.22 Em@il : ac.nantes@free.fr Site : http://www.ac.eu.org

  • "le suivi mensuel personnalaisé : mensonges, confusion et maltraitance des usagers !"
    voilà le message pour la grève du 13 juin 2006 à l’ANPE (appel intersyndical :CGT, FO, SNU, SUD)
    ce n’est pas seulement une action des conseillers ANPE pour défendre nos missions de conseils et non de contrôleur mais aussi pour la défense du service public et des usagers.
    cette journée doit être soutenue par toute personne salarié, chômeurs, travailleurs de l’insertion, du service public, citoyen etc...
    car elle doit informer et sensibiliser à l’exterieur de l’ANPE sur problèmes que posent cette nouvelle organisation rigide et coercitive dont l’intention n’est pas de proposer un vrai service personnalisé ( à savoir adapté aux besoins des chômeurs) mais un vrai contrôle personnalisé par la peur, la (re)pression et la culpabilité !!!
    cette grève est nationale, ma crainte est que même à l’interne il y a des conseillers pas si convaincu que soit si mal ce suivi...il faut vraiment que cette journée serve à informer sur ce qui se passe à l4ANPE et comment ça se passe.
    merci à la presse d’informer et d’alerter ! il y a urgence

    une conseillère ANPE appeurée et paniquée par l’évolution de ses missions mais convaincue de l’importance de maintenir un vrai service public de l’emploi accessible à TOUTES ET A TOUS !!!

  • Je suis tout à fait d’accord avec Fabienne, les chiffres donnés par le Gouvernement ne correspondent pas à la réalité.

    Mais je voudrais souligner que depuis de nombreuses années, les chiffres ne correspondent pas à la réalité, bien avant 2001 c’était déjà pareil.

    Les gouvernements créent des contrats bidons pour faire baisser le chômage. L’Etat en est souvent le seul bénéficiaire, Contrats jeunes, CES CEC maintenant les CAE, Assistant d’éducation, Assistant pédagogique et autres......

    En France on se voile la face, et on ne voit pas qu’il existe un marché de l’emploi précaire qui augmente de plus en plus et qui est en parallèle avec le marché du travail.

  • Enfin la vérité est dévoilée, on attendait la réalité des faits depuis vingt ans. Merci Madame pour votre courage...C’est dommage il est trop tard pour le gâchis !
    D’ailleurs, c’était prévisible à force d’employer des surdiplômés à des postes subalternes, ils torpillent de l’intérieur leur propre idéologie ultra-libérale et la démocratie participative d’opinion.

  • Bonjour à Tous, chomeurs et des employes de l’ANPE. Nous somme tous dans le même bateau !
    Nous savons besoin de courage de Fabienne Brutus. Bravo !

    • Fabienne a raison sur beaucoup de choses... malgré tout, le malheur du chomage ne fait pas de tout chomeur un adulte plein de bonnes intentions, forcément victime, qui aurait forcément raison... tous les jours mes collègues de l’anpe se démènent pour avancer, ne pas crouler sous la paperasse, et trouver de VRAIES solutions aux demandeurs d’emploi qui viennent à l’agence.
      Tous les jours aussi, on voit arriver des psychotiques que l’état ne prend pas en charge, si ce n’est à l’anpe...et puis des gens agressifs, des gens méprisants, des gens qui profitent du système : eh oui, ceux-là existent, et on peut le dire sans pour autant voter à droite.
      Je suis un peu agacée que tous critiquent l’état, même si cela peut être justifié... Cette critique permet surtout de ne pas regarder son propre niveau de responsabilité.
      Je suis des demandeurs d’emploi qui ne recherchent pas d’emploi, juste une septième ou huitième formation... Comment parler de reconversion dans ce cas ? Est-ce à celui qui travaille, et qui souhaiterait peut-être lui aussi ne pas avoir à subir la péniblilité de son emploi, de prendre cette gabegie en charge ??

      Il faudrait aussi se faire l’écho de ces difficultés-là non ???

  • Bravo
    tu t’appelles Fabienne comme moi. A croire que ce sont des filles de caractère. Moi je suis déçue aussi de l’anpe qui se permet de juger mon cv irrecevable.

    Secrétaire indépendante depuis le 1er septembre 2008, je galère.

    Je me suis pourtant renseignée partout chambre des commerces, rdv avec une conseillère etc. qui m’ont octroyé, qui m’ont dit c ok pour l’accord de l’aide ACCRE. Même l’URSSAF au vu de ma fin de droit proche me l’a acceptée.

    Or depuis le 15 septembre je n’ai aucune aide ladite demande m’a été refusée.

    Quelques "clients" à compter du 15 octobre, novembre ok, décembre ok, quant à janvier février très calme aucune rentrée d’argent, aucune aide.

    Là en ce moment depuis mars ça redémarre tout doucement, mais mon découvert s’amplifie c’est super pour le moral ....

    Bonjour l’aide à la création d’entreprise et de plus maintenant je me fais court circuité par les ANPE !!!!!!!!!!!!!!!!!

    Je tiens à préciser que même si je suis indépendante j’estime que j’ai le droit de postuler et on n’a pas le droit de me refuser à postuler à des annonces, vu la conjoncture actuelle les entreprises n’embauchent plus ou veulent réduire leurs frais alors pourquoi me court circuiter.

    Je ne peux pas me permette de me "ruiner" encore pour les prospect, à savoir créer un site perso !!! dond j’en passe des heures à "démarcher" via internet ou porte à porte.

    De plus une directrice d’agence régionale qui ne répond pas à une lettre recommandée, je trouve celà très désolant ....

    Mais c’est comme ça .......