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Hewlett Packard, une fatalité ?

dimanche 25 septembre 2005 - Contacter l'auteur - 4 coms

de Bernard Lallement philosophe et écrivain

Lors d’un déplacement à Oxyomax, Dominique de Villepin à indiquer entendre "engager le dialogue dans un esprit constructif" avec Hewlett Packard et réfléchir à une éventuelle demande de remboursement des fonds publics concédés à cette société.

A la suite d’annonce de plus de 1.200 licenciements par la firme américaine, sur son site français, notre Premier ministre feint donc de s’étonner d’une telle mesure prise avec "une telle brutalité" pour reprendre l’expression de Jean-Louis Borloo.

Curieuse et triste époque où une entreprise commerciale devient l’interlocuteur privilégié d’un gouvernement, au même titre qu’un autre Etat, et entend dicter sa loi aux économies internes.

Mais il serait vain d’y voir la marque d’une fatalité. Il s’agit, tout bonnement, de la stricte application des thèses libérales en vigueur dans notre économie de marché dont Friedrich A. Hayek, icône de Wall Street, fut le brillant théoricien ; libéralisme dont les droites européennes sont les plus ferventes zélatrices.

Dominique de Villepin sait pertinemment que les aides publiques reçues par HP n’ont pas, en droit, à être remboursées. Des emplois ont bien été créés, un temps il est vrai, mais je le renvoie aux propos de Laurence Parisot, nouvelle égérie du Medef, tenu lors de la dernière université d’été du patronat : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »

Quant aux délocalisations, il est à craindre qu’elles suivront la même logique, celle de « l’efficience » du profit. « On ne peut pas à la fois se féliciter que nos entreprises fassent des conquêtes à l’étranger et refuser la réciproque. » a rappelé la patronne des patrons.

Et la Commission européenne, comme l’a précisé son président, est d’autant plus impuissante à endiguer la tendance que les traités régissant l’union ont, eux-mêmes, affirmé le principe de la libre installation.

Le monde est devenu un grand marché dans lequel la France, comme bien d’autres pays, ne constitue qu’une échoppe.

Un tel système n’est pas le fruit du hasard, il a été voulu, mûri, pensé. Dans son édition, datée du 23 septembre, La Tribune titrait fièrement « 2005, année record pour les profits du CAC 40 » en précisant qu’ « elles devraient inscrire un nouveau record historique avec plus de 75 milliards d’euros de bénéfices. » Bref, comme le souligne le quotidien économique, un vrai « jackpot pour les actionnaires » surtout pour les entreprises ayant joué la carte gagnante de "l’international", c’est-à-dire de la mondialisation.

Le rapport mondial du développement humain, présenté au dernier sommet de l’ONU, relève que "40 % de la population mondiale vit dans un état d’extrême pauvreté, avec un revenu inférieur à 2 $ par jour. Un milliard de personnes ont moins de 1 $ pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. Par ailleurs, les 500 personnes les plus riches de la planète (selon le classement du magazine Fortune) possèdent, ensemble, la totalité des revenus des 418 millions les plus pauvres.

Dans le même temps, le chômage continue de battre, aussi, ses records historiques. Aussi, lorsqu’on veut nous faire croire que les licenciements n’ont rien à voir avec la recherche de profits il est permis de rester sceptique.

Nous nous berçons de l’illusion d’un travail pour tous alors que celui-ci se raréfie. Tant que nous ne nous attellerons pas à une véritable politique de répartition, plus juste, des richesses, et pas seulement des fruits d’une hypothétique croissante, les inégalités ne cesseront de se creuser, comme on l’observe, maintenant, aux Etats-Unis.

Déjà, en 1958 dans « La condition de l’homme moderne » Hannah Arendt nous prévenait : "L’époque moderne s’accompagne de la glorification théorique du travail et elle arrive en fait à transformer la société tout entière en une société de travailleurs. Le souhait se réalise donc, comme dans les contes de fées, au moment où il ne peut que mystifier. C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, et cette société ne sait plus rien des activités plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté (... Mais) ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire."

Aujourd’hui, le pire est en passe de devenir certitude. Aussi, devient-il urgent de redécouvrir le chemin d’une gouvernance marquant une rupture, sans concession, avec cette logique d’un capitalisme sauvage et sans scrupule. Il convient de faire en sorte que le citoyen réinvestisse le champ du Politique.

Il est temps de se rendre compte que le réformisme de la sociale-démocratie n’est pas en mesure d’apporter les réponses nécessaires au développement humain lequel ne saurait s’enferrer dans les seuls émois des golden boys de la City.

Réinventer le monde à l’échelle de l’homme devient une nécessité de chaque jour.

http://sartre.blogspirit.com

Mots clés : Bernard Lallement / Commerce-Indus.-Bourse / Dazibao / Emploi-chômage / Gouvernements /

Messages

  • ce dont nous avons besoin c’est d’une révolution copernicienne !
    les tensions montent mais qui peut prévoir le déplacement des plaques tectoniques ? et dans quels sens ?
    Nulle part il est écrit que l’Homme se survivra, que son passage s’éteindra bien avant celui de la planète.

    Mais en attendant : qui peut me dire qui est propriétaire - en détail - d’HP ?

    Nous vivons bien dans une "société anonyme" !!

    Arlequin

    • Ca serait interessant effectivement d’identifier l’actionariat de ce groupe américain.
      Il s’échange apparemment chaque jour dans les 200 000 000 d’euros d’actions aux USA sur ce groupe, le cours de la valeur semblant exploser vers les cimes (quelle merveille le net pour avoir l’info !) ....

      Par contre il est très important de constater qu’en n’hésitant pas à cogner sur des catégories habituellement gagnantes et alliées du système (les cadres) après avoir castagné les categories ouvrieres, les actionariats des grands groupes affaiblissent considerablement les soutiens possibles, les alliances que peut passer la bourgeoisie pour fortifier sa position en Europe.

      Les grandes entreprises internationales sont engagées dans une enorme fuite en avant qui recompose le sort concret de l’ensemble des couches sociales des classes ouvrieres sur la planête.

      Ce faisant ils peuvent suciter des réactions de + en + vives dans les zones où "on" ne souhaite plus de compromis social... Dans ces zones "on" ne laisse plus de place aux reformistes et socio-democrates traditionnels sommés d’obéir sans contre-parties.

      Et il en découle les secousses qu’on a vu ces derniers temps en Europe dans les diverses elections et referendums qui s’y sont déroulés.

      Il n’y a plus de grain à moudre ! Même pour les cadres !

      Copas

  • il ne me semble pas possible, qu’une partie de la population s’enrichisse aux détriment de la majorité de la population mondiale, c’est une hérésie de penser que les productions seront consommées par des impécunieux, avec quoi achéteront-ils, puisqu’ils sont pauvres !...il faut donc nécessairement qu’il y ai un équilibre conservé pour que le système " production = consommation" soit en équilibre, ou il y a ; à terme, une faillite. Je ne pense pas (personnellement) que nous en soyons à ce point de rupture, il y aura des prises de conscience, bien avant cette extrémité. C’est mon avis ; C’est en tout cas, ce que je souhaite, pour la PAIX.

    • D’une part, qu’une très faible minorité s’enrichisse au détriment de la très grande majorité de la population n’est pas une possibilité mais un fait.

      D’autre part, l’hérésie c’est de croire que tout ce qui est produit est consommé ! Vous n’imaginez pas tout ce qu’on peut jeter... L’hérésie c’est encore de croire que ce sont les riches qui consomment, ces derniers spéculent, épargnent, investissent mais consomment très peu.
      Ce sont bien les pauvres et la classe moyenne qui consomment. 80% des ressources sont consommées par 20% de la population mondiale, le sud produit, le nord consomme. Quand les pauvres du nord n’ont plus un rond, ils louent de l’argent à des propriétaires de capitaux, c’est ce qu’on appelle "le crédit", ils peuvent donc continuer à assurer le seul lien que la société daigne tisser avec eux : consommer (et accessoirement s’endetter indéfiniment).

      "Il y aura des prises de conscience", ça me rappelle quelque chose... "Jusqu’ici tout va bien", pour moi, ma famille, ma télé et mon chien.

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