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Hors de Gaza, oui de la Knesset au plan de Sharon

vendredi 29 octobre 2004


Le Likoud se divise, projet mis en doute. Le parlement israélien approuve "sur
le principe" le plan du premier ministre pour le retrait unilatéral de la Bande
de Gaza. Mais Netanyahu et d’autres ministres exigent un referendum qui enverrait
tout promener.


de MICHELE GIORGIO JERUSALEM

Avec 67 votes pour, 47 contre et 7 abstentions, la Knesset a approuvé [avant-]hier
soir le projet d’évacuation des 21 colonies juives de Gaza et de 4 en Cisjordanie,
présenté par le premier ministre israélien Ariel Sharon. Tout s’est passé selon
les prévisions et l’écart important entre les favorables et les opposants confirme
que le suspense des heures qui ont précédé le vote a été créé par les médias
et ne se basait en réalité sur rien de concret. Pour autant, la large majorité transversale
qui a soutenu ce que quelqu’un a défini comme "un plan historique de retrait
de Gaza" n’offre pas de garantie de stabilité politique à Sharon. Le gouvernement
déjà en minorité depuis l’été dernier est encore plus vacillant depuis hier soir.
Le ministre des finances Benjamin Netanyahu a menacé de remettre sa démission
si Sharon n’acceptait pas d’annoncer un referendum populaire sur le retrait.

A ce moment-là, les élections anticipées sont une possibilité concrète que Sharon ne peut éviter qu’en formant un gouvernement avec les travaillistes de Shimon Peres. "C’est un grand succès du premier ministre. C’est la preuve qu’ils n’ont rien à faire à Gaza", a affirmé après le vote le ministre des transports Meir Shitrit, camarade de parti du premier ministre. Le même jugement a été exprimé par le ministre de la justice Yosef Lapiid, leader de Shinui. Au quartier général palestinien de Ramallah, le vote a été suivi avec une attention médiocre. Le plan unilatéral de Sharon ne plait pas vraiment à l’Anp, mais elle devra rapidement faire tout de même avec parce que les médiateurs égyptiens, dans la ligne des décisions des Etats-Unis, l’appuient de fait et se préparent, au début du mois prochain, à relancer leur initiative diplomatique en Israël et dans les Territoires occupés, destinée précisément à favoriser la sortie des soldats et des colons de Gaza.

En faveur de qui ? Ce n’est qu’une des nombreuses questions qui caractérisent le projet de Sharon qui a reçu la bénédiction, en avril dernier, du président américain George W.Bush. La situation à la Knesset est restée confuse toute la journée et le vote a commencé avec environ une demi-heure de retard. Trois ministres du Likoud - Netanyahu, Israel Katz et Limor Livnat - avaient menacé de voter contre le retrait de Gaza si le premier ministre n’acceptait pas la demande avancée par le Parti national religieux (Pnr) d’un referendum (non prévu dans le système israélien). Sharon qui, jusqu’à présent s’est toujours déclaré contraire au referendum, estimant que cela ne servirait qu’à retarder l’évacuation des colonies, n’exclue pas aujourd’hui de pouvoir examiner cette possibilité.

Les Palestiniens seraient bafoués une fois de plus puisque les citoyens de la puissance occupante seraient amenés à décider du destin des occupés alors que les résolutions internationales imposent à Israël de laisser les territoires arabes qu’il a pris par la force des armes en 1967. Les derniers jours de tension ont en tout cas mis en évidence que les colons et la droite la plus outrancière n’ont pas hésité à utiliser tous les moyens de pression psychologique à leur disposition : les appels des rabbins à la défense de la "sainteté" de la terre et les invocations des enfants et des adolescents arrivés en autobus des installations de Gaza et de Cisjordanie où les écoles - en violant le droit du ministère de l’éducation - sont restées fermées.

Pendant des années les Palestiniens ont été accusés d’envoyer même les enfants dans la rue pendant les manifestations politiques et les affrontements avec les soldats israéliens. Il était évident hier que la majorité écrasante de la foule rangée devant la Knesset à contester le plan de Sharon était formée de jeunes gens et même d’enfants. Un rabbin d’extrême droite répétait : "Dieu nous a confié la mission d’être ses porte-drapeau...Nous, nous luttons pour la Terre d’Israël, pour notre peuple, pour la justice". "Ce retrait - a dit de son côté le député Effi Eytan - est une maladie de l’âme. Il n’est pas seulement terrible, il est immoral".

A partir d’aujourd’hui ce sera justement Eytan qui représentera le point de référence dans le panorama politique officiel de la droite la plus radicale. L’ère Sharon est terminée, non pas parce qu’il est devenu "pacifiste" mais parce qu’il a brisé un pacte vieux de plusieurs décennies. Celui qu’il établit avec les colons à la fin de sa carrière militaire pour se créer une base de pouvoir dans le Likoud. Le Gush Emunim (le mouvement des colons) avait vu en lui un véhicule du Messie qui s’est aujourd’hui transformé en un "ange du mal". C’est seulement pour les Palestiniens que Sharon ne change pas, il reste "Arik, le bulldozer".

Traduit de l’italien par Karl et Rosa - Bellaciao

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/27-Ottobre-2004/art24.html