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Italie, le centre-droit mise tout sur la peur : Refondation et les mouvements sont visés

vendredi 17 mars 2006 - Contacter l'auteur - 1 com

de Rina Gagliardi traduit de l’italien par karl&rosa

Mais est-ce qu’on avait déjà vu une telle campagne électorale ? Manipulée, antipolitique, violente. Etudiée pour expulser de soi tout ce qui peut entraîner vraiment les électeurs en chair et en os, leurs problèmes réels - le travail qu’il n’y a pas, le salaire qui diminue, les sécurités qui ont rejoint le niveau d’alarme.

Une campagne rythmée sur la dramatisation de phrases, de sagas télévisuelles, de rixes et de duels - pour exciter les pires supporters du pire match de stade. Non, il n’est pas question de s’abandonner aux tentations passéistes ou de crier au complot... Mais il y a quelque chose d’inquiétant, et oui. Le centre-droit et notamment son leader, sont désespérés : pour eux, le 9 avril ne s’esquisse pas comme une défaite quelconque, mais comme la conclusion d’un cycle.

Pas comme l’occasion d’une "tranquille" alternance, avec le passage de consignes y afférant, mais comme le début d’une possible désagrégation "finale". S’il en est ainsi, si des millions d’euros jetés par le Cavaliere dans le marketing et dans les marathons américains risquent de ne servir à rien, comment exclure a priori que dans le Polo [le rassemblement de centre-droit, ndt] se frayent un chemin des tentations du genre à délégitimer, à la saveur vaguement subversive ?

D’ailleurs, Berlusconi l’a déjà dit dans son match avec Lucia Annunziata : la gauche est maître dans l’art des truquages électoraux - oui, il a eu le culot de répondre ainsi à la question concernant le scandale Storace [le ministre de la Santé qui vient de démissionner suit à un scandale d’écoutes téléphoniques, ndt]. Et ils sont plusieurs, dans le Polo, à déclarer que le premier ministre ferait bien de faire sauter, ce soir, le face-à-face avec Prodi : justement pour faire monter davantage la tension déjà haute et avec elle l’incivilité de la confrontation. Cela serait, en somme, la vieille idée de faire sauter la banque, étant donné que les cartes ne sont pas bonnes et le jeu languit.

Dans ce climat, il faut le savoir, la gauche radicale et Refondation communiste qui en représente une si grande partie, sont dans le collimateur et aucun moyen, qu’il soit "licite" ou illicite, n’est épargné. La tentative évidente est d’incendier au maximum la compétition électorale, en criminalisant les forces du changement, en les diffamant, en en faisant, tout court, l’amalgame avec les comportements "extrémistes" les plus insensés et dangereux. On frappe aussi bien la crédibilité de l’Unione [l’alliance de centre-gauche, ndt] en tant que telle que la "fiabilité" de la gauche d’alternative.

La chronique de ces dernières journées surexcitées parle d’elle-même. A Milan un "samedi noir" bouleverse la ville : deux cent jeunes violents et irresponsables jouent à la guerre et mettent en échec huit cents agents. Le résultat immédiat est que le cortège de Fiamma tricolore, qui déborde de croix gammées, de saluts romains et d’hymnes à Mussolini se déroule tranquillement et que rares sont ceux qui ont la force de reprocher au centre-droit un allié électoral si peu "présentable". Le résultat politique est le tapage qui se déchaîne contre Refondation, les alter mondialistes, les mouvements, les centres sociaux, la gauche, avec le ministre Pisanu comme protagoniste : tout est réduit à un "unicum" , à une espèce de monolithe plus ou moins compact et solidaire.

Un peu comme on le fait avec l’Islam - il y a cent Islam, mais ensuite tous les musulmans, en tant que tels, sont représentés comme des fondamentalistes et des terroristes. Refondation communiste n’a rien de commun avec les black bloc et les anarchistes rêvant l’insurrection ? Cela ne fait rien. Refondation communiste a sèchement condamné les violences de Milan et souligne son option stratégique de non-violence ? Cela ne fait rien, cela ne suffit pas. C’est la notion même d’alter mondialiste qui est assimilée à l’extrémisme violent, bien qu’il soit bien connu que la très grande majorité du mouvement a choisi une pratique pacifique et pacifiste : et un politique modéré comme Pier Ferdinando Casini arrive à dire que les alter mondialistes ne peuvent pas siéger au parlement, presque comme si le mouvement était comme la peste, ou une réalité à exclure, à réprimer, à chasser de toute façon hors du rapport avec la politique.

En réalité, c’est l’idée même de conflit - conflit social mûr, lutte de masse, protestation - qui est mise en procès. Dans cette surenchère on monte à nouveau le "cas Caruso". Cette fois Caruso n’y est pour rien : il n’était pas à Milan, il n’a pas participé à la manifestation de samedi, comme d’ailleurs n’y a pas participé le centre social milanais le plus prestigieux, le Leoncavallo. Mais le théorème progresse quand même : du candidat Caruso à Refondation communiste, de la journée milanaise à l’essence des mouvements, de Caruso à Bertinotti et de Bertinotti à Prodi. Jusqu’à des interviews imaginaires de la part de quotidiens quasiment imaginaires (Il Quotidiano nazionale) et tant pis pour la déontologie professionnelle. Et ne parlons pas des communiqués du ministère de l’Intérieur qui sèment quotidiennement la panique et un climat alarmiste. Et pourtant Francesco Caruso écrit aujourd’hui, dans ce même journal, qu’à Milan "une faute grave" a été commise, plus, "un choix démentiel" et il prend ses distances par rapport à ce qui est arrivé : politiquement, c’est cela qui compte, qui doit compter. Mais cela suffira-t-il ?

Maintenant, certes, l’objectif immédiat est la manifestation de samedi prochain. Elle a été conçue comme une grande journée de paix et pour la paix et elle va l’être, en dépit des faucons et des chacals aux aguets. Mais la tentative de semer la panique et l’alarme est pleinement en cours, dans le but minimum de réduire la participation et de miner la confiance de masse dans le choix de descendre dans la rue - les mains nues, les visages découverts - pour dire non à une guerre qui continue, chaque jour, à massacrer des innocents. Plus que jamais, en somme, la non-violence est la seule voie qui ait un sens à être parcourue dans la politique. Précisément dans une campagne électorale comme celle-ci, où la violence risque d’agir en maître et d’envelopper tout et tous dans un édredon de brouillard venimeux.

Mots clés : Dazibao / Gouvernements / Italie / Italie - Législatives 2006 / Rina Gagliardi /

Messages

  • Il nous faut voir en face qu’un bras de fer commence à s’enclencher dans plusieurs états européens.

    Les forces des capitalistes alliées aux supplétifs nazillons commencent à sortir de leurs digues et à menacer ouvertement, avec des protections non dissimulées.

    Le rôle des gauches là dedans, surtout si elles arrivent au gouvernement, sera de ne pas altermoyer mais de frapper durement ceux qui menacent les travailleurs, les jeunes et l’essentiel de la population, afin de leur oter tout pouvoir indus, construit sur le fric et le despotisme.

    Un petit ducillon comme Berlu, aux propos délirants, avec ses employés médiatiques vociférants, aux poignets crispés sur des hauts-parleurs achetés par leur maître, constitue un grave danger pour les libertés et pour la majorité sociale de la population.
    Il est la démonstration de l’insuffisante extension de la démocratie dans la société, qui laisse des pans entiers de la société sous des fonctionements ne ressortants pas de la démocratie mais du despotisme comme le sont les grandes entreprises privées ou d’état.

    Berlu est dans cette inspiration haineuse et manipulatrice des populations, ...

    Il est dans le droit fil des gouvernementaux français indignes, tricheurs, menteurs, commençant à être vomis par la population...

    De Berlu à Sarko, la recherche est la même :

    * Essayer de déclencher des incendies secondaires qui détournent la colère des populations contre des boucs émissaires, même si le prix à payer est un flirt extremement dangereux avec le neo-nazisme et les forces pré-genocidaires tournant et menaçant de plus en plus lourdement les minorités europeennes.

    Sarko, Villepin, Berlusconi, Blair, etc, ces gens sont dangereux.

    Pas de mansuetude ni d’hésitation à avoir face à ces malfaisants et surtout ceux qui tirent derrière les ficelles !
    Un manque de détermination, une gestion menageant la chèvre et le chou, et nous aurions rapidement des risques extremes en Europe de voir de terribles retours.

    Copas

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