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L’Iran dans l’espace : y a-t-il lieu de paniquer ?

dimanche 8 février 2009 - Contacter l'auteur

De toute évidence, l’Iran a tenu sa promesse de mettre en orbite circumterrestre le premier satellite national Omid ("Espérance"), en utilisant sa propre fusée porteuse, et ce avant la fin de l’année selon le calendrier solaire iranien (qui se termine le 20 mars). En effet, le lancement a eu lieu le 3 février, et les nombreux médias internationaux (et non seulement iraniens) ont rapporté que l’appareil avait déjà transmis sur Terre un message du leader iranien selon lequel cet événement a marqué "la présence officielle de la République islamique d’Iran dans l’espace".

Les particularités techniques de ce lancement, bien que très intéressantes, ne revêtent pas une importance décisive à l’heure actuelle. Peu importe si l’engin iranien n’est pas à même de fonctionner pendant plusieurs mois comme prévu, et tombe en panne dans quelques jours ; en réalité, il ne pourrait même s’agir que d’un vol suborbital. Ce qui importe c’est que l’Iran, qui s’est décidé à devenir une puissance spatiale, finira par y parvenir, quoi qu’il arrive. Suite à ce lancement, il est devenu évident que l’Iran a entamé "sa" conquête de l’espace.

Quelle est la principale composante de la question spatiale iranienne aux yeux de la communauté internationale ? Certes, s’il s’agissait de n’importe quel Etat sauf l’Iran, ses voisins n’auraient aucun souci à cet égard. Malheureusement, les experts occidentaux lient exclusivement les projets spatiaux de Téhéran, qui les présente comme un programme pacifique, au développement de missiles nucléaires.

Ont-ils raison de s’inquiéter, étant donné le succès du dernier lancement ? En principe, oui. Si l’on analyse les faits sans préciser de quel Etat il s’agit, on peut dire que plusieurs tirs réussis de missiles balistiques de moyenne portée, puis quelques lancements de fusées porteuses effectués dans le cadre de programmes suborbitaux signifient que le pays serait capable de tester une arme balistique stratégique dans un proche avenir.

Mais rien de plus. Il n’y a aucune raison de redouter qu’un pays ayant procédé à plusieurs lancements dans l’espace puisse prochainement mettre en service un système de missiles nucléaires.

Pour les forces balistiques, une préparation au combat efficace consiste à s’adapter rapidement à une situation en perpétuel changement, ainsi qu’à être en mesure de prendre et d’appliquer les décisions adéquates.

Dans ce contexte, on peut citer l’exemple édifiant de l’URSS. Au début, il fallait dix heures pour préparer le lancement d’un missile R-7. A l’époque, les dirigeants soviétiques ne cessaient de répéter que le pays était à même de frapper le territoire américain. Il est vrai que potentiellement, il en était capable. Mais en réalité, ce n’était pas garanti. Aujourd’hui, il n’y a aucun lieu de supposer que l’Iran soit en mesure d’assurer la bonne préparation au combat de sa future arme stratégique (laquelle n’a pas encore été créée).

En outre, si lancer un satellite est une chose, tirer un missile intercontinental et frapper une cible concrète en est une autre. Revenons une fois de plus à l’expérience de l’URSS, qui avait suffisamment de moyens de façonner une "matraque nucléaire" et ne cachait pas son intention de le faire le plus vite possible. Il a cependant fallu des années d’essais pour que l’équipe de Korolev puisse finalement résoudre le problème de la destruction de l’ogive dans les couches denses de l’atmosphère. Au fond, le lancement du fameux Spoutnik en 1957 était dû à la crise des conceptions en la matière. Les constructeurs ont voulu détourner ainsi l’attention des dirigeants du pays, qui ne voulaient entendre parler que de la mise au point d’une arme nucléaire.

L’effet de ce stratagème a d’ailleurs dépassé toutes les prévisions, mais c’est une autre histoire...

- http://fr.rian.ru/analysis/20090205...

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