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LAGARDÈRE-BOLLORÉ : UN PARFUM DE CONSANGUINITÉ

jeudi 19 janvier 2017, par Intersyndicale SNJ, SNJ-CGT, USJ, CFDT

La chronologie a été soigneusement mise au point
 : à 1 heure et 11 minutes d’intervalle, mercredi
11 janvier, deux groupes concurrents, Canal + et
Lagardère, ont mis en émoi la planète médiatique
en publiant chacun un communiqué traitant du sort de Jean-Pierre Elkabbach. Le premier (Canal +)
pour annoncer que l’ancien intervieweur vedette d’Europe 1, âgé aujourd’hui de 79 ans, rejoignait
iTélé et ét
ait nommé « 
conseiller auprès de la direction générale du groupe Vivendi/Canal pour son
développement
 » ; le second (Lagardère) pour indiquer qu’ « 
en accord avec Vincent Bolloré
 » (merci,
patron
 !), Jean-Pierre Elkabbach était reconduit dans sa mission de
« conseiller pour les médias du
groupe Lagardère
 ».

Les syndicats de journalistes de Lagardère Active s’interrogent. Quelle mouche a piqué les patrons
des deux groupes pour décider de se faire conseiller sur leurs projets stratégiques par le même
pe
rsonnage
 ? Quelle mouche, sachant que l’homme en question mènera parallèlement des
interviews politiques et de grands entretiens sur la future chaîne CNews en concurrence frontale
avec l’antenne d’Europe 1... Comment Arnaud Lagardère a-t-il pu ne pas voir le conflit d’intérêts que
sa décision va inévitablement créer
 ? D’autant que – tout Paris le sait —
Jean-Pierre Elkabbach est
animé de fortes intentions revanchardes à l’encontre de la radio qui l’a écarté. Saura-
t-il mettre de
côté ces intentions quand il conseillera Vincent Bolloré
 ? Qui privilégiera-
t-il le jour où Canal et
Lagardère voudront acquérir le même joyau
 ? Saura-
t-il se taire quand l’un des deux groupes
envisagera une opération stratégique
 ? Lagardère-Bolloré, Bolloré-Lagardère
 : dans quel sens
fera-
t-il
circuler les informations
 ?

On croyait avoir tout vu... Eh bien, non
 ! En s’aventurant ainsi sur le terrain de la consanguinité, les
groupes Lagardère et Vivendi démontrent leur capacité à bousculer tous les codes et à embrouiller
un peu plus
leurs salariés respectifs. Comme si le fait, pour lesdits salariés, d’avoir été mis en coupe
réglée (crise majeure et
politique de la terre brûlée,
fin 2016, chez iTélé et succession de plans
sociaux et de ventes à la découpe chez Lagardère Active) ne leu
r suffisait pas...

À
moins que cette étonnante nomination en doublon de « 
JPE
 » ne soit le premier jalon vers
l’abandon par Lagardère de certains de ses actifs
– notamment Europe 1 –
au profit de Bolloré. Si
Arnaud Lagardère voulait donner ce signal à s
es troupes, il ne s’y prendrait pas autrement.

Les syndicats de journalistes de Lagardère Active attendent donc d’Arnaud Lagardère une réponse
aux questions énoncées ci-dessus, et surtout une clarification de ses intentions.
Ils restent également vigi
lants quant à l’indépendance des rédactions du groupe dans un tel contexte
de consanguinité et de
porosité entre les deux groupes et appellent leurs confrères de Vivendi à faire
de même.

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