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LES LIQUIDATEURS

samedi 24 novembre 2007 - Contacter l'auteur - 6 coms

de Patrick MIGNARD

Ils ne se cachent même plus, ils ne cachent pas même leurs intentions. Nous sommes prévenus. Ils veulent mettre à bas tous les acquis sociaux et revenir aux fondamentaux du système salarial.

"Ils", ce sont le patronat et le gouvernement qui agissent de concert et avec de plus en plus de facilité.

Ce que Madame Thatcher a fait brutalement, Sarko le fait avec doigté et démagogie.

SACHONS LES ENTENDRE

Dans la revue "Challenge", en date du 4 octobre 2007, Denis Kessler (ancien n°2 du MEDEF) expose clairement ce que veut faire N. Sarkozy. Il précise avec un luxe de détails, sans ambiguïté, les intentions du Gouvernement Fillon sur la réduction des services et du personnel dans le public, et sur les mesures limitant le droit de grève et "réformant" le système de retraites.

"Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. (…) Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! (…) Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse."

On ne peut pas être plus clair… Autrement dit, tous les acquis sociaux sont à jeter à la poubelle….

Cela dit, comme dirait le Gouvernement, une fois accepté cela,… on peut négocier ! ? !

Et ce n’est pas tout… En pleine lutte des cheminots, la présidente du MEDEF en rajoute une couche dans Libération du 21 novembre :

S’exprimant à propos du pouvoir d’achat, elle déclare : « C’est vrai qu’il y a un problème de pouvoir d’achat (...), c’est un ressenti totalement objectif ».

Elle précise « la vraie question n’est pas comment je contribue à ce qu’il y ait plus de pouvoir d’achat, mais comment je contribue à ce qu’il y ait plus de croissance »… ce qui, soit dit en passant, montre qu’elle a tout compris quant à la préservation de l’environnement…

"Pour moi, il y a deux axes principaux à travailler : comment on fait pour baisser les prélèvements obligatoires sur les entreprises, c’est prioritaire, et deuxième chose, n’est-il pas temps d’aller plus loin sur la question de la durée du travail ?", a-t-elle ajouté. "Je me demande s’il ne faut pas accepter de mettre sur la table la question de la suppression de la durée légale du travail", a-t-elle déclaré. Tout le monde voit bien que le mécanisme des heures supplémentaires n’est pas suffisant". Les dispositifs permettant déjà aux entreprises de travailler au-delà de 35 heures par semaine sont "rébarbatifs" et l’utilisation du contingent d’heures supplémentaires autorisé (220 heures/an) est "très lourd, car il suppose des négociations de branche", a-t-elle ajouté. "Ma préconisation, c’est de rendre les choses beaucoup plus simples en balayant tous ces mécanismes très complexes, et en revenant à la détermination du seuil de déclenchement des heures supplémentaires, branche par branche, ou entreprise par entreprise", Et elle termine : "Je sais autour de quoi certains ministres réfléchissent depuis quelque temps, et la question de la durée du travail est un axe de réflexion"

Autrement dit, au nom de la Liberté (elle a bon dos !), de l’efficacité, de la simplicité, cette déréglementation du « marché de la force de travail » va livrer pieds et poings liés les salariés au bon pouvoir patronal.

C’est ça la modernité !

LE PIEGE DES NEGOCIATIONS

Dans ces conditions, les négociations sont un véritable piège. En effet que penser de responsables politiques qui disent : « D’accord pour négocier, mais de toute manière nous ne reculerons pas sur ce que nous comptons faire » ?

Quel sens peut avoir dans ces conditions le verbe négocier.

Car c’est bien de cela dont il s’agit aujourd’hui. La capitulation des syndicats face à l’intransigeance du Gouvernement/patronat va faire « jurisprudence » politique. Cette lutte de novembre 2007 va faire date en montrant que l’intransigeance paye et en montrant qu’en face les organisations syndicales cèdent.

La limite entre ce qui devrait être un compromis - résultat d’une négociation - et une compromission est bien difficile à établir. Tout se joue sur les nuances, les déclarations… et dans l’infini des subtilités trouvées par le Gouvernement, le patronat et les syndicats on veut nous faire croire que l’on ne sait plus très bien qui gruge qui… chacun suggérant qu’il y a recul de l’autre.

La négociation n’est pour le gouvernement qu’un prétexte pour faire croire qu’il entend, qu’il écoute et qu’il propose.

Pour le syndicat c’est une manière de ne pas perdre la face alors qu’il y laisse la chemise, le pantalon et même le reste.

Le terme même de négociation perd tout son sens.

Non seulement le gouvernement et le patronat n’ont rien à négocier, ne veulent plus négocier, mais plus grave,… savent qu’en face, les organisations syndicales ne font plus le poids, ne peuvent se raccrocher qu’à une « négociation » forcément bidon et deviennent l’instrument de la démobilisation des assemblées générales petit à petit isolées et finalement désavouée. .. ;

Le défi, comme on le voit, dépasse largement les capacités et les stratégies syndicalo-politiques mises en œuvre jusqu’à présent. Relever ce défi va exiger autre chose que ces pratiques d’un autre temps que nous venons de voir dans les dernières mobilisations. Supprimer les acquis sociaux, c’est, de fait, revenir aux conditions sociales du 19e siècle.

Il est à craindre que, du côté du gouvernement et du patronat le pli soit pris et la leçon tirée. Le grand projet de démantèlement est, si j’ose dire, sur les rails… les conditions politiques, économiques, idéologiques et stratégiques sont favorables aux liquidateurs. Quelle peut-être la riposte ? Certainement pas celle que l’on connaît et que l’on pratique depuis des décennies.

Mots clés : Dazibao / Emploi-chômage / Patrick Mignard / Retraites / Service public /

Messages

    • Entièrement d’accord avec toi le " Thacherisme " est en marche et rien ne l’arrêtera si nous persistons dans des négociations qui ne servent qu’à amuser la galerie.

      Il faudrait que l’ensemble des masses populaires se lève et ne cède sur absolument RIEN !Mais quand on voit ce qui vient de se passer avec les régimes spéciaux ...on se demande ce qui pourrait bien faire que les masses se soulèvent et détruisent le processus de destruction de tous les acquis des classes laborieuses...??Plus on avance dans le temps et moins j’y crois.

      François Pellarin

    • Je regardes depuis quelques temps les débats sur ce site où les débats existent sans tabou.
      A tous ceux qui critiquent les syndicats et en particulier la CGT, je dirais simplement ceci :
      Nous sommes en difficultés idéologiques par le manque de salariés syndiqués notamment dans le secteur privé. De plus, lorsque des salariés veulent se syndiquer, ils sont chassés........
      Toutes les personnes qui émettent des critiques sont elles en mesure de se mobiliser avec les syndicats existants, les UL pour aller à la rencontre des salariés pour distribuer des tracts et porter la bonne parole ? Les friches syndicales sont énormes,et, à la CGT, nous ne sommes pas assez pour élever le niveau de syndicalisation et de mobilisation.
      Alors, au lieu de "pleurer" ou de vociférer, retroussez vos manches et marchons ensemble vers les salariés, les sans emplois, les retraités pour leur dire, leur écrire la vérité et les faire décider à se syndiquer et à agir solidairement pour le progrès social. La CGT a besoin de tout le monde, de syndiqués acteurs et actifs et plus on sera, mieux cela sera.
      Il faut relativiser, car, avec 700 000 syndiqués seulement à la CGT, nous avons été en mesure de contraindre le gouvernement et le patronat à discuter sur les retraites ! imaginons un seul instant que nous soyons 3 millions de syndiqués à la CGT ! Réfléchissez avant de vous disputer passionnément !
      JPD 40

    • Effectivement, "drôle de monde, drôle d’époque". Le politiquement correct, la bien “pensance” que les médias distillent empêche les citoyens de tirer les conclusions (les bonnes du point de vue de la lutte des classes). Plus les acquis reculent, plus l’individualisme avancent et peut-être aussi l’individualisme avancent parce que les acquis reculent (faudrait demander à un sociologue suffisamment neutre, sans parti-pris et libre de parole et de carrière...).

      Mais une chose a changé par rapport à il y a quelques années. Moment charnière (moment de basculement) se situant aux alentours de 2003, réforme des retraites générales et décentralisation d’un certain nombre de service...), depuis le démantèlement et les réformes ne soudent plus les individus mais au contraire les divises. Poussant les uns, par égoïsme d’avoir perdu quelques choses, à ne plus soutenir l’autre qui a encore quelque chose à perdre et qui est considéré comme nantis et comme anormalement épargné. Cette logique là, c’est le sous-entendu des médias avec leurs porte-parole qui s’inscrivent dans l’actualité par fragment avec aucun lien historique, du coup, le citoyen lambda ne peut plus analyser et comprendre ce qui lui arrive, et est obligé de s’en remettre à sa seule conscience pour apprécier à sa juste valeur ce que lui servent les médias et les publicités qui agissent comme un analgésique… Echo à la ’Fabrique de l’Oublie...’

      Enfin, pour répondre précisément à François quand il pose la question "Il faudrait que l’ensemble des masses populaires se lève et ne cède sur absolument RIEN ! Mais quand on voit ce qui vient de se passer avec les régimes spéciaux ...on se demande ce qui pourrait bien faire que les masses se soulèvent et détruisent le processus de destruction de tous les acquis des classes laborieuses...?? Plus on avance dans le temps et moins j’y crois".

      Je répondrai simplement : Aucun discours même le plus brillant, aucun homme quelque soit son charisme, aucun média alter mondialiste car il faudrait qu’il soit diffusé à très grande échelle et pendant un temps suffisamment long pour influencer les esprits ne viendra changer la donne. Par contre, vous supprimez quelques temps la télévision (dans sa totalité), pas très longtemps d’ailleurs, vous obtiendrez une révolution. L’Etat, les puissants le savent tellement bien, que l’on peut mesurer le recul social à l’explosion de l’offre des médias gratuits et pas seulement. Ces dernières années, la TNT en est l’illustration, proposant un bouquet gratuit non négligeable à donner en pâture à ses moutons…

      Fraction

    • à discuter !

      C’est vrai, parce que pour les négociations ! Mais répondre vraiment aux critiques de syndiqués, pas en les accusant toujours de vouloir casser le syndicat ou de la faiblesse du syndicat. On sait très bien les pratiques du patronat pour casser le syndicat, mais aussi le mépris des directions syndicales. Oui, il faut un syndicat, et je n’en vois qu’un, la CGT. Mais faudrait arrêter de nous écœurer.

  • Belle analyse, qui va à la rencontre ce que nous ressentons tous. Il faut diffuser ce texte largement. Pas dans l’esprit de semer la bonne parole à des masses indigentes qui n’auraient rien compris. Mais parce que cette conscience des mauvais coups à venir de la part du patronat et de son gouvernement, cette conscience est bien plus large que certains veulent le croire. Portons le débat d’idées à ce niveau là, et nous serons surpris et de l’immense force que ces idées de résistance représente réellement, et de la créativité populaire, pour peu qu’on la permette.

    JCK

    ps : on ne peut pas demander à Challenge d’envoyer un exemplaire de son numéro du 4/10/07 dans chaque foyer ? ça ferait avancer le débat.

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