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La Commission Barroso maintiendra le cap libéral

samedi 30 octobre 2004

Le départ ou le changement d’attributions de certains commissaires ne modifiera pas l’orientation générale.

de Paul Falzon, Strasbourg

Après la journée « historique » qui a vu le Parlement de Strasbourg faire céder José Barroso sur la composition de la future Commission, la majorité des députés européens abordent avec optimisme les semaines à venir. Seuls le groupe de la Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE-NGL) et, dans une moindre mesure, les Verts attendent de pied ferme les nouvelles propositions du Portugais. Le remaniement du nouvel exécutif devrait en revanche satisfaire les trois principaux groupes politiques, qui ont tous salué mercredi le « pas en avant » de Barroso et se sont dits prêts à travailler avec lui. La droite conservatrice (PPE) est assurée de conserver une influence prépondérante, tandis que le bloc centriste libéral (ALDE) et les socialistes (PSE) devraient obtenir le départ des commissaires les plus contestés - même si l’Italie ne semble pas encore décidée à remplacer Rocco Buttiglione. Cela devrait suffire à assurer une majorité confortable à la Commission remaniée lors du prochain vote, fin novembre ou début décembre.

Si le départ de Buttiglione évitera le pire en matière de libertés, on sait déjà que l’orientation libérale du nouvel exécutif reste inchangée. Parmi les commissaires qui pourraient être maintenus, tout en changeant leur portefeuille, deux incarnent le lien étroit entre les marchés et Bruxelles : la Néerlandaise Neelie Kroes, appelée à la Concurrence alors qu’elle a siégé au conseil d’entreprise d’une douzaine de multinationales, et la Lettone Ingrida Udre, placée à la Taxation alors que son pays possède un des taux sur les sociétés les plus bas d’Europe. Leur possible maintien, même à des postes moins exposés, offrirait une passerelle aux multinationales et au monde de la finance, sachant que la Commission statue dans de nombreux cas de façon collégiale. D’autres commissaires n’ont pas subi les foudres des parlementaires et devraient conserver leurs attributions : c’est le cas du Britannique Peter Mendelson au Commerce extérieur et de l’Irlandais Charlie

McCree au Marché intérieur. Tous deux défendent une vision ultralibérale des relations commerciales dans et hors de l’UE. Dès son entrée en fonctions, la Commission Barroso reprendra à son compte plusieurs projets de libéralisation actuellement en chantier, à commencer par la directive Bolkestein, qui casse les protections nationales en matière de services : ainsi un travailleur polonais pourrait travailler en France aux conditions salariales et sociales polonaises. Au niveau de l’Organisation mondiale du commerce, le nouvel exécutif va se battre, comme son prédécesseur, pour une dérégulation progressive sur le marché des services, au détriment des pays du Sud.

Sans minimiser la responsabilité personnelle de José Barroso, il faut rappeler que le président de la Commission n’a pas la possibilité de choisir les membres de son exécutif. Ce sont les États membres qui envoient chacun la personnalité qu’ils jugent la mieux placée pour y siéger. Ce sont donc eux qui ont envoyé à Bruxelles cette Commission, la plus libérale jamais formée. Ce n’est évidemment pas un hasard au moment où tous les pays de l’Union - y compris ceux où le centre-gauche est au pouvoir, comme l’Allemagne et la Pologne - détruisent les derniers pans de l’État-providence, souvent au nom de la « stratégie de Lisbonne », dont les résultats catastrophiques en matière d’emploi et de croissance seront au coeur du Conseil européen de la semaine prochaine.

http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-10-29/2004-10-29-448918