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Le massacre avant le vote

jeudi 28 octobre 2004


Au milieu des contestations Sharon défend le "retrait" à la Knesset. Des
missiles sur Gaza : 16 morts
Haute tension Le parlement israélien se prononce sur le "désengagement"


de MICHELE GIORGIO JERUSALEM

Au milieu des hurlements de protestation et des contestations des colons, le
premier ministre israélien a défendu hier soir [lundi 25/10, NdT] à la Knesset
son plan d’évacuation des installations juives de Gaza. Ce soir [mardi 26/10,
NdT], une majorité transversale lui donnera, à moins d’une surprise éclatante,
le feu vert définitif. La crise politique israélienne n’est toutefois pas conclue
car la précarité du gouvernement a fait surgir à l’horizon la possibilité concrète
d’élections anticipées que Sharon pourrait éviter en formant un nouvel exécutif
avec les travaillistes de Shimon Pérès.

Mais si, hier soir le premier ministre a haussé le ton, en apparence, avec les colons les plus hostiles à son plan - lui qui a soutenu, des années durant, la colonisation à étapes forcées des Territoires occupés en 1967 - cela a été bien pire pour les Palestiniens. Le raid lancé dans la nuit de dimanche par l’armée israélienne à Khan Yunis (Gaza) avait fait 16 morts - pour une bonne part combattants de l’Intifada mais également un enfant de 11 ans - et une soixantaine de blessés. Beaucoup ont noté la coïncidence entre l’incursion à Khan Yunis et la veille du débat à la Knesset. Sharon a-t-il voulu donner un signal de "fermeté" dans un moment délicat pour le sort de son programme politique ? Les Palestiniens en sont convaincus.

Hier soir, en attendant, le ministre de la défense israélien, Shaul Mofaz, a "autorisé" le président palestinien Yasser Arafat, malade depuis plusieurs jours, à se faire soigner dans un hôpital de Ramallah, la ville où il vit assigné à résidence depuis trois ans. La télévision publique israélienne et le site Internet de Haaretz ont ajouté qu’Arafat pouvait aussi se rendre à l’étranger mais que le retour sur sa terre ne lui était pas garanti a priori. Arafat risque donc l’exil. L’attaque israélienne à Khan Yunis s’est déclenchée après la pluie de coups de mortiers tombée à la fin de la semaine sur les colonies juives de Gush Qatif, en réponse à l’assassinat "ciblé" de Adnan Al-Ghul, vice-commandant de Ezzedin Al-Qassam, bras armé du Hamas. L’action de l’armée et de l’aviation a été dévastatrice. La première attaque aérienne a eu lieu dimanche aux environs de 21 heures. Un avion de reconnaissance sans pilote a lâché un missile contre deux agents de police dans le quartier de Al-Nimsawi. Ils ont été gravement blessés tous les deux. Une heure après, un planeur du même type a lancé deux missiles contre deux autres policiers, Amin Jabur et Husam Barim, les tuant sur le coup. A 23h30 environ, a commencé l’invasion des camions blindés à Nimsawi, Baten et Samin. Les combattants palestiniens s’y sont opposés avec des armes automatiques et des lance-roquettes construits artisanalement.

Huit Palestiniens ont été tués presque tout de suite. Le feu israélien a fait aussi de nombreux blessés. Peu après, le Hamas a communiqué qu’il avait touché dans le mille un véhicule à chenilles avec une roquette anti-char et tué un soldat. La nouvelle n’a pas été confirmée par le porte-parole militaire qui n’a fait état que de deux blessés légers. Dans le courant de la nuit, les bulldozers de l’armée ont démoli l’habitation de Mohammed Sinwar qui était recherché, et endommagé de manière irréparable deux habitations voisines. Les combattants ont continué toute la journée. Hisham Ashur, 11 ans, a été tué quand un char a ouvert le feu en direction d’un groupe de Palestiniens, tous civils. Selon le "Centre pour les droits humains" de Gaza, au moins six des Palestiniens tués hier étaient innocents, désarmées. Parmi les blessés, il y avait une vingtaine de jeunes. Dans la soirée, des témoins ont rapporté que deux autres jeunes Palestiniens avaient été tués par des francs-tireurs postés sur certains immeubles qui "tiraient sur n’importe quel être vivant dans la rue". Tandis qu’à Gaza la liste des morts s’allongeait - octobre passera à l’histoire de l’Intifada comme l’un des mois les plus baignés du sang palestinien, au moins 170 tués, ce n’est qu’en avril 2002 qu’on avait compté plus de victimes -, Sharon à la Knesset, au milieu des hurlements de protestation de ses opposants de droite et de gauche, affirmait que le moment où "il faut désormais prendre des décisions fatidiques, une des plus difficiles de notre vie" était arrivé. Le premier ministre a accusé les colons d’être des fanatiques qui se sont laissés prendre la main par leur vocation "messianique". Il a surtout répété encore que grâce au retrait d’un minuscule lambeau de terre, comme Gaza, Israël conserverait de larges portions de la bien plus importante Cisjordanie, grâce à la bénédiction reçue par Sharon en avril dernier du président américain George W. Bush lui-même.

Ensuite, tandis que les chars faisaient la pluie et le beau temps à Khan Yunis, il a adopté un ton conciliant envers les Palestiniens. Le plan d’évacuation des colonies passera mais le gouvernement se désagrègera par la suite. Une partie du Likoud se rebelle et même le chef de l’Etat, Moshe Katzav, semble avoir l’intention de contrer le projet de Sharon. Hier,Katzav a de nouveau avancé la proposition d’un referendum national sur le retrait car il est convaincu qu’on éviterait ainsi un affrontement entre des milliers de colons et les services de l’armée. Derrière le projet de referendum (qui n’existe pas dans le système israélien) se cache en réalité une tentative de torpiller le retrait de Gaza, en ayant recours à une procédure parlementaire exténuante pour faire passer le projet de loi nécessaire. En outre, il est légitime de se demander pourquoi les habitants de Netanya ou de Tel Aviv devraient décider du futur des Palestiniens. Ce serait bien plutôt aux Palestiniens eux-mêmes que devrait revenir la possibilité de décider, par un referendum, s’ils entendent rester sous occupation ou être libres. Israël est de toute façon tenu de se retirer des territoires qu’il a occupés en 1967, comme le disent les résolutions de l’Onu qui. Le leader travailliste Shimon Peres s’est dépêché de courir aux côtés de Sharon, en défenseur acharné du plan de retrait, même s’il l’envisage en "collaboration" avec l’Anp d’Arafat. Peres, s’adressant à la presse étrangère avant le débat à la Knesset, a dit que l’entrée des travaillistes au gouvernement ne dépendait que de Sharon.

Traduit de l’italien par Karl et Rosa - Bellaciao

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/26-Ottobre-2004/art87.html