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Les manifestations contre la pwofitasyon s’amplifient

dimanche 26 février 2012, par La Réunion - 4 coms

Saint Denis. Jeudi 23 Février 2012.CCN/Tmg. Les deux dernières nuits ont été très chaudes, dans les villes de St Denis, St Benoit et du Port où des jeunes manifestants se sont pris à des symboles de la pwofitasyon. La cause de cette tension, qui n’est gère surprenante, l’échec des négociations sur une baisse éventuelle du prix des produits pétroliers. Mais aussi, tout comme à Mayotte, il y a de cela quelques semaines, la hausse brutale des prix des aliments ( +4,4% en un an ) n’est pas étrangère à cette poussée de fièvre. Récit.

Le mouvement des transporteurs de la FNTR (Fédération nationale des transporteurs routiers) a dégénéré ce mardi 21 février 2012. En soirée, la situation a complètement échappé au président de la FNTR. Après une longue réunion de cinq heures avec le préfet Michel Lalande, Jean-Bernard Caroupaye est revenu vers ses troupes à 20 heures, annonçant la signature d’un protocole d’accord, avec l’assurance d’une réunion le vendredi 24 février pour discuter de la baisse du prix des carburants. Il demandait aussi la levée des barrages. 


Mais les manifestants qui sont venus gonfler les rangs des transporteurs au cours de la journée — à l’appel de Jean-Bernard Caroupaye — ont fortement désapprouvé cette annonce. Le président de la FNTR était copieusement hué. Cette population, appelée à la rescousse dans la matinée par la FNTR, continuait à demander la tenue d’une réunion avant vendredi, et criait sa colère contre la vie chère.



Ne voulant plus de Jean-Bernard Caroupaye, la population s’est vite retrouvée sans leader. Dès lors, les débordements étaient quasiment inévitables. Les émeutes ont vite éclaté. Au Port, certains manifestants avaient prévenu un peu plus tôt mardi que si les camions étaient déplacés aux abords de la SRPP, ils mettraient le feu à la ville. Ils ont mis leur menace à exécution et s’en sont pris à l’établissement de la compagnie Grains du Capricorne, lieu hautement symbolique puisqu’il est l’un des leaders de la distribution du riz à La Réunion. 


Toujours au Port, une guérite a été brûlée à l’entrée de Sermétal, et la coopérative des dockers a été un temps menacée. Des barricades de feu ont été installées sur presque tous les ronds-points et les grands axes de la commune. Des commerces ont été vandalisés. Trois personnes ont été interpellées. Dans l’après-midi déjà, un groupe de jeunes a essayé d’entrer dans les magasins Score et Leclerc du centre-ville. Les jeunes ont été dispersés par la police à coup de grenades lacrymogènes. 



Au Chaudron, des incidents éclataient en début de soirée. Arrêts de bus caillassés, poubelles incendiées, voitures brûlées, commerces dévalisés, les scènes de colère et de violence se multipliaient. Des émeutiers ont également tenté de s’introduire dans le Jumbo Score du Chaudron. Ils ont été repoussés par la police. Des grenades lacrymogènes étaient tirées pour disperser les manifestants. Une douzaine de commerces a ainsi été vandalisée. Huit personnes ont été interpellées. 
Au Port et au Chaudron, les affrontements avec les forces de l’ordre ont duré une bonne partie de la nuit. 



C’est plus tôt, dans la matinée de mardi, que la situation s’est brusquement dégradée aux abords de la SRPP, lorsque le préfet a ordonné de libérer les accès au dépôt pétrolier « afin de ne pas pénaliser plus longtemps l’activité économique de l’île et de préserver la liberté de circulation ». Tout au long de la journée, c’est un face-à-face tendu qui a eu lieu entre les forces de l’ordre prêtes à charger et les transporteurs qui refusaient catégoriquement de bouger.



En après-midi, alors que sous l’impulsion du maire portois, Jean-Yves Langenier, le dialogue a repris entre le préfet et les représentants de la FNTR au Port, la tension était toujours aussi vive aux abords de la SRPP, où les transporteurs ont été rejoints par des centaines de citoyens venus les supporter. La présence de ces manifestants citoyens fait écho à l’appel lancé un peu plus tôt le mardi par le président de la FNTR, Jean-Bernard Caroupaye. « On demande le soutien de la population, on fait ça pour tout le monde, n’ayez pas peur de nous rejoindre pour lutter contre la dictature », demandait-il en matinée. Tout au long de la journée, des petits groupes viendront gonfler les rangs des manifestants donnant à ce combat contre le prix des carburants des allures de lutte sociale contre la vie chère.



Tout a basculé vers 21 heures. Le président de la FNTR venait d’annoncer qu’une nouvelle réunion sur une baisse éventuelle des prix des carburants aurait lieu vendredi et qu’il fallait lever les barrages. Une déclaration qui lui valait de perdre toute crédibilité aux yeux des manifestants. Hué, invectivé, Jean-Bernard Caroupaye était alors victime d’un léger malaise. Il quittait le campement des transporteurs, poursuivi par une cinquantaine de manifestants mécontents. « Ou la apèl anou, nou lé la, fé kom ou veu, nou nou bouz pa é lo bann kamion i bouz pa », lui ont lancé de nombreux manifestants.



Les esprits se sont vite échauffés. Alors qu’un transporteur se dirigeait vers son camion, les manifestants se sont placés devant lui, le sommant de ne pas bouger son camion. Vers 23 heures, tous les poids lourds ont finalement été déplacés par les transporteurs. Sans heurts. Les manifestants étaient ailleurs dans la zone industrielle et en ville, occupés dès le début de la soirée à enflammer le bâtiment de la Capricorne, les ronds-points et les barricades improvisées. 
Au Chaudron, d’autres émeutiers exprimaient leur colère de manière encore plus forte. 


L’émeute venait de commencer, elle durera toute la nuit. Les transporteurs n’étaient plus là...

Tensions à la Réunion : le gouvernement doit sortir de son mutisme pour mettre un terme au désordre en relançant des discussions sur le prix des carburants

Après la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique où un conflit social avait éclaté en 2008 sur le prix des carburants, après Mayotte fin 2011, c’est maintenant La Réunion qui est au bord de l’explosion.

Hélas prévisibles, compte tenu de la situation économique et sociale de l’île, les violences auraient cependant pu être évitées. Or, elles donnent ces dernières heures des signes d’escalade.

Pour Victorin LUREL, responsable du pôle outre-mer de la campagne de François HOLLANDE, « le retour au calme est une nécessité absolue, car les violences, qui pénalisent d’abord les Réunionnais, ne sont en aucun cas une solution ».

« Le gouvernement doit mettre un terme à la stratégie de pourrissement qui est la sienne depuis la fin des mouvements sociaux de 2009 face à la problématique du coût de la vie dans les outre-mer », estime le député et président de la Région Guadeloupe.

« Comme s’il n’avait tiré aucune leçon des précédents mouvements, je m’étonne de l’indifférence affichée du gouvernement et, singulièrement, de la ministre de l’Outre-mer qui ne s’est toujours pas exprimée et qui, selon son agenda, prévoit de consacrer la fin de cette semaine à un nouveau déplacement en Martinique et en Guadeloupe où elle était pourtant il y a moins de 2 semaines », relève Victorin LUREL.

« La campagne électorale en cours ne saurait justifier que les ministres ne traitent plus les dossiers brûlants », déplore le député, qui rappelle que le gouvernement fixe lui-même, en liaison avec les pétroliers, le prix des carburants en outre-mer avec comme critère assumé les prix pratiqués dans l’Hexagone, alors même que le salaire moyen outre-mer est deux fois inférieur.

« Sans délai, le gouvernement doit donc mettre un terme au désordre en relançant des négociations pour faire enfin pression sur les pétroliers en monopole dont les bénéfices réalisés sur le dos des Ultramarins sont tout simplement indécents. Après avoir fait un chèque d’un montant total de 176 millions d’euros depuis 2009 aux compagnies pétrolières outre-mer, toutes filiales de Total, le gouvernement doit mener des discussions sérieuses avec ces industriels ».

« En matière de fixation des prix des carburants, une autre approche est possible outre-mer, notamment en découplant les activités de raffinage et de stockage, mais le gouvernement a jusqu’ici délibérément choisi de l’ignorer », regrette Victorin LUREL

Victorin LUREL

http://www.caraibcreolenews.com/news,guadeloupe,1,3734,23-2-2012-la-ry-union-les-manifestations-contre-la-pwofitasyon-s-amplifient-.html

Messages

  • Depuis mardi, ce sont des nuits d’émeute qu’ont connues les villes du Nord puis du Sud, de l’Est et de l’Ouest (St Gilles zoreyland n’étant pas atteinte lol).

    Sur le mouvement "citoyen", il s’est développé dès le 17 février avec une prise de parole jamais vu ici (à part lors des kabar maloya) et avec comme principe "no leader". Les médias n’en n’ont quasiment pas fait état, préférant faire une et articles sur les voitures cramées. A noter que les mobilisations de février mars 2009 (30 000 personnes au plus haut) par le Cospar étaient très unitaires mais controlées par ce Collectif des Orga Syndicales, Politiques et Associatives. Seul St Pierre avait connu un embryon d’auto organisation. Qui se retrouve dans l’esprit et dans le succès du rassemblement actuel. L’arrivée de jeunes casseurs vendredi sur le lieu du rassemblement n’as pas empêché sa poursuite samedi à 19h comme tous les soirs depuis 8 jours.

    Mercredi un appel syndical à 10h à la pref de St Denis sera la première intervention des syndicats dans cette crise sociale.

  • Le mieux serait évidemment de donner l’indépendance à cette île qu’elle puisse gèrer ses affaires au mieux

  • C’est le Sud qui est sous haute tension depuis la fin de semaine.

    Dans la nuit de vendredi à samedi c’était le chaos à Saint-Pierre, les émeutiers sont sortis des quartiers direction centre-ville. Aujourd’hui c’est la 3e soirée de couvre-feu pour les établissements nocturnes dans la capitale du sud.

    Les manifestants pacifiques du Sud contre la vie chère se réunissent tous les soirs au boulodrome Ravine Blanche Saint-Pierre à 19h.

    • Le chaos à St Pierre s’est limité à l’extérieur de la zone délimitée par M Fontaine maire UMP de St Pierre qui a déclaré : "j’ai dit au Préfet que je m’occupais de la sécurité du boulevard de mer (casinos, restos , boites de nuit NDR) et de la rue des Bons enfants (commerces NDR)"

      J’ai vu un adjoint au maire avec écharpe tricolore, casqué, boté comme les robocops dérrière lesquels il était, donner les consignes à ses nervis et regarder de loin une voiture cramer.

      Il n’y a jamais eu de couvre-feu, mais un partage des tâches entre "forces du (dé)ordre pour détourner les"émeutiers" ailleurs.

      Mais heureusement les rassemblements de prises de parole du boulodrome continuent.

      Vendredi, 500 personnes se sont retrouvées de toute l’ile à la préfecture pour faire entendre leur voix. Maloya, plantations de cultures vivrières, kozman ont duré toute la journée. Pendant les négociations des gro zozo.

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