Archives : IT | EN | ES

Les articles depuis 2022

Les victimes vietnamiennes de l’agent orange/dioxine ne sont pas isolées

lundi 18 mai 2009 - Contacter l'auteur


Près de 200 personnes étaient présentes au Tribunal international d’opinion pour les victimes vietnamiennes de l’agent orange/ dioxine, qui s’est déroulé les 15 et 16 mai à Paris


Il s’agit d’une occasion pour que les victimes, témoins et experts présentent leur opinion devant le public sur l’agent orange/dioxine et ses séquelles qui sévissent encore, 36 ans après son premier épandage au Vietnam.

Organisé à l’initiative de l’Association internationale des juristes démocrates (AIJD), ce Tribunal international est soutenu par de nombreuses organisations humanitaires et internationales telles que Droit Solidarité, l’Association d’amitié franco-vietnamienne, l’Association internationale de droit humanitaire, l’Association républicaine des anciens combattants, le Collectif Vietnam Dioxine, le Comité du village de l’amitié de Van Canh, le Mouvement de la paix. La manifestation a attiré environ 200 Vietnamiens, amis français et internationaux. L’ancienne vice-présidente vietnamienne Nguyên Thi Binh, présidente du Fonds pour la paix et le développement du Vietnam, y était présente.

Ce Tribunal, placé sous la présidence de Jitendra Sharma, avocat à la Cour suprême de l’Inde, réunit des juristes éminents venus d’Algérie, du Chili, d’Inde, du Japon, des États-Unis et de Roumanie. Les témoins sont des victimes et des experts en environnement, médecine et chimie venant du Vietnam, d’Allemagne, des États-Unis, du Japon, de la Corée du Sud... Malgré l’absence des compagnies chimiques américaines incriminées, le procès s’est déroulé conformément aux procédures juridiques.

Lors du procès, les témoignages de Pham Ngoc Chu et Mai Giang Vu, 2 vétérans autrefois ennemis, ont touché l’audience. Ces 2 hommes ont en effet perdu des enfants ou doivent s’occuper à vie de leurs enfants handicapés. Par ailleurs, ils souffrent également de maladies liées à la dioxine. Quant à lui, le jeune Pham Thê Minh a convaincu le juge et l’audience par ses pieds paralysés, preuves des séquelles de l’agent orange qu’il a hérité de ses parents, anciens combattants vietnamiens. Non seulement eux, mais d’autres témoins venus d’Allemagne, des États-Unis, du Japon..., avec leur triste histoire, ont contribué à entasser les crimes provoqués par l’agent orange/dioxine. Ils sont des anciens vétérans américains et sud-coréens qui ont participé à la guerre au Vietnam et subi aussi la contamination par ce produit chimique, des femmes de vétérans américains, morts à la suite des maladies causées par ce produit, qui doivent maintenant s’occuper des enfants ou petits enfants malformés.

Des spécialistes en épidémiologie, en environnement, en sociologie et en pathologie, venus de France, de Russie, de Grande-Bretagne, des États-Unis et du Vietnam, ont présenté les résultats de leurs recherches scientifiques sur les conséquences de l’agent orange. Ils ont fourni au jury des chiffres implacables, sur le nombre des victimes, sur la haute toxicité des produits chimiques utilisés, ainsi que sur la durabilité des séquelles causées par ces derniers. Une vague d’indignation a déferlé parmi l’audience à leur écoute.

Les observations émises par les avocats des plaignants ont également attiré une grande attention du public. L’avocate américaine J. Mirer a exposé les actes juridiques pour accuser les firmes chimiques américaines dans cette affaire. En particulier, l’intervention de l’avocat français R. Weyl, par son expérience professionnelle et ses arguments serrés et convaincants, a agréablement impressionné les juges et l’audience. Son discours s’est terminé sous les applaudissements interminables du public.

D’après lui, les témoins et experts ont montré des preuves vivantes et convaincantes sur les séquelles de l’agent orange/dioxine. Ceux qui ont provoqué ces crimes doivent payer. Les victimes doivent être dédommagées. La guerre est terminée depuis 36 ans, mais tard vaux mieux que jamais, c’est le moment de rendre la justice à 3 millions de victimes vietnamiennes de l’agent orange/dioxine, et les compagnies chimiques américaines doivent faire face à leur responsabilité dans cette affaire. Si les vétérans américains sont indemnisés, les victimes vietnamiennes ont le droit d’être davantage dédommagées, parce qu’elles sont non seulement les victimes des produits chimiques toxiques mais aussi d’une guerre illégale. Parallèlement aux indemnités pour les victimes et le peuple vietnamien, les firmes américaines ont le devoir de fournir des moyens et équipements pour désintoxiquer la terre, les ressources naturelles et l’environnement du Vietnam, notamment au Centre et dans les hauts plateaux.

Selon le programme prévu, le verdict du Tribunal sera prononcé le 18 mai et suivi d’une conférence de presse pour faire connaître à l’opinion mondiale les résultats.

Une tribune des opinions publiques

Deux jours de travail qui ont vu bien des histoires et des larmes sur un produit accusé de "génocide écologique et humanitaire", selon les scientifiques. Les preuves ont laissé de fortes impressions auprès de l’audience.

En tant que membre du jury, l’avocat Adda Bekhouche est convaincu que le refus des firmes chimiques américaines d’accepter leur responsabilité vis-à-vis des victimes et de l’environnement vietnamiens est l’"injustice la plus grande de l’histoire". C’est "inacceptable" que les victimes ne reçoivent aucune indemnité, même une petite partie. D’après lui, il ne s’agit que d’un tribunal d’opinion, mais une fois que toute la communauté internationale aura élevé la voix pour soutenir les victimes, les accusés devront affronter leurs crimes et dédommager partiellement les victimes.

D’après Mme. Nicole Feldman, venant de l’Association "Orange : Fleurs de l’espoir", à part la lutte juridique, la communauté internationale doit mobiliser les aides tant spirituelles que matérielles pour soutenir les familles et le peuple vietnamiens dans les soins des victimes, contribuant à adoucir leurs malheurs et leurs douleurs.

Quant à lui, le docteur Pierre Legendarme pense qu’il faudrait une aide, y compris sur le plan financier, pour obtenir des études totales et profondes sur les séquelles de l’agent orange/dioxine et chercher ensuite des solutions afin de minimiser ses impacts négatifs envers l’homme et l’environnement vietnamiens. Il faut aussi prendre en compte les impacts psychologiques sur les victimes pour limiter au maximum les malheurs et les drames.

En suivant toutes les séances du Tribunal, l’ancienne vice-présidente de la République Nguyên Thi Binh a hautement apprécié l’initiative d’organiser ce procès qui, d’après elle, aidera le public international à mieux connaître le Vietnam qui, 36 ans après la guerre, subit toujours les douleurs de la guerre et l’agent orange. Elle a aussi apprécié la présence des témoins étrangers qui, d’une part ont présenté leur témoignage contre les faits de l’armée et des firmes chimiques américaines et, d’autre part, ont témoigné de leur solidarité en faveur des victimes vietnamiennes dans leur lutte pour la justice.

En tant que le président du Tribunal, l’avocat Jitendra Sharma est convaincu que la clôture du procès sera l’ouverture d’une nouvelle lutte auprès de l’opinion internationale au nom de la morale et de la conscience humaine. Dans cette lutte, les victimes vietnamiennes ne sont pas isolées parce qu’à leur côté, il y a aussi tous ceux qui aiment la justice et la paix dans le monde.

* En marge du Tribunal, 4 journalistes photographes étrangers présentent, au siège de l’Association des Vietnamiens de France, des photos sur les victimes vietnamiennes. Un documentaire de la réalisatrice japonaise Masako Sakata est également projeté au siège de l’Association des Vietnamiens de France. Ce film, qui a reçu en 2008 le Grand prix du Festival international du film sur l’environnement, parle de feu l’époux de Sakata, un vétéran américain, contaminé par l’agent orange/dioxine pendant la guerre du Vietnam.

* Selon l’Association des victimes vietnamiennes de l’agent orange/dioxine (VAVA), de 1961 à 1971, environ 80 millions de litres de produits chimiques toxiques ont été déversés par l’armée américaine dans le Centre et le Sud du Vietnam, dont près de 400 kg de dioxine. Le pays compte actuellement environ 4,8 millions de personnes qui ont été exposées à la dioxine, dont 3 millions en sont victimes à des degrés divers.

http://lecourrier.vnagency.com.vn/default.asp?xt=xt33&ct=ct50&page=newsdetail&newsid=52266

Mots clés : Guerres-Conflits / Histoire / International /
Derniers articles sur Bellaciao :