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Libre opinion : Pierre Broué, l’historien et le militant

mercredi 31 août 2005 - Contacter l'auteur - 1 com

de Louis Gill, Économiste, professeur retraité de l’Université du Québec à Montréal

L’éminent historien français Pierre Broué est décédé le 26 juillet à Grenoble à l’âge de 79 ans. Pierre Broué nous a légué une quantité phénoménale d’écrits qui constituent un apport majeur à l’histoire du mouvement ouvrier international et font de lui un des plus importants historiens de la deuxième moitié du XXe siècle.

Parmi ces écrits, il faut mentionner ses remarquables histoires du Parti bolchevique, de la révolution allemande de 1917 à 1923, de la guerre civile espagnole de 1936 à 1939, des procès de Moscou de 1936 à 1938, de l’Internationale communiste de 1919 à 1943, et sa monumentale biographie de Léon Trotsky.

Inconditionnellement animé par l’objectivité et la recherche de la vérité, Pierre Broué a largement contribué à renouveler l’historiographie du « communisme » jusqu’alors soumise à l’interprétation hégémonique stalinienne et à sa révision périodique par la bureaucratie au pouvoir. Dans ses ouvrages sur la guerre civile espagnole, il a détruit le mythe de « l’unité de la lutte antifasciste pour la défense de l’Espagne républicaine » en révélant le régime de terreur alors mis sur pied par le Parti communiste espagnol sous les directives de Moscou et son impitoyable extermination des révolutionnaires.

Dans son histoire du Parti bolchevique, il a décrit comment ce parti, qui avait réalisé la révolution d’Octobre 1917 en Russie, avait dégénéré pour se transformer en appareil dictatorial et faire du socialisme un repoussoir, et comment la quasi-totalité de ses militants ont pu être exécutés quelques années plus tard en tant que « contre-révolutionnaires » sous les ordres de Staline.

Tout aussi étayés par les faits sont son histoire de la dégénérescence de l’Internationale communiste, finalement dissoute par Staline en 1943, ainsi que ses analyses des soulèvements antistaliniens à Berlin en 1953, Budapest et Varsovie en 1956, Prague en 1968, etc.

Engagé

L’engagement professionnel hors pair de Pierre Broué n’a eu d’égal que son engagement politique et social. En fait, il s’est toujours agi d’un seul et unique engagement à deux volets indissociables. Militant syndical et politique, il a consacré sa vie à la défense du marxisme et de l’internationalisme ouvrier.

Engagé dans les maquis de son Ardèche natale à l’âge de 15 ans au début de la Deuxième Guerre mondiale, il s’est joint sous la résistance aux jeunesses du Parti communiste clandestin dont il a été exclu en 1944 sous des accusations de trotskysme, pour avoir voulu organiser un travail d’agitation internationaliste auprès des soldats de l’armée allemande. Il a dès lors adhéré au trotskysme qui représentait à ses yeux la continuité du marxisme. Il en est demeuré un militant et un porte-parole jusqu’à sa mort.

Communicateur exceptionnel, il savait captiver ses auditoires par ses vastes connaissances et sa passion de les transmettre. Beaucoup de gens, au Québec, ont eu le privilège de le connaître, de l’entendre et de discuter avec lui lors de ses nombreux séjours ici.

Il faut préciser qu’au-delà des liens professionnels et politiques, un lien affectif le reliait aussi au Québec, sa fille Catherine habitant Rimouski où elle est professeure au Département d’études françaises de l’Université du Québec à Rimouski. Avec elle, de nombreux Québécois ressentiront le vide créé par le départ de son père. Que le plus respectueux hommage lui soit rendu.

http://www.ledevoir.com/2005/08/30/89285.html

Mots clés : Canada-Québec / Histoire /
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