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Lula ne joue pas dans la même équipe que celle de la Réforme

dimanche 27 juillet 2003 - Contacter l'auteur

Lula ne joue pas dans la même équipe que celle de la Réforme Agraire

Romier Souza
Romier Souza est agronome et membre de l’Instituto Agroecológico da Amazônia
(IAAM)

Avec l’intensification des actions du MST, le débat sur la R.A au Brésil se
trouve à nouveau sur le devant de la scène politique. Pourtant, de fait, il
n’y a jamais eu dans ce pays une politique de R.A mais bien une
intensification des luttes pour la terre, principalement dans les années 90,
et qui obligea le gouvernement FHC à régulariser les familles qui s’étaient
installées dans les zones d’occupation.

Le territoire brésilien s’étend approximativement sur 850 millions
d’hectares. Près de 285 millions sont des Latifundios, 250 millions sont des
terres de l’Etat, 81 millions sont des zones totalement non exploitées et
115 millions constituent les grandes propriétés improductives (non
exploitées).

La concentration de la propriété de la terre est mesurée par l’indice
"Gini", indice qui indique le degré de concentration et de distribution des
terres dans un pays, entre les propriétaires ruraux. Le Brésil a le deuxième
plus grand indice Gini, juste après le Paraguay. Près de 40.OOO grands
propriétaires contrôlent près de 400 millions d’hectares du pays.

A peine 18 grands groupes industriels, comme Votorantim, la Belgo-Minière
(honte à nous) et Mannesmann, détiennent 11 millions d’hectares et ne
produisent que sur 2 millions de ces 11 millions d’hectares. Quinze des plus
grands groupes financiers, entre autres Itau et Bradesco (banques), sont les
propriétaires de 5 millions d’hectares. Et 13 groupes agropecuarias
(agriculture et élevage) dominent 6 millions d’hectares dont à peine un
million sont exploités. Au total, 46 groupes sont propriétaires de 22
millions d’hectares dont seulement 3,7 millions sont effectivement occupés.

Outre ces 22 millions d’hectares, des données provenant de l’Incra/IBGE
estiment que près de 30 millions d’hectares sont la propriété d’entreprises
étrangères. Les 46 groupes et les entreprises étrangères contrôlent une zone
quasi aussi étendue que l’Etat du Minas Gerais. Les résultats de cette
concentration incroyable : plus de 4 millions de familles sans terre.

Malgré la demande du MST à Lula d’installer, durant son mandat, un million
de familles, ce qui ne résoud pas le problème des sans terre dans son
ensemble, le gouvernement présente des chiffres infimes.
Pour cette année on parle d’à peine 60 mille familles à installer, mais les
chiffres du Ministère du Dévelopement rural révèlent que ne seront
installées que 20 mille familles. Il n’y aura pas de réforme agraire tant
que le gouvernement ne rompra pas avec le FMI et la dette extérieure.

Le gouvernement Lula, au lieu d’exproprier le Latifundio improductif, a
préféré libérer près de 26 millions au Crédito Fondiario", version petiste
de "la banque de la terre" de FHC, système par lequel les agriculteurs
recoivent de l’argent leur permettant de négocier directement avec les
fazendeiros et les entrepreneurs qui ne vendent que les terres qui ne leur
servent pas, et à des prix surévalués. Ce système démobilise les mouvements
sociaux, transformant la R.A en un business hautement lucratif pour les
latifundiaires et les entrepreneurs.

L’agriculture Familiale n’est que de la propagande

L’agriculture familiale brésilienne a toujours eu son importance garantie
par le fait qu’elle produit les aliments pour tous les travailleurs.
Plus de 4,1 million d’entreprises familiales représentent 84% des maisons
rurales dans le pays. Sur 10 travailleurs ruraux, près de 8 travaillent dans
les activités familiales. Quasi 40% de la valeur brute de la production
agricole et de l’élevage proviennent de l’agriculture familiale, valeur qui
tourne autour des 57 milliard cette année.

Une partie significative des aliments qui sont quotidiennement sur la table
des brésiliens est produite par l’agriculture familiale. Quasi 70% du Feijao
( haricot) consommé dans le pays provient de ce type de production ainsi que
84% du manioc, 58% de l’élevage du porc, 54% du lait, 49% du maïs et 40% des
oeufs et des volailles.
Pourtant, le gouvernement Lula ne lui donne pas l’importance qu’il a tant
donné à ce secteur lors de la campagne électorale.

Pour commencer il a nommé comme ministre de l’agriculture Roberto Rodrigues,
membre de la grande bourgeoisie rurale et grands entrepreneur. Lula applique
au rural la même politique que FHC. Des 32,5 milliards destinés au
financement de l’agriculture/elevage national, à peine 5,4 milliard vont à
l’agriculture familiale, soit à peine 16%. Le reste sera raflé par les
grands entrepreneurs et les latifundiaires ruraux, membres de l’UDR (union
démocratique ruraliste) et représentants de l’oligarchie agraire.

Il est clair dans quelle équipe le gouvernement joue...

* Romier Souza é agrônomo e membro do Instituto Agroecológico da
Amazônia (IAAM)

Mots clés : Agriculture - Pêche / International /
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