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Marianne interdit en Algérie, en Tunisie et au Maroc !

mercredi 14 janvier 2015 , par Martine Gozlan - Contacter l'auteur - 1 com

Notre dernier numéro avec en couverture un dessin de notre ami Tignous, tué par les barbares, est interdit en Algérie "pour offense à Allah et Mahomet", ainsi qu’en Tunisie et au Maroc...

Oui, vraiment, le combat continue. Et de l’autre côté de la Méditerranée, aussi. A Alger notamment, qui fut si durement frappée par la terreur islamiste, où tous nos nombreux amis constatent avec stupéfaction que notre dernier numéro, en hommage à nos camarades assassinés, avec un dessin de Tignous à la une, a été interdit. Marianne est également censuré en Tunisie et au Maroc.

C’est le quotidien arabophone algérien El Khabar qui donne l’information dans un article éditorialisé, en page 28. Expliquant le refus des autorités algériennes de diffuser notre hebdomadaire cette semaine, le confrère — auquel nous ne disons pas merci —commente : « Marianne a décidé de se solidariser avec les journalistes tués mais ne s’est pas contenté de condamner le crime. En se moquant d’Allah et du prophète Mohamed, le journal a décidé d’éteindre le feu en ajoutant de l’essence comme si on pouvait continuer à provoquer les musulmans ! »

Cette analyse confondante de bêtise émane pourtant d’une rédaction algérienne qui, par réflexe, ne pouvait, croyait-on, qu’éprouver empathie et chagrin avec les héros des crayons de Charlie Hebdo, mais aussi fraternité de plume et de combat. Les journalistes, comme tous les citoyens algériens, ont été décimés par les criminels des groupes islamiques armés il y a 20 ans. A l’époque, le journaliste et poète Tahar Djaout, écrivait avant d’être tué par les djihadistes : « Si tu parles tu meurs, si tu te tais tu meurs : alors parle et meurs ».

Hier, l’ami Dilem, grand caricaturiste du journal algérien Liberté, ô combien plus libre que le servile et oublieux El Khabar, passait par Paris pour cette journée si particulière. Nous évoquions tous deux les jours anciens quand à l’Evenement du jeudi, journal qui a précédé Marianne, Tignous et lui se rencontraient pour la première fois, histoire de mêler leurs talents pour la cause d’un numéro spécial sur l’Algérie torturée et debout que nous avions dédié à nos amis en sang de l’autre côté de la Grande bleue.

Les larmes étaient nôtres

Entre l’équipe de l’Evénement, puis de Marianne, et les démocrates algériens, l’amitié, l’affection a toujours été une réalité vivante. Au point qu’apprenant mercredi dernier la nouvelle de l’attentat, ce sont les images des rédactions algériennes assassinées qui me sont instinctivement revenues car, à l’époque, en 1990, 1991, 1992, 1993, 1994, je couvrais la tragédie algérienne pour l’Evénement. Les larmes étaient nôtres.

De combien de péchés alors n’avons-nous pas été accusés ! Jusqu’à aujourd’hui la ligne de fracture entre nous et certains autres médias français demeure. Oui, c’étaient bien les gangs islamistes qui violaient, brûlaient, égorgeaient et nous n’acceptions pas, à l’inverse de ces mêmes collègues parisiens, que les barbares soient blanchis de leurs crimes au nom d’une idéologie vaseuse et lâche.

Les « autorités algériennes », que nous n’avons jamais ménagées par ailleurs, le savent fort bien. En ces temps où le journalisme algérien, comme le pays tout entier, portait sa solitude face au monde indifférent, nous étions les rares à écrire notre indéfectible soutien. El Khabar — qui par ailleurs avait accepté en 2012 notre invitation au colloque organisé par Marianne à Marseille sur le cinquantenaire de l’indépendance algérienne — semble avoir tout oublié de sa tragédie en commentant la nôtre...

http://www.marianne.net/Marianne-interdit-en-Algerie-en-Tunisie-et-au-Maroc-_a243830.html

Mots clés : Afrique / Presse écrite /

Messages

  • Marianne ne comprend pas


    Par Kamel Moulfi – (Algérie Patriotique)

    Un communiqué de l’hebdomadaire français Marianne s’en prend à un média algérien pour avoir annoncé et commenté son interdiction en Algérie. Il lui reproche d’avoir expliqué la décision des autorités algériennes en interprétant la caricature mise en Une de ce numéro de Marianne comme « se moquant d’Allah et de son prophète » et une façon « d’éteindre le feu en ajoutant de l’essence comme si on pouvait continuer à provoquer les musulmans ! ». Le communiqué qualifie l’article su média algérien d’« éditorialisé » et le média lui-même de « servile et oublieux ». Marianne estime peut-être que, pour s’être solidarisé avec les journalistes algériens durant la décennie de terrorisme en Algérie, il est en droit d’attendre des médias algériens qu’ils n’informent pas sur l’interdiction du dernier numéro de l’hebdomadaire français et surtout ne justifient pas cette mesure en l’appuyant par une critique de la Une de Marianne. L’incompréhension de la situation dont fait preuve Marianne en ayant l’illusion « confondante de bêtise » – celle-là oui, elle l’est – que ce numéro allait être bien accueilli par ses confrères algériens, découle d’un manque évident de compréhension du contexte actuel et des conditions dans lesquelles les journalistes en Algérie mènent leur combat à eux et à leur manière pour la liberté. Le communiqué de Marianne est caractéristique de l’intolérance – quand « nous » faisons les choses différemment qu’eux – qui alterne avec le paternalisme, quand ça leur plaît. C’est, en fait, l’attitude de beaucoup de nos amis français à notre égard. Le sacrilège serait que ce soit nous qui ayons raison. Il est vraiment dommage que Marianne se mette à croire que la caricature qu’il a mise en Une, n’est pas de nature à provoquer les musulmans, comme l’ont été, en leur temps, les caricatures de Charlie Hebdo. C’est là que se trouve la stupéfaction des nombreux amis que Marianne compte en Algérie. De toute évidence, Marianne manque de discernement pour penser que son dernier numéro confectionné dans l’esprit de l’hommage aux journalistes de Charlie Hebdo qui ont été assassinés, et avec cette Une, serait perçu de la même façon en France et dans les pays du Maghreb – le numéro a aussi été interdit au Maroc et en Tunisie. Le traitement médiatique des actes terroristes commis en France tend à orienter le débat sur la question religieuse et occulte un des facteurs déclenchant qui se trouve dans les interventions et les ingérences des dirigeants français en Libye et en Syrie particulièrement. C’est de ce côté qu’il faut agir et non pas essayer de faire admettre aux musulmans à n’importe quel prix une certaine conception de la liberté.

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