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Plutonium américain : "Areva m’a tuer !"

jeudi 23 septembre 2004 - Contacter l'auteur


de Stéphane Lhomme

A écouter ses dirigeants, la multinationale nucléaire Areva serait désormais
le fer de lance... des mouvements pacifistes. En passant un (juteux) contrat avec
l’armée américaine pour retraiter le plutonium d’un certain nombre de missiles
nucléaires, Areva agirait pour la paix dans le monde et le bonheur de l’humanité.
La vérité est bien différente.

L’histoire du centre nucléaire de Cadarache (Bouches-du-Rhône), où Areva veut
traiter le plutonium américain, illustre à elle seule le cynisme du lobby nucléaire
français : celui-ci n’a pas hésité à fournir à Saddam Hussein lui-même - en visite à Cadarache
en septembre 1975 - le réacteur nucléaire Osirak qui devait lui permettre de
se procurer l’arme nucléaire : si Israël a bombardé ce réacteur avant sa mise
en service, ce n’était certainement pas pour empêcher l’Irak d’avoir de l’électricité...

De nos jours encore, la façon la plus efficace de produire le plutonium nécessaire à la fabrication des bombes atomiques reste de faire fonctionner des centrales nucléaires dites "civiles", comme le fait par exemple la Corée du Nord. En tentant aujourd’hui d’exporter le réacteur nucléaire EPR, Areva n’hésite pas à renforcer la prolifération nucléaire, en totale contradiction avec la présentation "pacifiste" du retraitement du plutonium américain.

Par ailleurs, Areva a une bien curieuse façon de contribuer à la Paix : en mettant en danger des millions de citoyens. En effet, le transport du plutonium en bateaux depuis les USA est une opération extrêmement risquée comme le prouve la présence de canons et de commandos antiterroristes à bord. Le danger sera peut-être encore pire lors du le transfert par camions de cette cargaison, l’équivalent de plusieurs dizaines de bombes atomiques. De Cherbourg à Cadarache, ce sont plus de 1000 km qui vont être parcourus sur les autoroutes françaises, au milieu de la circulation ordinaire, à la merci d’un accident ou d’un acte terroriste. Combien de personnes peuvent donc être victimes du transport de ces 140 kg de plutonium, sachant qu’il suffit d’un millionième de gramme de ce poison pour tuer un individu ?

Pour faire bonne mesure, Areva a décidé de traiter ce plutonium dans une installation nucléaire... officiellement fermée car inadaptée au risque sismique. En effet, après huit longues années de demandes infructueuses, l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire française, qui n’a donc d’autorité que dans le nom) a obtenu la fermeture "définitive" de l’Atelier de plutonium de Cadarache lors de l’été 2003, et a acté cette fermeture le 3 septembre suivant par un communiqué explicite : "Cette décision, demandée par l’Autorité de sûreté nucléaire depuis plusieurs années, était motivée par l’absence de démonstration satisfaisante de la tenue de l’installation au séisme (...)

Les inspecteurs ont constaté que les machines étaient arrêtées et que les documents administratifs actaient cet arrêt au 16 juillet 2003. Il a été demandé à l’exploitant de consigner physiquement certaines machines indispensables aux productions industrielles. Cette consignation a été constatée le 5 août 2003." Aujourd’hui Areva joue sur les mots et l’ASN se tait : cette fermeture ne concernerait que les production commerciales. Pourtant, c’est bien un contrat commercial qui lie la multinationale nucléaire et l’armée américaine. Par ailleurs, serait-il moins grave de mourir d’un accident nucléaire "non-commercial" ?

Sans même attendre un séisme, l’Atelier de plutonium de Cadarache a occasionné la grave contamination de deux salariés le 6 septembre dernier. Comme toujours dans le nucléaire, l’irresponsabilité est tolérée tant que l’irréparable ne s’est pas produit. A quelques mois du vingtième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, l’amnésie s’est emparée des dirigeants d’Areva et des autorités françaises. Le plutonium n’a pas d’odeur, les dollars non plus, mais les cadavres si. On peut déjà imaginer le dernier cri des victimes : "Areva m’a tuer."

Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire", fédération de 696 associations.

Le Réseau "Sortir du nucléaire" organise huit manifestations simultanées à travers la France le 25 septembre prochain (à Cherbourg, Amiens, Paris, Lyon, Nantes, Bordeaux, Toulouse, et Cadarache) pour protester contre la mise en danger de millions de citoyens par Areva et l’armée américaine.

Mots clés : Dazibao / Nucléaire / Stéphane Lhomme /
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