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Pour Siné, Contre le Peloton des tout-Juste

mardi 5 août 2008

de Pierre Robes

[Suite à l’attaque des 20 dans le Monde du 31/8]

A ce stade de la compétition, de la polémique, de l’audimat, de la lutte, de la concurrence, victimaire forcément, de la révolte, chacun choisira son mot – nous retiendrons le dernier- l’enjeu n’est plus la teneur exacte des propos de Siné.

Qu’importe ! Elle ne l’a jamais été. A aucun moment.

De toute façon, en matière de teneur, chez Siné, mis à part celle en alcool, rien n’est sur, rien n’est clair. Peut être le secret de sa longévité. Mieux, de sa brute lucidité. Encore mieux, du brut de brut dont on fait encore les meilleurs cidres, ceux des meilleures gueules de bois qui libèrent la parole, enfin sincère, sur le désespoir de la Condition Humaine. Pour sur ! Porter cette parole n’est pas l’affaire de n’importe qui. Le père Siné est sûrement un vieux con mais uniquement par la force de l’age ! Tout le monde ne peut en dire autant et certainement pas son jeune et fringant premier procureur. Pour le reste, dans ce cher vieux pays, quand on a eu le cran de porter certaines Valises, on est en droit d’attendre un minimum de courage ou de vaillance.

Du Panache ? Des nèfles ! Coups tordus par journaux interposés. Cabales à trois bandes de copains. Archives expurgées de tout contexte. Récidives sans prescription. Et du coté de son ADN ? Ca viendra. Une stratégie de chacal. J’oubliais, l’homo phobie défile aussi, fière. C’est gai. J’oubliais encore, décidemment, les Harkis. Sont-ce les mêmes qu’à Montpellier, ceux de Georges Frèche ? Mais où donc aviez vous publié votre pétition à l’époque ? Votre devoir de mémoire relève de la sélection par Habitus, naturellement. Rien sur les Arabes, vous êtes sûr ? Vous n’avez rien trouvé de ce coté ? Un délit mineur à vos yeux qui ne mériterait même pas un PV dans votre carnet à souche. Siné devrait franchement se méfier : aucun dessin, aucun propos sur les nains de jardin ? Même il y a 30 ans ?

Constatez ainsi, Citoyens, ce n’est pas la teneur factuelle des écrits de Siné mais bien l’essence du bonhomme qui est l’objet de cette Fatwa polie. Ce criminel brûle toutes les Saintes Icones victimaires de notre bonne société d’habitude si bien ordonnée. Les Victimes d’un coté, Les Bonnes âmes de l’autre, pleines d’Indulgences modernes. Faut le dire, ils ont les moyens de se les payer.

Oui mais voilà, au milieu, il y avait un Peuple-Roi, avec son fou : Siné ! Ce peuple est encombrant, la France serait si belle sans lui, la plus chic des villégiatures, n’est-ce pas ?

C’est à regretter d’autres temps ! Une petite rafale à Clamart, une balle dans la nuque sur un trottoir, ça avait quand même plus de gueule. Mais non, l’Epoque est au poison médiatique, aux conciliabules de courtisans, à la rumeur colportée comme une maladie honteuse, en dessous de la ceinture.

Et pourtant quel singulier manque de couilles !

En soi, la marque d’un déclin, d’une débandade. La vertu sans terreur est une impuissance. Robespierre revient donc couper ces quelques têtes car la mode est aux belles cervelles remplies de suffisance. C’est tendance. Pourtant, un petit coup de boule aurait suffit. Même pas, il faut s’adresser aux footballeurs, c’est dire le niveau de lâcheté de nos zéros médiatiques et intellectuels, Moins de QI qu’un footballeur. Moins de courage qu’un corbeau. Molière acceptait les duels mais nos modernes précieuses ridicules se voiturent vers les toutes dernières commodités de la conversation : l’amalgame comme argument, une doxa comme encyclopédie.

Keep Clean ! Chez ces gens-là, il faut du propre et de la politesse. Pas de gros mots. Pas d’outrance. Toujours sous les limites de leur acceptable pour ces nouveaux jésuites. L’union bénie de Mr Propre et de la mère Denis, épurateurs médiatiques, lessiviers d’éditoriaux. La gomme et les ciseaux pour outils de travail. Le licenciement pour salaire. Ils se couronnent gardes de la barrière entre l’humour et la caricature. Pour aller au delà de cette nouvelle ligne de démarcation, adressons nous à qui ? Hortefeux ne délivre que des retours. Faut-il s’adresser à BHL pour les ausweiz ? On peut le penser après tous ses papiers hygiéniques. Ah BHL ! Quel beau Chevalier infatiguable contre toutes les orgues de barbarie ! Toujours à la recherche de sa dernière Rossinante, il en est pathétique. Don Quichotte a le mérite d’être drôle.

Et la Lumière fût ! Ces nouveaux directeurs de conscience se prétendent ainsi, nouvelles Lumières de ce peuple de Gaulois. Quelle blague ! Lumières ? Des lampes de chevet alors. Ils daignent nous éclairer. Quelle farce ! Ils tiennent la chandelle.

Siné est coupable parce que c’est évident ! Il était une fois vingt prétendus tout-Juste statuant sur l’âme d’un bête et méchant Gentil. Piochons au hasard certaines de leurs accusations. L’aléatoire, seul, sera plus équitable que leur instruction à charge :

« …quand on acceptera de lire et entendre, vraiment lire et entendre… » (Le Monde)

Voilà bien le plus méprisant des arguments : Nous autres, les sans-grade, sommes donc sourds et aveugles. Nous ne vous comprenons que trop bien. Rappelons donc à ces juges auto désignés que Thémis est aveugle. Quand à la surdité, c’est au choix, celle du sage Kikazaru puisque nous sommes vos singes ou celle d’éternels adolescents masturbateurs.

« …à savoir qu’une fois de trop,… » (Le Monde),
« … »ce qu’a écrit et dit Siné depuis trente ans » (Le Monde)

Voilà bien le plus contradictoire des arguments : La récidive. Qu’avez vous fait pendant ces trente dernières années ? Vous alimentiez un dossier de police en attendant les nouvelles lois ? Et bien requérez maintenant, une peine plancher pour Siné sera le minimum ? En matière de grosse saloperie, l’antisémitisme par exemple, il ne saurait y avoir un fois de trop puisque la Loi ne peut tolérer une seule fois. Un tel aveu de laxisme vous disqualifie d’office.

« Entre autres outrances, nous avons été attristés de voir Plantu dans L’Express se distinguer en croquant Philippe Val en nazi »(Le Monde),
« que ni ses menaces » [de Siné]. (Le Monde)

Voilà le bien plus menaçant des arguments : Il en est donc des outrances comme de l’humour, il y en a de tristes encore, un peu, tolérées, et d’autres déjà condamnées. Quant à la distinction, pour Plantu, cela sonne comme une menace. Celles de Siné ? Lesquelles ? L’appel à la justice en serait une ? De la part du plus éminent juriste présent sur votre liste, cela sonne mieux qu’un aveu, un mensonge subliminal.

« Pourquoi ne pas admettre l’évidence » (Le Monde)

Et voila enfin le plus vulgaire : Traditionnelle évidence, irréfragable, la marque de fabrique des procureurs les plus fidèles à l’Epoque, au Régime. Cet appel au sens commun se veut populaire. Nous admettons les hypothèses, les critiques, nos erreurs, nos excès, nos failles, les dettes surtout d’honneur. Les évidences, elles, s’admettent d’elles mêmes. Bref, c’est raté, admettez le !

Ecce Homo ! Notre vieux Siné, transformé en petit Capitaine perdu dans cette tempête de boue que vous avez déchaînés. Capitaine ? Siné ! Quelle inconvenance ce mot-là, ici même ! Vous en voulez le monopole ? Zola détestait les monopoles, ceux des mines dans lesquelles vous ne mettrez jamais les pieds, ceux des grands magasins que vous fréquentez par contre, pour votre plus grand bonheur. Je vous entends déjà proférer « N’avez-vous pas honte !? ». Sûrement pas, quoique. Vous n’auriez pas tout à fait tort. Grader en Capitaine un antimilitariste notoire relève d’un paradoxe tellement délicieux que s’en est honteux.

Quant au reste, tout le reste, une seule formulation me paraît adaptée, par dégoût, par honte, par dépit et bientôt par colère, votre collègue Delegorgue la récitait si bien : « la question ne sera pas posée ». J’en garderais néanmoins une seule, sentencieuse. Un détail pour le diable. Pourquoi vingt signataires ? Un seul n’aurait pas suffit, c’est certain. Cent eût été trop. Alors vingt. Admettons. Mais vingt, pour des apôtres, c’est encore trop. Pour un jury aussi. Pour des procureurs, c’est pléthore ! Je ne vois qu’une seule solution : Pour un peloton d’exécution. La c’est parfait.

Mais n’oubliez pas que dans cette guerre, celle de la Liberté réelle, indivisible comme la République, contre vos libertés formelles distribuées comme une ostie aprés confesse, nous avons déjà un avantage certain sur vous : notre premier martyr, un petit vieux, est bientôt ressuscité. Les fantômes ne font peur qu’aux petits bourgeois.

Pierre_Robes_Roule(at)yahoo.fr

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