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Pour bien finir l’année...

dimanche 21 décembre 2008 - Contacter l'auteur

Michel Peyret
19 décembre 2008

POUR BIEN FINIR L’ANNEE
ET REPARTIR DU BON PIED AVEC LA NOUVELLE

A Paul ,

Le texte de Domenico Losurdo que tu me joignais m’avait échappé .
Je ne sais pas oû Losurdo se situe sur l’échiquier politique italien , ni au sein des forces qui se réclament , ou ont pu se réclamer , du communisme en Italie .
Cette réserve est évidemment essentielle et je ne sais trop comment situer ce texte dans ce contexte italien , ni dans l’ensemble des "productions" de Losurdo .
Pour m’en tenir à ce que je lis , il m’apparait qu’il mélange un peu tout , Marx et Engels d’une part , et ce qui s’est fait en Russie et en URSS , avec Lénine jusqu’à sa mort , puis avec Staline et ceux qui lui ont succédé...qui , comme je l’ai dit , et toujours selon mon opinion , ne peut trouver un quelconque fondement dans le travail de Marx et Engels .
Dans des articles que j’ai produits , j’en ai donné des éléments essentiels .
D’abord sur les questions de la propriété oû ce qui dominait en URSS , c’est , c’était , la propriété d’Etat , sinon en fait un capitalisme d’Etat , comme d’autres le disent mieux que moi ...
Sur les questions de L’Etat ensuite oû , avec Marx , il s’agit de "briser" l’Etat de la bourgeoisie , du capital , et d’engager un processus de dépérissement de l’Etat... vers des formes d’auto-administration de la société par elle-même . Au contraire , en URSS , cela a été une hypertrophie étatique .
Avec évidemment des conséquences sur la conception de la démocratie : le pouvoir n’est pas donné au peuple qui , au contraire , subit "la dictature du prolétariat" , en fait la domination de l’Etat-Parti... _ Rien à voir avec l’auto-administration .
Sur la question du travail aussi oû jamais il n’été question de rompre avec la forme du travail salarié capitaliste et aller vres d’autres formes de rénumération ...
Sur la question des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes : j’ai séjourné au Kazakhstan oû j’ai ressenti une haine énorme vis-à-vis de ce qui était vêcu comme la domination russe , et ce jusque dans les milieux officiels ...
Aussi , si je peux être d’accord avec Losurdo , c’est uniquement sur un point , quand il dit : "Si nous acceptons une telle définition( du communisme ) , alors le communisme présuppose un développement des forces productives si prodigieux qu’il serait capable d’effacer les problèmes et les conflits relatifs à la distribution et donc relatifs au travail..."
Evidemment , ces conditions là étaient loin , très loin , d’exister en Russie en 1917 et après : les forces productives n’ont jamais atteint ce niveau et d’ailleurs ne pouvaient l’atteindre . C’est pourquoi , toujours à mon avis , il était tout à fait impossible , irréaliste , de vouloir édifier le socialisme ou le communisme là . Je le redis , on n’y a pas dépassé le capitalisme d’Etat sanss d’ailleurs jamais rattrapper le niveau du capitalisme occidental , sans nier bien entendu le développement qui y a été réalisé , mais à quel prix ?
Je pense , mais c’est facile de le dire aujourd’hui , que l’expérience ne pouvait se terminer que comme elle s’est terminée , sans que je considère que cette fin n’ait pu subvenir en d’autres circonstances et sous d’autres formes ...
Pour nombre de ces raisons , pour d’autres encore , je pense que ce qui a été fait a été davantage un contre-modèle qu’un modèle . Peut-être faudrait-il reprendre ce que disait Gide après son voyage à la fin des années 30...
C’est une tragédie !
Pour en revenir à la citation que je retiens de Losurdo , en France , à notre époque et dans certaines autres pays , on peut considérer que les conditions qu’il pose pour la construction de la société communiste sont atteignables , sinon déjà atteintes .
Nous entrons , ou sommes entrés , dans l’ère de l’automatisation et de l’informatisation .
Ce sont des "révolutions" d’une toute autre ampleur que celle de la révolution industrielle que le capitalisme a conduite , là encore dans les conditions que l’on sait , et elles ne sont pas glorieuses , mais qui ont permis d’accéder au niveau de développement que l’on connait .
Manifestement , la crise que connait le capitalisme aujourd’hui est le témoignage de son incapacité à poursuivre le développement au-delà de ses limites actuelles , qui font que la crise est multiple et concerne tous les aspects de la vie de notre société : la crise du mode de production , donc la crise économique , la crise financière , la crise énergétique , la crise environnementale , la crise alimentaire et différentes crises : logement , enseignement , travail , recherche , transport , aménagement du territoire et aussi , institutions , constitution , démocratie représentative , partis , ...
Devant ces problèmes , et devant ceux de la mise en oeuvre des révolutions induites par l’informatisation et l’automatisation , ce qui apparait c’est l’incapacité du capitalisme à pousser plus loin le développement de la société . La capitalisme a vieilli , il a sur lui le poids des siècles pendant lesquels il a dominé l’Europe , puis le monde , il a atteint ses limites , une situation est à saisir...
Malheureusement , en France , aucune force politique ne place aujourd’hui les enjeux à ce niveau..
Voilà , très rapidement , trop schématiquement , parce que ce n’est pas en quelques lignes que l’on peut résumer l’ensemble des processus en cours aujourd’hui .

SUITE

Si je diffuse un texte de Sève , ce n’est pas parce que c’est mon maître à penser , je n’ai pas de maître à penser , c’est plutôt parce que j’y retrouve des idées qui correspondent aux miennes .
J’ai appris à mes dépens , ce fut même un long apprentissage , qu’il valait mieux être capable de penser par soi-même , ce que je m’efforce de faire , et cela me fait plaisir de rencontrer des textes et des pensées dont je partage le contenu . Je sais aussi qu’un certain nombre de mes idées seront davantage prises en compte si je les associe à celles de Sève , je ne peux faire abstraction de ces réalités-là , nous en sommes encore là ...
Pour l’instant , je lis ou relis Marx , je ne sais plus trop ce que j’ai déjà lu , et ce que j’y trouve m’aide à penser l’époque actuelle , non pas en prenant des idées toutes faites , à prendre ou à laisser , mais des "outils" , des concepts , qui m’aident à déchiffrer le présent en les mettant en oeuvre .
Je constate aussi que nombre des outils et concepts de Marx ont été laissés de côté , y compris et au premier chef par Lénine . On ne refait pas l’histoire , mais je ne peux m’empêcher de penser que l’histoire de la Russie et de l’URSS auraient pu prendre un autre cours si...
J’allais dire , par exemple , s’il n’y avait pas eu la répression du Soviet de Kronstad mais ce que j’ai dit ci-avant n’a pas besoin d’être conforté par ce fait , même s’il est particulièrement significatif .
Je voudrais encore ajouter que d’autre théoriciens marxistes ont existé au temps de Lénine et lui ont même survêcu , je connais les noms de quelques-uns , mais il a fallu que j’atteigne un âge respectable pour en découvrir d’autres , lesquels avaient un usage de Marx qui n’était pas celui de Lénine mais plutôt proches de mon acceptation ... Et je m’interroge sur les raisons qui ont pu faire que ma découverte ait été aussi tardive . Elles ne sont pas , je pense , à l’avantage de la 3eme Internationale et de ses pratiques , même originelles...
Cela étant , j’admets pour ma part la diversité des approches en tous domaines , d’autant plus que je considère que cette diversité , loin d’être un handicap , est davantage une qualité en ce que elle permet le plus souvent de cerner tous les aspects contradictoires d’une même réalité , toutes les contradictions qui y sont à l’oeuvre et créent le mouvement...
Le mouvement...c’est le mouvement qui caractérise l’histoire et il a sa source dans le mode de production... Et qu’a fait Marx sinon détricôter toutes les contradictions à l’oeuvre dans le mode de production et qui se développent selon des processus complexes et diversifiés dans toutes les sphères de la société , selon donc des modalités que les hommes mettent en oeuvre dans les rapports de production . Et donc parce que l’on n’en a pas terminé pour penser tout ce que Marx met dans cette idée que ce sont les masses qui font l’histoire et qu’il aurait été utile de le rappeler ces jours derniers pour penser ce que doit devenir une force qui se veut communiste pour exprimer , ou faire que puisse s’exprimer , les intérêts , les besoins d’une classe , celle des 92% de la population active de la France d’aujourd’hui que représentent les salariés , à un moment oû le capitalisme dominant fait avec sa crise la démonstration de son incapacité à résoudre les problèmes qui se posent à notre société et appellent une autre civilisation .
Bref , avec Marx , pas grand-chose à voir avec certains qui ont pensé , certains qui pensent encore , que l’on peut imposer l’histoire aux masses . On sait oû cela a mené...
Et c’est pourquoi je préfére "perdre mon temps" à relire Marx et quelques de ces "oubliés" dont j’ai parlé , et dans l’esprit dont j’en ai parlé , c’est-à-dire dans la recherche d’outils qui peuvent m’aider à développer mes propres pensées dans la France et le monde d’aujourd’hui .Et les "retours" qui me parviennent après publication de chacun de mes articles contribuent à me montrer que je suis sur le bon chemin , tout en prenant , ainsi que je l’ai dit , en considération la diversité , c’est-à-dire encore la liberté assurée à chacun de pouvoir s’exprimer , contre toute opinion et théorisation "officielles" .

Mots clés : Michel Peyret / Partis politiques /
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