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Questions à propos des antinucléaires et du nucléaire

vendredi 25 avril 2003 - Contacter l'auteur

Posté par Le Comité Stop Nogent-sur-Seine

Quelques questions à propos des antinucléaires et du nucléaire

Il existe depuis longtemps un mouvement antinucléaire sans que l’on sache très bien ce qu’il représente et quels en sont les fondements.

Première question : pourquoi faut-il une action contre l’industrie nucléaire civile ?
Notre société industrielle est source de désastres mais l’industrie nucléaire a initié dans le monde industriel la possibilité de désastres exceptionnels. Il est vrai que depuis quelques années l’industrie chimique a fait d’énormes progrès concernant les conséquences de ses accidents mais elle n’a pas encore atteint les possibilités de l’industrie nucléaire. Un couplage nucléaire - chimie pourrait prendre des proportions redoutables.

Deuxième question : en quoi l’industrie nucléaire est-elle originale et justifie-t-elle une action spécifique dans notre monde industriel ?
Au désastre nucléaire correspondent des problèmes sanitaires dont l’importance n’a jamais été atteinte par l’industrie chimique pourtant assez performante sur ce sujet. Les accidents chimiques ont été suffisamment fréquents pour qu’on les intègre dans la gestion sociale. Le désastre nucléaire introduit des nouveautés, il contamine une vaste surface de territoire et ses effets sanitaires les plus profonds ne sont pas immédiats mais apparaissent après quelques années (effets de morbidité très variés -comme ceux qui sont observés dans les zones étendues contaminées par Tchernobyl en Biélorussie, en particulier chez les enfants) et concernent des millions de personnes. Ces effets soulèvent des problèmes quasi insolubles : il faudrait évacuer très très rapidement un nombre énorme d’habitants, ce qui est matériellement impossible. Concernant la contamination des sols et ses conséquences sur les produits agricoles, impossible de déclarer hors activité productive pendant des siècles une partie importante du pays.
Cela suppose bien sûr une modification de notre démocratie. Passant d’un simulacre bien accepté par les citoyens, il sera nécessaire de mettre en place une organisation autoritaire. Cela est clairement exprimé par les sociologues spécialistes de la gestion post accidentelle : l’important est d’éviter les turbulences sociales ce qui implique logiquement la maîtrise des turbulents et en cas de désastre nucléaire nous serons tous considérés comme des turbulents.

Troisième question : sur quoi doit se fonder l’activité antinucléaire ?
Si l’on tient compte de l’ampleur d’un désastre nucléaire possible sur une de nos centrales il paraît évident que ce sont les conséquences de ce désastre qui doivent fonder l’argumentation antinucléaire. L’accident pouvant survenir à n’importe quel moment, c’est l’urgence de la mise hors la loi de cette industrie qui doit être la motivation première.

Quatrième question : peut-on se passer très rapidement de notre énergie électronucléaire ?
La France est exceptionnelle dans le monde avec ses réacteurs nucléaires fournissant près de 80% de l’électricité. Mais EDF, organisme assez prudent, a gardé en réserve des centrales thermiques classiques (essentiellement charbon et fioul, peu de gaz). La mise en fonctionnement de 4 réacteurs de 1450 MWe (Chooz et Civaux) qui, après plusieurs années de cafouillage commencent à être producteurs, conduit à une surcapacité encore plus élevée et les nucléocrates d’EDF cherchent la façon la plus efficace de mettre hors jeu ces centrales non nucléaires qui sont peu utilisées, sauf en cas de demande électrique importante comme en période de pointe hivernale. L’utilisation à plein rendement de ces installations permettrait de mettre à l’arrêt un bon paquet de réacteurs nucléaires. Ne pas protester quand EDF commence à les démanteler comme le font les antinucléaires BCBG c’est se rendre complices des nucléocrates d’EDF.

Cinquième question : mais ces centrales électriques à combustibles fossiles sont-elles moins dangereuses que les centrales nucléaires ?
EDF a développé depuis des années des centrales dites "à charbon propre" beaucoup moins polluantes que les vieilles installations. Les produits polluants restent majoritairement dans les cendres, seul le gaz carbonique (gaz à effet de serre) est rejeté. Arrive alors l’effet de serre au secours des arguments pronucléaires. Or, la production mondiale d’électricité nucléaire ne représente qu’environ 6% de la production totale d’énergie primaire et la production électronucléaire française environ 1%. Si l’effet de serre est aussi redoutable qu’on le dit la part de ce 1% ne changerait pas grand chose à l’effet de serre. C’est un faux argument.

Sixième question : la mise hors la loi des réacteurs nucléaires est-elle possible rapidement ?
Oui, par l’arrêt des exportations, l’utilisation maximale de l’hydraulique et des centrales thermiques classiques, par l’arrêt de l’autoconsommation des installations nucléaires comme Eurodif, Melox, La Hague on peut arrêter dès aujourd’hui 70% du nucléaire français.
Cette mise à l’arrêt n’est pas un problème de faisabilité industrielle mais un problème politique. Ceux qui ont renoncé à exiger la mise à l’arrêt immédiat de nos réacteurs en se réfugiant derrière la formulation d’une décision rapide de sortie différée, l’ont fait pour des raisons politiques. Leur alliance avec des politiciens "antinucléaires" qui ne pouvaient faire carrière qu’en s’alliant à des partis pro-nucléaires leur ont imposé cette stratégie stupide.
Comment faire admettre à la population que le nucléaire est suprêmement dangereux si on n’exige sa suppression que dans 20 ans ou 40 ans pour les derniers couplés au réseau ? L’argumentation de ces antinucléaires ne fait que rassurer les citoyens en leur faisant croire que le nucléaire finalement n’est pas si dangereux que ça puisqu’on l’accepte encore pendant des dizaines d’années. En fin de compte cette argumentation notamment celle du "Réseau Sortir du nucléaire" est la meilleure que puisse trouver le lobby pro-nucléaire.
Certains antinucléaires (Greenpeace en particulier) ont une argumentation assez curieuse : sortons dans 10, 20 ans, mais en cas de catastrophe nucléaire nous pourrions sortir rapidement, disent-ils. Or si l’on peut sortir rapidement après une catastrophe c’est qu’on peut sortir avant ! En plus cet argument ne tient pas debout car après une catastrophe on ne peut plus sortir du tout. Peut-on gérer la situation post-catastrophe sans électricité ?

Septième question : et les énergies renouvelables dans tout cela ?
En 1973 lorsque le gouvernement a publié le programme électronucléaire, les antinucléaires ne voulaient pas de cette énergie. Il n’était pas question pour eux d’argumenter sur le type d’énergie qu’il fallait développer. Pas d’énergie nucléaire signifiait continuer à utiliser les combustibles fossiles. Ainsi, si le mouvement antinucléaire avait été victorieux nous aurions des centrales thermiques classiques à la place des centrales nucléaires. C’est ce qui est arrivé au Danemark, le champion écolo du non-nucléaire. Ceux qui diabolisent le charbon et le fioul pour la production d’électricité devraient se réjouir de l’échec du mouvement antinucléaire des années 70 !
Quand on regarde les chiffres concernant la production d’électricité en Europe on s’aperçoit que la production électrique de l’ensemble (fossile+nucléaire) représente l’essentiel de la production. Le choix est alors évident : pas de nucléaire comme le champion écolo danois avec un record pour les énergies fossiles ou pas de fossiles comme la France avec son record nucléaire.
Au Danemark, s’il est exact que la production d’électricité par les combustibles fossiles (thermique classique) baisse régulièrement depuis 1996 il faut remarquer que jusqu’en 1999 le Danemark était gros exportateur d’électricité et pour la première fois en l’an 2000 le Danemark a importé de l’électricité. En 2001 le solde export-import n’est que légèrement positif.

Huitième question : comment l’antinucléaire doit-il s’introduire dans la critique de notre société ?
L’activité industrielle de la société, la façon dont elle s’exerce, méritent notre attention. Faut-il faire de ces problèmes une priorité ? Faut-il exiger un changement de société pour qu’on arrête le nucléaire ?
La catastrophe nucléaire est assez novatrice car elle implique une "gestion" à très long terme, gestion qui nécessite l’accord (volontaire ou imposé) des individus impliqués. La catastrophe nucléaire n’a pas seulement des conséquences sanitaires mais aussi des conséquences sociales. Elle précipite notre société dans la servitude. Le simulacre de démocratie qui permet à notre société d’être "acceptable" ne peut continuer telle quelle pour gérer les suites d’un désastre nucléaire.
Le problème que pose l’énergie nucléaire ou, plutôt, l’opposition à cette industrie, n’est pas de nécessiter un bouleversement de notre vie. Il ne s’agit plus de transformer la société mais d’éviter qu’après la catastrophe toute tentative de changement social s’avère impossible.

Question aux "antinucléaires" :
Faut-il sortir le plus vite possible de l’électronucléaire ou faut-il attendre 20-40 ans que nos réacteurs soient en fin de vie ?

La mise en place, il y a quelques années, du Réseau Sortir du Nucléaire pose un problème important. Que signifie pour cette organisation "sortir" du nucléaire ? Il s’agit en clair d’une décision immédiate d’une sortie différée. Comment veut-on que les citoyens comprennent cette stratégie :

1) le nucléaire est particulièrement dangereux et il faut l’arrêter.

2) Mais pas question de le faire avec les moyens disponibles que l’on peut utiliser dès aujourd’hui, il faut attendre. Ce qui signifie qu’il faut accepter le risque de désastre nucléaire.

Pourquoi ? Les citoyens qui ont une certaine expérience des magouilles politiques comprennent assez vite : nous voulons sortir du nucléaire mais nous voulons appuyer le parti politique écolo qui ne peut survivre, s’il s’agit d’avoir des élus à tous les niveaux, qu’en s’alliant à la gauche particulièrement pronucléaire. Ainsi les "anti" et les "pro" nucléaires peuvent s’entendre s’il ne s’agit pas d’exiger une sortie rapide.
Refuser une sortie immédiate du nucléaire avec les installations à combustibles fossiles c’est aussi une façon de se plier à une idéologie écologiste selon laquelle notre société pourrait continuer, sans grande perturbation, à consommer comme nous le faisons mais avec des énergies douces. Ces écolos "antinucléaires" se placent dans une perspective à long terme d’une modification de notre société. Ils ignorent les problèmes réels qui se posent et qui nous obligent à nous positionner dans une perspective à court terme de survie qui évidemment est un élément fondamental de la vie à plus long terme
Dire que le nucléaire est dangereux et qu’il faudra attendre 20 à 40 ans pour en finir est complètement irrationnel. Si d’après ces antinucléaires on peut attendre 20 ou 40 ans avant de se débarrasser des réacteurs c’est que le danger qu’ils font courir n’est pas si grave que cela. Alors si le danger n’est pas aussi grave que certains "paranoïaques incompétents" le disent, pourquoi exiger un non renouvellement du parc nucléaire ? Si les réacteurs ne sont pas suffisamment dangereux pour exiger leur arrêt le plus rapidement possible, pourquoi demander que ces réacteurs ne soient pas remplacés en fin de vie ?

Le Réseau Sortir du Nucléaire a une politique tout à fait irrationnelle et finalement rationnellement pronucléaire.

Roger Belbéoch

Voir : Il faut sortir de l’impasse nucléaire avant la catastrophe (c’est possible !)

Voir : Charte pour l’arrêt immédiat du nucléaire

Mots clés : Nucléaire /
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