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Scandaleux : la monarchie marocaine traque les cyberactivistes !

lundi 5 mars 2012 , par Malcolm - Contacter l'auteur

Faut-il s’inquiéter pour le Maroc ? Alors que les (timides) réformes de la monarchie semblaient montrer que le régime allait s’ouvrir peu à peu, les autorités se livrent à un véritable tour de vis concernant Internet et les libertés publiques. Au risque d’attiser davantage la contestation ?

Référendum constitutionnel le 1er juillet 2011, élections législatives le 25 novembre dernier, le Maroc faisait figure d’exception dans le monde arabe grâce à ses réformes politiques entamées par le monarque lui-même sous la pression de la rue. Pourtant, plusieurs événements récents révèlent que les libertés publiques sont actuellement en régression au royaume chérifien qui a perdu 3 places au classement mondial de la liberté de la presse.

Le roi, l’islam : des lignes rouges à ne pas franchir

Au Maroc, la liberté d’informer comporte quelques exceptions. Le Roi et l’Islam semblent en effet être des lignes rouges à ne pas franchir à en juger par la censure ayant frappé le 26 février 2012 le journal espagnol El Pais.

Dans ce numéro étaient publiés des extraits de l’ouvrage co-écrit par Catherine Graciet et Eric Laurent, intitulé « Le Roi prédateur. Main basse sur le Maroc », enquêtant sur l’enrichissement du roi Mohammed VI. Les autorités marocaines ont justifié cette interdiction car ce numéro contenait des propos diffamants portant atteinte « à l’image de sa Majesté et aux institutions du pays ». En effet, au Maroc, l’article 29 du code de la presse bannit tout propos portant atteinte à la personne du roi. On ne touche pas au monarque, plus riche que l’émir du Qatar selon l’hebdomadaire français Point de vue. De quoi faire grincer des dents au Maroc puisque

« De toutes les monarchies présentes sur la liste, seul le Swaziland peut être considéré comme moins favorisé économiquement que le Maroc. Le reste de la liste est constitué de pétromonarchies ou de riches Etats occidentaux » précise la revue française.

Depuis des mois, nombreux sont les magazines et journaux interdits au Maroc à cause de cet article 29 ou parce qu’ils heurteraient les sensibilités religieuses. Selon l’agence de presse espagnole EFE, 29 journaux étrangers ont été interdits entre janvier 2011 et février 2012, dont 22 journaux et magazines français censurés. Le blog « The Angry Arab » ajoute également qu’Al-Jazeera a censuré un documentaire sur pression gouvernementale.

Les autorités marocaines ne se contentent pas de censurer, elles sévissent également. Le directeur de publication du quotidien Al-Massae, Rachid Nini a été condamné le 24 octobre 2011 à un an de prison ferme pour « désinformation » à cause d’articles dénonçant des affaires de corruption au sein du pouvoir marocain.

Les victimes de la censure

Comme dans de nombreux pays théâtres du printemps arabe, les atteintes aux libertés publiques frappent particulièrement Internet. Le 16 février, Walid Bahomane, un étudiant de 18 ans, accusé d’avoir porté atteinte à la personne du roi pour avoir diffusé une série de caricatures de Mohammed VI sur Facebook a été condamné à un an de prison ferme et une amende de 10.000 Dirhams (à peu près 1.000 euros). Plusieurs activistes du mouvement du 20 février qui ont suivi le procès se sont d’ailleurs plaints que celui-ci se déroule officieusement à huis-clos, la police leur barrant l’accès au tribunal. De son côté, Me Naïma Elguellaf, avocate de Walid Bahomane, s’est plainte de n’avoir "même pas pu présenter notre stratégie de défense, car l’avocat engagé par la famille a considéré qu’il s’agissait d’un dossier "normal", sans aucune dimension relative à la liberté d’expression, et il a plaidé pour que le dossier soit jugé sur le champ".

Le 13 février 2012, Abdelsamad Haydour, 24 ans, a été condamné trois ans de prison et une amende de 10 000 dirhams pour “atteinte aux valeurs sacrées de la nation” pour avoir critiqué le roi dans une vidéo postée sur Youtube.

Si le régime semble aussi nerveux concernant le militantisme sur Internet, c’est parce le web, et notamment Facebook, Youtube et Twitter, a libéré la parole et permis aux activistes du Mouvement du 20 février de diffuser leurs idées. Comme le rappelle Global Voices, ce mouvement est né d’un simple groupe Facebook intitulé « Liberté et démocratie maintenant ». Les militants ont ensuite appelé le roi à apporter “les réformes nécessaires au système politique pour permettre aux Marocains de se gouverner eux-mêmes” ; “rompre avec le passé pour de bon et irrévocablement.” Le 20 février, ils ont manifesté pacifiquement, ce qui a surtout été relayé sur le web.

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Mots clés : Afrique / Internet / Police - Répression /
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