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VIVA ZAPATERO : un brûlot sous la botte de Berlusconi

dimanche 11 septembre 2005 - 5 coms

En France : au cinéma le 21 décembre

62e Mostra. Un documentaire dénonce la dérive totalitaire du système médiatique italien.

de Olivier SEGURET Venise

La veille de la clôture de la 62e Mostra, une grande précaution et beaucoup de mystère ont précédé la projection surprise du documentaire de Sabina Guzzanti, Viva Zapatero, présenté hors de toute sélection mais discrètement parrainé par les responsables du festival. Pourquoi tant de prudence ? Parce qu’il s’agit d’un violent brûlot anti-Berlusconi et qu’il fait précisément état de la censure brutale, perverse et néototalitaire qui s’est abattue sur la Péninsule et, en particulier, sur ses médias. Ceux-ci, publics ou privés, se trouvent désormais, dans leur écrasante majorité, entre les mains du Condottiere ou de ses sbires : soit ils lui appartiennent directement via son empire Mediaset, soit ils sont sous son contrôle politique (le service public), soit ils lui sont soumis par l’argent, la peur, la lâcheté.

Satire. Sabina Guzzanti est une forte personnalité du monde des spectacles italiens. Célèbre comique et imitatrice, elle devait écrire et produire pour la Rai, télé d’Etat, un show satirique comme il en existe dans toutes les démocraties : le film évoque notamment l’exemple des Guignols français avec envie et admiration. Mais, dès sa première diffusion, l’émission, baptisée Raiot, a été brutalement débarquée, sous le prétexte de « vulgarité » et d’insultes au gouvernement. L’affaire a fait grand bruit en Italie mais pas de la façon qu’on aurait pu espérer : très habilement, hélas, les médias à la solde du pouvoir ont déplacé le débat sur la nature même de la satire et, y compris à gauche, plutôt que de se révolter solidairement ou, au minimum, de reconnaître qu’il y avait là une censure pure et simple, on a préféré enculer les mouches sur le thème : la Rai doit-elle être une tribune politique façon Hyde Park Corner ?

Plutôt du genre roquet féroce, la Guzzanti a saisi l’occasion de cette mise à pied pour enquêter, avec autant d’humour que de sérieux, auprès de la classe politique et médiatique sur l’état de la démocratie péninsulaire. Même si l’on éprouve une certaine jubilation à la voir mordre les mollets des notables du berlusconisme, qu’elle traque jusque dans la rue, la riche substance de Viva Zapatero est particulièrement angoissante et dépressive. Y défile un cortège d’ectoplasmes veules et pleutres, pétrifiés par la peur, quand ils ne sont pas tout bonnement cyniques et fiers de leur indignité.

On apprend énormément de choses dans ce documentaire libérateur qui sortira la semaine prochaine dans quelques salles du pays, grâce à l’opiniâtreté du distributeur indépendant local Lucky Red. Par exemple que l’Italie a été sévèrement rétrogradée à la 67e place par l’Observatoire mondial des libertés civiles. On rigole aussi plus d’une fois devant les sketches et imitations dévastateurs de la comique-réalisatrice, sorte de Jennifer Saunders politique. Mais on a aussi la gorge nouée devant certains témoignages recueillis, comme celui de l’acteur de théâtre et satiriste Beppe Grillo, « ennemi numéro 1 » de Berlusconi et à ce titre boycotté par les télés malgré sa grande popularité : en pleine conférence de presse, il conjure les journalistes de se révolter ou, du moins, d’écrire ce qu’ils pensent et de décrire ce qu’ils voient. L’embarras alors lisible sur les visages est une honte pour la profession.

Larmes. Emotion plus forte encore lorsque le patriarche Giorgio Pieroni, l’un des journalistes les plus respectés d’Italie, lui aussi viré de la Rai avec une charrette d’insoumis bien remplie, s’étrangle dans ses larmes en évoquant le sort des libertés et de la démocratie dans son pays (et notamment le ménage sournois fait au quotidien Corriere della Sera).

Même glissé en catimini et sous les sarcasmes exaspérés des politiciens de la Ligue du Nord, furieux de voir cet ovni aussi irrespectueux qu’imprévu débarquer sur le Lido, Viva Zapatero est le film politique qui manquait à la Mostra, celui qui appelle un fasciste un fasciste, remettant les pendules à l’heure juste avant les festivités de clôture : en nous rappelant à quel point, sous la botte du berlusconisme, le bel paese est défiguré, Sabina Guzzanti fait preuve d’un courage qui devrait être naturel mais qui devient ici héroïque. C’est elle, bien sûr, la vraie Zapatera.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=322635

Messages

  • Peut etre vous ne savez pas pourquoi Sabina a été virée par le sbires berlusconiens:dans son émission Raiot,vite effacées,elle faisait la satire des ARMES DE DISTRACTION DE MASSE.
    Comme vous voyez,l’homme politique doit sa fortune au patron médiatique qui utilise les TV comme une arme plus meurtrière quie le bombes.Ses Tv servent seulement à distraire l’opinion publique et à diffuser les mensonges.
    Patrizia

  • Bonjour,

    je suis française et suis peu au courant de la situation politique en Italie et pour cause l’actualité télévisée en France devient de plus en plus plate et peu informative, préférant attisé la haine et une certaine politique raciste !! Je déplore que des pays tels que les nôtres, en viennent à de telles bassesses ! L’argent est au pouvoir ! On a fait une révolution, nous les français ? Je me dis qu’il y a bien longtemps alors... ouvrons les yeux, nous glissons vers des tendances dictatoriales, même ici en France (pays des droits de l’homme), où le seul moyen qu’à trouver l’Etat d’écouter son peuple, c’est de lui imposer un couvre-feu ! C’est incroyable ! Ca me rend dingue ! J’ai un grand-père qui s’est battu contre les idées fascistes pendant la seconde guerre mondiale mais que dirait-il aujourd’hui en voyant son pays décliner ainsi ! Je suis triste parce que ce constat situationnel se retrouve dans beaucoup d’autres contrées et que nous en sommes tous un peu responsables... Quel avenir allons nous offrir à nos enfants ?

    • Grenoble le 15 12 05 minuit
      Bonjour
      Je me reconnais tout à fait dans votre message.
      Je sors de l’avant première en présence de Sabina Guzzanti, au cinéma LE CLUB à Grenoble.
      Il faut une volonté et une détermination hors du commun pour défendre la liberté de la presse et des médias. Sabina a cette détermination et pense que ce n’est que par le peuple que cette liberté peut être retrouvée. L’énergie qu’elle a fédéré a permis la projection de ce documentaire pour 15000 personnes à Rome et des milliers d’autres par l’intermédiaire des satellites dans d’autres salles complices

      Ce bout de bonne femme, très belle, n’a aucune crainte à se confronter au pouvoir. Elle recherche la discussion et l’échange avec chacun. La preuve est la continuation des échanges dans le hall du cinéma. Sa conviction et sa justesse de son combat sont vraiment admirables.
      Quel bel exemple pour nous inciter à ne pas se taire, ne pas se laisser faire.

      Lorsque l’on voit comme en quelques années la démocratie française est profondément remise en question par nos dirrigeants, l’action de Sabina succite l’intérêt aux choix et décisions politiques car à l’exemple de l’Italie, le faschisme peut s’installer rapidement dans un pays de manière très incidieuse.

      Allons voir et revoir ce documentaire, parlons-en ...
      GENEVIEVE.

    • Bellaciao - Sabina Guzzanti (Audio - en italien)
      Interview de Sabina Guzzanti du 14 décembre 2005 à l’occasion de la sortie en France du film "Viva Zapatero !"
      - http://radiotetard.org/article.php3...

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