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Vingt ans après le sabotage du Rainbow-Warrior... l’ombre de Mitterrand...

dimanche 10 juillet 2005 - Contacter l'auteur - 6 coms

http://www.greenpeace.org/france/RW20/

- Clip vidéo "Bomb the World" de Michael Frantiet Spearhead’s - images de l’attentat contre le Rainbow Warrior. Real Player

- VIDEO - Commémoration de la mort de Fernando Pereira - Paris 02 juillet 2005 : Greenpeace honore la mémoire de Fernando Pereira en rebaptisant 15 lieux symboliques en France. Ici à la Bibliothèque Nationale de France à Paris. Windows media Player

"J’ai demandé au président s’il m’autorisait à mettre en œuvre le projet de neutralisation ; il m’a donné son accord..."

IRE PARTIE ÉLABORATION DE LA DÉCISION CHRONOLOGIE

C’est le 19 mars 1985 que M. Patrick Careil, directeur de cabinet de M. Charles Hernu, m’a explicitement demandé de mettre en œuvre les moyens de la DGSE pour interdire au mouvement Greenpeace de réaliser ses projets d’intervention contre la campagne des essais nucléaires français à Mururoa, à l’été 1985, le ministre étant fermement décidé à s’y opposer. (...)

Dès [avril] , nous commencions à nous rendre compte qu’en raison du programme des mouvements des bateaux de Greenpeace, des distances et des délais, il serait difficile d’intervenir ailleurs qu’à Auckland. Nous ne disposions pas d’assez de temps pour infiltrer des agents susceptibles de mettre en oeuvre des procédés de neutralisation tels que le sabotage des carburants, des avaries à la propulsion ou l’incapacitation temporaire des équipages. Compte tenu de la pression exercée par le ministre, je ne rejetais pas l’idée de recourir à des méthodes plus brutales ; lorsque le service Action a envisagé le sabotage du Rainbow-Warrior à quai à Auckland, c’était pour éviter d’agir en mer et surtout de risquer de provoquer mort d’hommes. (...)

Le 6 mai, j’ai été longuement reçu, en tête à tête, par M. Hernu pour un petit déjeuner de travail. Je lui ai rendu compte avec précision du résultat de nos recherches et de nos conclusions. Loin d’être choqué de la perspective d’un sabotage à quai à Auckland, il a fait fi de mes réticences et m’a encouragé dans cette voie, en me répétant qu’il s’agissait d’une affaire tout à fait essentielle pour notre politique de défense : "On veut nous faire la guerre, nous sommes en guerre, il ne faut pas avoir de scrupules sur des sujets aussi vitaux, j’en assume complètement la responsabilité !..." (...)

Après l’audience du 6 mai, j’ai confirmé au général Emin et au colonel Lesquer le feu vert de principe donné par le ministre. (...) Néanmoins, fidèle à la ligne de conduite que je m’étais fixée (et que le général Emin avait rappelée à M. Careil le 22 mars), je ne pouvais pas me contenter de l’approbation du ministre et du général Saulnier.

Reçu en audience par le président de la République, le 15 mai à 18 heures, j’avais mis cette question au premier point de l’ordre du jour (...). J’ai demandé au président s’il m’autorisait à mettre en oeuvre le projet de neutralisation que j’avais étudié à la demande de M. Hernu. Il m’a donné son accord en manifestant l’importance qu’il attachait aux essais nucléaires. Je ne suis pas alors entré dans un plus grand détail du projet, l’autorisation était suffisamment explicite. (...)

Le 4 juillet, lors d’un petit déjeuner de travail avec M. Hernu, je lui ai rendu compte de la mise en place des équipes (fin de la 1re phase) et je lui ai demandé, explicitement, son "feu vert" en lui rappelant les dispositions prises : une petite explosion pour faire sortir l’équipage sur le quai, avant la seconde destinée à couler le bateau. Le même jour, j’ai donc confirmé le "feu vert" au colonel Lesquer.

IIE PARTIE ÉLABORATION DE LA DÉCISION COMMENTAIRES

C’est le ministre de la défense, M. Hernu, qui a pris l’initiative de l’action contre le mouvement Greenpeace, après avoir été alerté, notamment par la Dircen, sur les menaces que les projets d’intervention des écologistes faisaient peser sur le déroulement de la campagne d’essais nucléaires à Mururoa en 1985.

Le ministre, en personne, m’a demandé de mettre en oeuvre le service Action de la DGSE. (...) J’ai rendu compte au ministre de nos conclusions : seul le sabotage du Rainbow-Warrior à quai, à Auckland, était susceptible d’entraver efficacement l’action de Greenpeace.

En dépit de mes réticences, M. Hernu n’a fait aucune objection, ni aucune réserve quant au principe d’une telle opération. Loin d’être dissuadé, j’ai, au contraire, été soumis à une forte pression pour agir. Le ministre lui-même, M. Dubos -conseiller auprès de Charles Hernu- , M. Careil qui répercutait les instructions du ministre, avaient insisté à plusieurs reprises pour que j’engage le service Action dans des opérations risquées au Liban, au Tchad et ailleurs ; mon refus m’aurait valu leur réprobation.

Je ne me serais pas lancé dans une telle opération sans l’autorisation personnelle du président de la République. C’est pourquoi, avant de procéder aux mises en place nécessaires, je lui ai demandé son accord à l’occasion de l’audience qu’il m’a accordée le 15 mai à 18 heures. Sans être entré dans les détails, je me suis référé aux instructions de M. Hernu, et le président m’a confirmé l’importance qu’il attachait à la poursuite des essais nucléaires.

J’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de parler de l’affaire au général Saulnier, qui m’a accordé de débloquer 3 millions de francs sur les fonds spéciaux, selon la procédure habituelle. Je l’ai évoquée aussi auprès du général Lacaze.

Ces deux officiers généraux ont, par la suite et à la demande du premier ministre, attesté qu’ils n’étaient pas au courant. (...) J’ai constaté également, après coup, qu’ils avaient probablement évité l’un et l’autre de rendre compte de l’opération au président de la République ; en effet :

­ lorsque, au mois de juillet, j’ai eu l’occasion de rappeler à M. Hernu mon audience du 15 mai, il a manifesté de l’étonnement et m’a dit : "Comment, vous en avez parlé au président !" Par la suite, il m’a répété qu’il souhaitait "couvrir" le président et qu’il lui arrivait souvent de prendre des initiatives sans lui en référer.

­ le 25 septembre, j’ai eu communication d’une lettre manuscrite du président Mitterrand à notre ami commun M. Jean Munier. Le président évoque l’audience du 15 mai, et reconnaît que je lui ai parlé de l’opération, sans qu’il ait eu, dit-il, précisément conscience de ce qu’il en était. (...)

Je pense que le premier ministre n’a pas été mis au courant de l’opération avant son exécution. Mes rapports avec M.Fabius étaient inexistants ; jamais il n’avait consenti à me recevoir, à écouter les explications que je souhaitais lui fournir sur le fonctionnement de mon service et certaines questions de principe. (...)

Le président de la République, qui a eu dès le début le sentiment que l’affaire était grave, s’est rangé au début août aux avis des durs et des idéologues du gouvernement : Fabius-Joxe-Badinter. Il savait, mais il a choisi d’affecter l’ignorance et de se prêter au jeu de la "recherche de la vérité", assorti de la vigoureuse condamnation des "criminels".

Néanmoins, vers la fin du mois d’août, j’ai fait en sorte que lui soient communiqués des avis reflétant l’opinion de dirigeants étrangers, lui conseillant d’adopter une attitude plus responsable faute de quoi son image internationale serait gravement altérée et les chances de la cohabitation sérieusement compromises.

Il a reçu et accepté ces avis, et j’ai su qu’il s’était résolu à les suivre. (...) C’est bien pourquoi j’estime que l’extrême pression qui s’est exercée à partir du 17septembre sur M.Hernu et sur le président à l’occasion de la reprise par Le Monde des révélations sur la "troisième équipe" s’inscrit dans une manoeuvre opposée à la volonté du président. (...)

IIIE PARTIE

"Je ne savais pas..."

M. Hernu, le premier ministre, le président de la République, de nombreux personnages ont prétendu qu’ils "ne savaient pas", qu’ils voulaient "connaître la vérité".

Pour M. Hernu, ces affirmations sont dérisoires ; j’ai passé toutes ces semaines à ses côtés, je lui ai fourni oralement, puis par écrit, toutes les informations qu’il m’a demandées. Peut-être s’est-il pris lui-même au jeu des "légendes" qu’il a fallu bâtir à plusieurs reprises pour rendre crédibles les affirmations officielles et se conformer à la tactique, qu’il avait approuvée, du "n’avouez jamais".

Pour le président de la République, comme pour le premier ministre, il y avait un moyen simple et évident pour savoir, dès le premier jour : il suffisait de me convoquer. Non seulement je ne l’ai pas été spontanément, mais encore on m’a toujours refusé de le faire alors que je le demandais. (...)

De guerre lasse, me rendant compte que M. Hernu devait donner au président des versions incomplètes ou erronées de notre action, j’ai rédigé un rapport détaillé, tapé à la machine au service Action, et je le lui ai remis. Deux jours plus tard, il me disait : "Je ne peux pas faire lire cela au président" et me demandait de lui donner un compte rendu manuscrit en deux parties ; la première "avouable" correspondant à la version qu’il voulait accréditer vis-à-vis de M. Tricot, la seconde donnant l’exposé réel des événements, sous une forme résumée. M. Hernu s’est rendu à Latche le 10 août avec ces documents ; il m’a dit les avoir montrés au président. (...)

A la recherche de responsables

Vers le 18 juillet, M. Hernu m’a rapporté une réaction du président de la République, qui avait senti que l’affaire était grave, "plus grave que l’affaire Ben Barka", et qu’elle "pourrait se traduire par la démission du ministre et mon renvoi..." Par contre, tout de suite, le ministre et quelques-uns de ses conseillers m’ont demandé "si vraiment l’affaire ne résultait pas d’une bavure imputable à un de mes subordonnés"... A plusieurs reprises, on m’a tendu cette perche. Il va sans dire que je ne leur ai laissé aucune illusion à ce sujet.

http://www.lemonde.fr/web/article/0...

Mots clés : Dazibao / Environnement / Gouvernements / Histoire / Services secrets /

Messages

  • J’y serai bien allé, mais j’ai perdu toute confiance en Greenpeace depuis que ce mouvement a appelé à voter "OUI" à la Constitution ...

    • Si je puis me permettre...je travaille pour Greenpeace et Greenpeace ne reçoit aucune subvention de l’état

      C’est une association complètement apolitique...

      Je te recommande vivement de faire un tour sur le site greenpeace.fr ou .org (en anglais).

      Ce n’est peut-être pas la meilleur association pour la défense de l’environnement car elle est sur tout les fronts en même temps et que ce n’est pas réaliste de faire tout en même temps avec un seul et même courant d’idée

      Mais j’étais au Trocadéro à Paris, et je te promets que notre message contre les bombes dans le monde entier...et le désarmement nucléaire en France (et ailleurs)...qui suivrait comme la Nouvelle Zélande et 38 autres pays à été écouté et entendu.
      Comme tu a pu le voir peut-être sur TF1, France2, France3 (édition Nationale) et sûrement à la radio.

      Je pense que tu peux changé d’opinion sur ce que tu pensais par rapport à Greenpeace et la constitution.
      Et sache que quelqu’un de Greenpeace qui aurait pu te parlé ou te donné son opinion sur la constitution Européenne ne parle qu’en son nom et non celui de Greenpeace s’il venait à s’exprimé là dessus. Chacun peur faire la part des choses je pense.

      "We Can’t Sink a Rainbow" "On ne coule pas un Arc-en-Ciel"
      Rainbow Warrior 20 ans et pas oublié !

      Merci de passé ce message.

      Michaël.
      ethan_popov@hotmail.com

    • Apolitique ? Comme les pastèques !!!

  • Arrêtons de faire l’amalgame de tout et écrire n’importe quoi :

    Ne confondons pas "Greenpeeace" et le parti "Les Verts" qui eux ont appelé à voter OUI pour le TCE !
    Mais en ce jour anniversaire de l’attentat du Rainbow Warrior, là où Fernando Peirera a trouvé la mort, le ton polémique est déplacé. mais certaines choses devaient être remises à leurs places.
    Bien des écologistes ne se reconnaissent pas dans "Les Verts" c’est aussi une vérité.
    Mais tout ceci ne doit pas nous faire oublier que le terrorisme d’État a pris pour cible un bateau pacifiste, et, que c’est sous un gouvernement de gauche que ceci c’est produit !

    Quand l’on sait qu’aujourd’hui le parti "Les Verts" est toujours aussi fidèle au PS on est en droit de se poser bien des questions sur les principes qui guident certains "écologistes politiques"...

    Union Écologiste (fondée en 1982)

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