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Votez utile pour votre vie

mardi 27 mars 2007

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem

Alors que pour beaucoup d’hommes et de femmes la campagne présidentielle commence maintenant, Marie-George Buffet appelle à ne pas se laisser piéger dans les opérations tacticiennes.

Nicolas Sarkozy quitte le ministère de l’Intérieur aujourd’hui. Que dites-vous à ceux qui ne veulent de Nicolas Sarkozy comme président à aucun prix ?

Marie-George Buffet. Je partage leur point de vue, il ne faut pas laisser les clefs de la République à cet homme. C’est le fils de Mme Parisot. Il est dangereux pour les droits sociaux, son programme le prouve et fait écho à tous les voeux de la patronne du MEDEF. Il est dangereux pour les entreprises parce qu’il est l’ami des prédateurs financiers, des Lagardère et compagnie, qui ne recherchent que les dividendes, quitte à licencier, à délocaliser. Il est dangereux pour les droits démocratiques. On l’a vu la semaine dernière avec l’arrestation d’une directrice d’école, ou avec la façon dont, tout au long de son mandat, il a stigmatisé la jeunesse. Mais à ceux qui disent « Tout sauf Sarkozy », je réponds aussi : la solution n’est pas Bayrou, son frère jumeau, l’autre fils de Mme Parisot. Son programme est la copie conforme de celui de Nicolas Sarkozy. Tous les deux sont de chauds partisans de l’Europe libérale, ils l’ont montré en 2005. Ils veulent maintenant trouver le moyen de nous refaire passer le projet de traité constitutionnel. En votant Bayrou, les hommes et les femmes qui sincèrement pensent chasser Sarkozy risquent de reprendre pour cinq ans de politique de droite, la même que celle menée depuis 2002. Mais « Tout sauf Sarkozy », cela ne peut pas non plus être une gauche qui lorgne vers le centre. Pour battre Sarkozy, il faut lui opposer une gauche qui porte ses propres valeurs, ses combats, qui propose des réformes audacieuses : redistribution de l’argent, véritable sécurisation de l’emploi et de la formation, retour à une sécurité sociale universelle, grande réforme de la fiscalité, nouveaux droits des salariés dans la gestion des entreprises, allocation d’autonomie pour la jeunesse, grandes lois cadre pour les femmes et les jeunes. Une gauche qui s’attaque vraiment à la réorientation de l’Union européenne pour reconstruire de grands services publics, une gauche qui prend le dossier des salaires et mène le combat pour que chacune, chacun vive bien, qui relance une grande politique industrielle.

Il y a quelques mois beaucoup croyaient la droite battue. Comment expliquez-vous que maintenant l’issue soit aussi incertaine ?

Marie-George Buffet. Pour l’instant, la gauche n’apparaît pas porteuse d’un projet suffisamment fort, attractif. Nous avons besoin d’une gauche de combat, de responsabilité, d’une gauche qui ne soit pas tétanisée par Nicolas Sarkozy, qui ne louvoie pas face au « ni droite ni gauche » de François Bayrou, nous avons besoin d’une gauche qui affirme un projet apte à contrer les logiques libérales, à desserrer les « contraintes » européennes ou celles de l’Organisation mondiale du commerce, d’une gauche qui conteste le discours fataliste lié à la mondialisation capitaliste. Or, je ne sens pas cette détermination dans le projet porté par Ségolène Royal.

Mais que dites-vous à tous ces électeurs qui reconnaissent les qualités de votre programme, qui vous expriment leur sympathie et qui objectent les 3 % des sondages ?

Marie-George Buffet. Je leur dis : il nous reste quatre semaines, vous tous qui pensez que c’est ce projet que la gauche doit mettre en oeuvre pour notre pays, rassemblez-vous sur cette candidature, faites en sorte qu’elle soit suffisamment haute le 22 avril pour que ce projet compte à gauche. En ce moment pas un leader socialiste ne prend la parole sans demander qu’on se range tous comme un seul homme derrière Ségolène Royal. Mais le vote utile, c’est quoi ? Ce n’est pas les opérations tacticiennes relayées par les médias, ce n’est pas prendre l’un pour éliminer l’autre. C’est le vote pour obtenir gain de cause dans vos luttes, le vote qui correspond à vos aspirations. Je leur dis : pensez à vous, le vote utile le 22 avril, au premier tour, c’est le vote utile pour votre vie.

Il y a quelques jours vous avez dit : « Je veux faire exister la gauche », qu’entendez-vous par là ?

Marie-George Buffet. Dans cette campagne, Nicolas Sarkozy lance des questions - l’immigration, l’identité nationale - et les autres candidats officiels, François Bayrou, Ségolène Royal, courent après. Voilà comment on entend tout à coup parler du drapeau bleu-blanc-rouge que chaque Français devrait acheter... Mais la gauche existe. N’a-t-elle pas autre chose à dire sur la République, sur la nation ? La Marseillaise, le drapeau tricolore sont des symboles issus d’un peuple en mouvement, issus de la République, ils n’appartiennent à aucun candidat, à aucun parti. La gauche n’a-t-elle pas à répondre que l’identité nationale c’est cette république des droits, cette nation composée d’hommes et de femmes dans leur diversité, cette France rebelle, populaire, cette France des grandes luttes ouvrières ? La gauche existe dans le coeur des hommes et des femmes de ce pays, de ceux et celles qui se sont battus en 2005 pour contrer l’Europe libérale, de ceux qui ont mis en échec le CPE, de ceux qui se mobilisent pour sauver les emplois, notre industrie, de ceux qui s’engagent auprès des enfants qu’on veut chasser des écoles. Alors, il faut que la gauche parle de cette France-là, réponde à ceux qui veulent mettre ce pays en liberté surveillée, qui veulent opposer les uns aux autres. Oui, j’ai envie de relever le gant de la gauche, de montrer qu’elle existe encore, qu’elle a un programme réaliste permettant de mener une autre politique que celle que nous avons connue, qu’elle porte des valeurs féministes, humanistes, de solidarité, des valeurs d’actualité, que la gauche, c’est la liberté, l’égalité. Que ces mots ne sont pas archaïques. C’est comme cela que la gauche pourra rassembler et gagner.

Nous entrons dans une nouvelle phase de la campagne avec l’égalité de temps de parole dans les médias, comment voyez-vous cette dernière ligne droite ?

Marie-George Buffet. L’égalité de temps de parole, sans confrontation entre les candidats, ne fait pas avancer le débat démocratique. Mais je veux dire aussi que les sondages ne font pas le résultat du 22 avril. Il ne faut donc pas refréner notre ambition, notre envie de voir une gauche populaire faire l’événement. Je sens une dynamique, de l’approbation, de la sympathie qu’il faut transformer en votes. Les quatre semaines qui restent doivent être consacrées à aller rencontrer les hommes et les femmes avec notre projet, avec l’appel à voter, au porte à porte, au pied des escaliers, dans les entreprises. C’est maintenant que, pour beaucoup, commence la campagne présidentielle. Alors il nous faut rassembler les énergies. Le rendez-vous de Bercy le 1er avril va être quelque chose de très fort.

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