Le site Bellaciao: coloré, multiple, ou le meilleur cotoie fort heureusement le pire, mélangé, bizarre, picabien et dadaîste, explorant toutes sortes de registres et de régimes rhétoriques, drole et polémiqueur, surréaliste: rencontre d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection, têtes de Lénine sur le clavier d'un piano Steinway ou Bosendorfer...
FR
ES
Bellaciao est hébergé par
Se rebeller est juste, désobéir est un devoir, agir est nécessaire !

Sabra et Chatila : 16 septembre 1982
de : Roberto Ferrario
lundi 16 septembre 2013 - 10h52 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire
JPEG - 89.1 ko

Témoignage d’une rescapée

« Mon nom est Souad Srour El Marai, réfugiée palestinienne vivant au Liban. Je vais essayer de vous résumer ce qui m’est arrivé, à moi et à ma famille, pendant les massacres de Sabra et Chatila lors de l’invasion israélienne de Beyrouth en 1982. J’avais alors 17 ans. Dans l’après-midi du 16 septembre, j’étais en compagnie de mon frère de 12 ans ; nous étions en route vers un des camps de réfugiés dans lequel nos amis s’abritaient des bombardements et pour leur demander de nous raccompagner chez nous.

En route, nous avons vu des choses effrayantes, des corps étendus sur la route pleins de sang, nous avons entendu des cris de lamentation et de souffrance. Soudain, j’ai entendu une voix qui m’appelait. C’était notre voisin Abou Redha qui me demandait de l’aider. Il m’a dit :

« Ils nous ont massacrés, ils ont violé nos filles et ils ont pris tous les enfants entre 12 et 16 ans. » Puis il m’a demandé de quitter notre maison, car ils reviendraient encore une fois pour tuer tous ceux qui resteraient dans le camp. Pendant que je me demandais qui avait commis toutes ces atrocités, une voix m’a surpris : « Vous êtes encore en vie, bande de chiens ? »

Nous avons couru à la maison pour raconter cet incident terrible. Mon père a alors dit qu’il ne nous arriverait pas plus que ce qui nous est destiné par Dieu, que c’est lui qui nous crée et il fait de nous ce qu’il veut.

Nous sommes restés chez nous jusqu’à l’aube du lendemain. Le vendredi 17 septembre, vers 16 h 30, notre voisine, qui avait passé la nuit chez nous, est montée, en compagnie de mon frère de 11 ans, sur le toit de notre maison pour voir ce qui se passait, afin que nous puissions décider si nous devions rester à la maison ou la quitter. Lorsqu’ils sont montés, ils ont été vus par des miliciens qui étaient sur une colline proche. Ils ont eu peur et ils sont redescendus en vitesse pour nous dire ce qu’ils avaient vu. Quelques instants plus tard, nous avons entendu quelqu’un frapper à la porte. Mon père a demandé : « Qui est là ? » Ils ont dit : « Nous sommes des Israéliens et nous voulons fouiller la maison. » Mon père a ouvert la porte. Il y avait 13 soldats armés. Quelques-uns sont entrés et nous ont encerclés, d’autres sont montés sur le toit de la maison et les derniers sont restés à l’extérieur.

Je me suis mise avec ma petite sœur à côté de mon père pendant que mes autres frères et sœurs se sont mis à côté de notre mère et de la voisine. Mon père les a bien reçus et les a invités à s’asseoir. Un des hommes a dit : « Nous voulons prendre tout ce qui se trouve dans votre maison. » Alors, je lui ai demandé : « Pourquoi voulez-vous tout prendre, après nous avoir pris la chose la plus chère, notre terre, que voulez-vous encore prendre ? » Mon père l’a supplié : « Prends tout ce que tu veux sauf mes enfants. » Le soldat l’a lors frappé si fort au visage qu’il s’est mis à saigner. Je n’ai pas pu me contrôler et j’ai commencé à crier : « Comment pouvez-vous frapper un homme aussi âgé que mon père ? » Ils m’ont alors frappée et jetée au sol. J’ai senti de terribles douleurs et j’ai commencé aussi à frapper le soldat qui m’avait attaquée. Ils ont alors pris tout notre argent et nos bijoux, même l’alliance de mon père. L’un d’eux nous a ordonné de rentrer dans une des chambres, de regarder vers le mur et de ne pas nous retourner.

Ma petite sœur d’un an et demi a levé la main et demandé à ma mère de la prendre dans ses bras, car elle était effrayée. Alors, ils ont commencé à tirer sur nous. Ma petite sœur a reçu une balle dans la tête. Mon père a été touché à la poitrine mais était encore en vie. Mes frères et sœurs Chadli, 3 ans, Farid, 8 ans, Bassam, 11 ans, Hajer, 7 ans et Chadia, 1 an 1/2 ainsi que notre voisine sont morts sur le coup.

Seuls mes deux frères Maher, 12 ans et Ismaïl, 9 ans sont restés indemnes parce qu’ils étaient cachés dans les toilettes. Ma sœur Nihad, 16 ans et ma mère n’ont pas été grièvement touchées. Et moi, j’étais paralysée.

Les soldats, qui croyaient que nous étions tous morts, sont partis. Nous avons commencé à vérifier qui était encore en vie et qui était mort. Nous avons demandé à ma mère, à mon frère et à ma sœur d’aller chercher des secours. Moi, je suis restée avec mon père qui était grièvement blessé. Nous étions entourés par les cadavres des membres de notre famille. C’était un moment horrible que je n’oublierai jamais.

Vers 10 heures du matin, 3 soldats sont revenus pour prendre l’argent qu’ils avaient oublié à l’intérieur de la maison. Ils ont vu que je

bougeais encore et que j’essayais de me rapprocher de mon père. Ils ont commencé à m’insulter et à m’humilier, puis ils m’ont dit :

« Regarde bien ce qu’on va te faire devant ton père. » Ils m’ont alors violée l’un après l’autre sous les yeux de mon père et ensuite, ils m’ont tiré dessus, me blessant à la main gauche. Puis ils sont partis.

Mon père a dit : « Que Dieu te vienne en aide, ma fille », puis il a rendu l’âme, car il ne pouvait supporter de voir ce qui m’était arrivé.

C’était horrible, d’autant plus que j’ai vécu ça sous les yeux de mon père. Ils sont revenus une nouvelle fois le soir et ils étaient fous furieux de me voir encore en vie et en train de boire. Ils m’ont tiré deux fois dessus, me touchant à la tête. Je me suis alors évanouie.

J’ai été réveillée par le miaulement des chats qui tournaient autour des cadavres. Avec ma main indemne, j’ai essayé de recouvrir les corps avec des couvertures, mais je n’y suis pas parvenue.

Dans la matinée du jour suivant, le samedi 18 septembre, les soldats sont à nouveau revenus. J’ai alors fait semblant d’être morte. Le dimanche matin, un soldat libanais est venu pour demander des nouvelles de membres de sa famille. J’ai alors crié pour demander de l’aide.

Je ne pouvais plus parler lorsque ce soldat a enlevé son manteau pour couvrir mon corps nu et m’emmener avec lui. En sortant du camp, j’ai vu des cadavres égorgés et enflés, et pendant tout le chemin, je n’entendais que cris et lamentations.

Le soldat m’a déposée à la Croix-Rouge. Ils m’ont directement branché un appareil de respiration artificielle. Ils m’ont ensuite emmenée dans un hôpital où ils ont refusé de me recevoir. Finalement, ils m’ont emmenée à l’hôpital de l’Université américaine de Beyrouth. »

Sabra et Chatila (1) Le 16 Septembre 1982 ...

Sabra et Chatila (2) Crime de Génocide

Sabra et Chatila (3) Retour sur un massacre

Sabra et Chatila (4) Samiha, Ouadha, Fadia, Mahmoud et les autres ...

Sabra et Chatila (5 et fin) Chaker, Souad, Bahija, Amale et les autres ...

PHOTO EI IMAGE-MASSACRE DE SABRA ET CHATILA


Imprimer cet article


Commentaires de l'article
Sabra et Chatila : 16 septembre 1982
29 septembre 2013 - 11h08 - Posté par FP

C’est l’indicible,l’impensable,l’horreur,l’insurmontable,l’inexplicable , en un mot : le FASCISME.

Merci Roberto pour cet article indispensable.






LA LUTTE FINALE
jeudi 14 - 20h36
de : Nemo3637
Hôpital : tout le monde déteste l’austérité
jeudi 14 - 18h11
Bloc bourgeois - C’est l’heure de l’mettre !
mercredi 13 - 21h31
de : Hdm
Sans âme.
mercredi 13 - 21h27
de : L’iena rabbioso
Précarité étudiante : le cinq décembre dans toutes les têtes
mercredi 13 - 18h37
1 commentaire
GILETS JAUNES Acte 52 à Montpellier : La terreur bleue !
mardi 12 - 16h26
de : JO
CES 600 MILLIARDS QUI MANQUENT À LA FRANCE
mardi 12 - 12h16
de : Ernest London
BOLIVIE ! Processus électoral électronique mis en cause !
mardi 12 - 11h32
de : JO
1 commentaire
Pour poser de nouveaux jalons de laïcité
mardi 12 - 01h01
de : Christian DELARUE
2 commentaires
Intervention de Michèle Sibony, au nom de l’UJFP, à la manifestation du 10 novembre contre l’islamophobie
lundi 11 - 23h23
de : Chantal Mirail
6 commentaires
L’appel à manifester des sous-marins jaunes
lundi 11 - 21h09
de : jean1
Rassemblement contre la précarité étudiante dans toute la France le mardi 12 novembre
lundi 11 - 20h50
de : jean1
La terre a tremblé de Cruas à Tricastin ; Allo vous m’entendez ?
lundi 11 - 15h40
de : le fou du roi nucléaire pour coordi SudEst
1 commentaire
Gauche SERVILE ou gauche INDOCILE face aux intégrismes religieux
lundi 11 - 11h53
de : Christian DELARUE
5 commentaires
Coup d’Etat en Bolivie :Les syndicats annoncent un siège et donnent 48 heures à Camacho pour quitter La Paz
lundi 11 - 11h13
de : JO
2 commentaires
L’Europe doit cesser d’investir dans l’industrie du génocide
dimanche 10 - 22h29
de : DAIARA TUKANO via Christine Prat
ISLAMOPHOBIE : du SENS STRICT au SENS LARGE
dimanche 10 - 17h42
de : Christian DELARUE
8 commentaires
Le voile est-il une obligation religieuse ?
dimanche 10 - 17h22
de : Mohammed Chirani
5 commentaires
Comprendre l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes pour résister
dimanche 10 - 17h07
de : Lisbeth Sal et Capucine Larzillière 15 septembre 2011
3 commentaires
MRAP : La lutte contre la haine doit être unitaire
dimanche 10 - 00h01
de : Christian D (CN - MRAP)
4 commentaires
Riposte populaire face à l’islamophobie
samedi 9 - 19h00
de : jean1
8 commentaires
Montpellier : Un Acte 52 des Gilets Jaunes marqué par plusieurs blessés et de nombreuses interpellations
samedi 9 - 17h42
de : jean1
PECO : Hypocrisie du bloc pro-capitaliste
samedi 9 - 16h06
de : Christian DELARUE
1 commentaire
Combattre le fémonationalisme
samedi 9 - 13h08
de : Chantal Mirail
8 commentaires
Retraites à points : les salariés du privé ont tout à y perdre
samedi 9 - 08h53
Les "zélites" , qui détruisent la France sont responsables : à Lyon : un étudiant stéphanois s’immole par le feu
samedi 9 - 01h51
de : nazairien
4 commentaires
Épuration, recyclages et (grandes) compagnies... - C’est l’heure de l’mettre
vendredi 8 - 22h49
de : Hdm
GILETS JAUNES TOULOUSE : ACTE 51 (video)
vendredi 8 - 15h36
de : JO
LA PETITE MAISON DANS LA ZERMI - Chroniques d’un saisonnier de la misère
vendredi 8 - 12h13
de : Ernest London
Les PECO : déception d’un capitalisme pur et dur et souci de penser encore une alternative
jeudi 7 - 22h10
de : Christian DELARUE
4 commentaires
Sarkozy, mais en mieux.
jeudi 7 - 16h59
de : L’iena rabbioso
1 commentaire
Vol, pillage des ressources naturelles de la planète : Partout là où sont encore présentent les multinationales !
jeudi 7 - 16h04
de : JO
Casser les deux communautarismes, le dominant et le dominé.
mercredi 6 - 23h59
de : Christian DELARUE
2 commentaires
LE VOILE, CHIFFON ROUGE OU TORCHE-CUL ?
mercredi 6 - 19h28
de : Nemo3637
8 commentaires
Un blessé grave de plus dans les manifs. des Gilets Jaunes !
mercredi 6 - 15h27
de : joclaude
Ces entreprises qui empochent les milliards du CICE en licenciant
mercredi 6 - 08h22
Communiqué du PRCF (Pôle de Renaissance Communiste en France) à l’occasion du 30ème anniversaire de la fin de la RDA
mercredi 6 - 06h09
de : jodez
7 commentaires
Double tiers-mondisation intérieure : sociale, territoriale.
mardi 5 - 22h42
de : Christian DELARUE
Usine Biopole d’Angers : les leçons d’un fiasco industriel
mardi 5 - 20h01
de : Christian Haroble
NOTRE ENVIRONNEMENT SYNTHÉTIQUE - La Naissance de l’écologie politique
mardi 5 - 11h38
de : Ernest London

accueil | contacter l'admin



Suivre la vie du site
RSS Bellaciao Fr


rss IT / rss EN / rss ES



Bellaciao est hébergé par DRI

La culture, ce n'est pas ce qui reste quand on a tout oublié, mais au contraire, ce qui reste à connaître quand on ne vous a rien enseigné. Jean Vilar
Info Com-CGT
Facebook Twitter Google+
DAZIBAO
FÊTE DE L’HUMANITÉ 2019
jeudi 12 septembre
de Info’Com-CGT
Cette année encore notre syndicat participera à la Fête de l’Humanité les 13, 14 et 15 septembre à La Courneuve. Cet événement est à la fois un moment de débats politiques, syndicaux et sociaux, mais également des moments de partages entre camarades. C’est pour notre syndicat une manifestation grâce à laquelle nous pouvons faire connaître les combats que nous portons, rencontrer des salarié.es de nos secteurs d’activité et d’autres, échanger et approfondir des (...)
Lire la suite
11 Septembre 1973 : LES DERNIÈRES PAROLES DE SALVADOR ALLENDE (video)
mercredi 11 septembre
de Roberto Ferrario
2 commentaires
Mes amis, C’est certainement la dernière fois que j’aurai à m’adresser à vous. La force aérienne a bombardé les tours de Radio Portales et de Radio Corporación. Mes paroles ne sont pas marquées d’amertume mais de déception, et seront le châtiment moral de ceux qui ont trahi leur serment : les soldats du Chili, les commandants en chef titulaires et l’amiral Merino, qui s’est promu lui-même, sans oublier Monsieur Mendoza, général perfide qui, hier encore, (...)
Lire la suite
(video) LE SYNDICALISTE GAËL QUIRANTE EN GARDE A VUE. RASSEMBLEMENT DES 12H30
lundi 17 juin
de Roberto Ferrario
1 commentaire
LE RASSEMBLEMENT POUR GAËL AURA LIEU AU COMMISSARIAT DU 15e 250 RUE DE VAUGIRARD (Métro Vaugirard) aujourd’hui lundi 17 juin dès 12h30 Venez nombreux et faites tourner !! "On était au siège de La Poste pour négocier, la police a débarqué en mode Shining, à la hâche. Ils accusent T3s GaelQuirante de dégradations : mais c’est eux qui ont démoli les portes !" Gaël Quirante a été emmené en GAV ce dimanche, à 6h. "On était à deux doigts de signer un accord après un an de grève. (...)
Lire la suite
Présentation-débat « Le président des ultra-riches » Jeudi 4 juillet 2019 de 18:30 à 21:00
mardi 4 juin
de Roberto Ferrario
Pour des raisons de disponibilités de Monique Pinçon-Charlot nous sommes contraints de décaler la rencontre débat prévue initialement le jeudi 20 juin au jeudi 4 juillet à 18h30. Excusez nous pour cet imprévu et espérons que vous pourrez venir à cette nouvelle date. Monique Pinçon-Charlot (sociologue de la grande bourgeoisie) nous fait l’honneur de venir présenter son dernier ouvrage "Le président des ultra-riches". Un livre passionnant qui enquête sur la dérive oligarchique du (...)
Lire la suite
En mémoire de Marceline Lartigue 10/11/1961 - 28/04/2018
mercredi 30 mai
Le but de cet page est de récolter le maximum de souvenirs de Marceline, tout les contributions sont les bienvenues (photos, vidéos commentaires, pensée etc. etc.), et permettre doucement de faire passer ces moments si difficiles, merci https://www.facebook.com/MARCELINELARTIGUE.ORG
Lire la suite
Marceline Lartigue : une femme, une artiste flamboyante
mardi 8 mai
de Raphaël de Gubernatis
Marceline Lartigue, qui vient d’être victime d’une rupture d’anévrisme à la veille des défilés du 1er mai, à Paris, avait une beauté d’une autre époque. Éclatante et pulpeuse, un peu à la façon de Brigitte Bardot dans son jeune temps. Et avec cela un chic extraordinaire pour se vêtir, une élégance toute théâtrale dont elle était sans doute la première à s’amuser, même si elle devait être parfaitement consciente de l’effet de ses tenues si recherchées dans (...)
Lire la suite
Adieu Marceline
lundi 7 mai
de Nicolas Villodre
Une cérémonie aura lieu lundi 7 mai à 13h30 au crématorium du Père Lachaise à Paris. Marceline Lartigue est partie avec le froid d’avril, samedi 28, victime d’une rupture d’anévrisme. Elle était danseuse, chorégraphe, militante de gauche depuis toujours, de père (Pierre Lartigue) et mère (Bernadette Bonis) en fille. L’attaque l’a prise, en plein mouvement, en pleine rue. Son compagnon Roberto Ferrario l’a vue tomber devant lui « pendant la diffusion de (...)
Lire la suite