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L’ÉTAT (D’URGENCE) DE LA FRANCE EN 2017
de : L’huile dans les rouages
lundi 1er janvier 2018 - 16h09 - Signaler aux modérateurs
2 commentaires
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Budget 2018 : (encore) le casse du siècle ?

Oui. Le gouvernement a présenté le projet de budget de l’État pour 2018. Les dépenses devraient approcher les 425 milliards d’euros (1) : 51 sont consacrés à l’éducation scolaire, 34 à la défense, 27 à la recherche, 15 au travail, 10 à l’écologie ou encore 7 à la justice. Concernant les recettes, elles sont estimées à 342 milliards d’euros. Questions :

Quelles conséquences sur la dette ?

342 milliards de recettes, 425 de dépenses, cela engendre un déficit public annuel de 83 milliards d’euros (2). Une fois empruntés, ils seront ajoutés à la dette publique, laquelle pèse déjà aujourd’hui 2240 milliards d’euros. Rappelons qu’en 2018, les seuls intérêts de cette dette coûteront 41 milliards d’euros, soit presque six fois le budget de la justice, ou quatre fois celui consacré à l’écologie.

Faut-il donc faire des économies ?

Où ça ? En supprimant encore des postes dans les écoles ou les hôpitaux publics ? En laissant encore moins aux personnes malades ou handicapées, aux retraités, aux travailleurs, aux chômeurs, aux étudiants ou aux petites entreprises ? En exerçant toujours plus de pression sur des militaires ou des policiers détournés de leurs vrais métiers ? En cessant d’entretenir des routes et des ponts ? Non, c’est du côté des recettes qu’il y a un grave problème.

Quelle est la principale cause de ce déficit public de 83 milliards ?

Celle dont on n’entend pas parler dans les grands médias détenus par de grands groupes. L’évasion et l’optimisation fiscale agressive des multinationales représentent un manque à gagner estimé à 100 milliards d’euros par an (3). Si ces 100 milliards venaient remplir les caisses de l’État, le budget seraient largement à l’équilibre. Il n’y aurait donc ni déficit, ni aggravation de la dette. Il n’est donc pas pertinent de vouloir baisser les dépenses publiques, il faudrait au contraire augmenter les recettes en exigeant que tout le monde paie ses impôts, y compris les multinationales.

La France n’est-elle pas un enfer fiscal ?

Cet argument ne tient pas une seule seconde, et encore moins lorsqu’il est brandi par un exilé fiscal. On n’enlèvera pas sa liberté de penser à Florent Pagny, dommage qu’il ne s’en serve pas. Cause et conséquence sont inversées. C’est justement parce que 100 milliards d’euros échappent chaque année à l’État, sans compter la fraude fiscale des plus fortunés, que la pression fiscale est forte pour celles et ceux qui restent. Dans un centre-ville, on peut voir une multinationale évadée fiscale à côté d’un petit commerçant qui paie 33 % d’impôts sur ses bénéfices. Même la concurrence est totalement faussée. Or, si la multinationale payait sa part, comme tout le monde, le taux d’imposition légal pourrait mécaniquement être diminué, et la France ne pourrait alors plus être qualifiée d’enfer fiscal par ceux qui en sont les principaux responsables.

Cela ne détruirait-il pas de l’emploi dans les grands groupes ? Et le chômage ?

Encore une fois, il s’agit d’une idée reçue. Il vaut mieux se demander combien d’emplois n’existent pas dans les petites et moyennes entreprises parce qu’elles croulent sous une pression fiscale injuste. Rappelons que plus de 80 % de l’emploi en France est concentré dans les TPE-PME. Forcément, sans l’évasion fiscale des multinationales, et donc avec une baisse des impôts, de l’emploi serait massivement crée dans les plus petites entreprises. Cerise sur le gâteau, on assisterait à une explosion du commerce en circuits courts. Des alternatives locales et responsables moins gourmandes énergétiquement se développeraient pour le plus grand bonheur de notre environnement. Ça n’a donc pas l’air évident au premier abord, mais le meilleur moyen de lutter contre le chômage et la pollution, c’est bien de faire payer leurs impôts aux évadés fiscaux.

Cela ne se fait pas en claquant des doigts, si ?

Cela ne se fait pas en claquant des doigts, cela se fait en votant des lois. Mais pour cela, il faut une réelle volonté politique face à la toute-puissance des multinationales. Or, de l’Élysée (4) au Parlement, en passant par Matignon et les différents ministères, on ne compte plus celles et ceux qui sont liés à ces mêmes grands groupes. Même le président de l’Union européenne est personnellement impliqué dans le scandale de l’évasion fiscale (5). Plus grave encore, presque tout le monde ignore l’énormité de ce problème et ses conséquences dramatiques, faute d’informations. Il est donc quasiment absent des débats publics. On invente un nombre incalculable de raisons totalement fausses à nos problèmes en oubliant la principale, ces 100 milliards qui manquent chaque année dans les caisses de l’État.

Les médias ne font-il pas bien leur travail sur l’évasion fiscale ?

C’est délicat. Déjà, il ne faut pas sous-estimer le nombre de personnes qui ignorent tout simplement ces deux chiffres fondamentaux, à savoir ceux du déficit public et de l’évasion fiscale, y compris parmi celles présentées comme cultivées ou expertes. Ensuite, pour celles qui savent et qui travaillent dans des médias détenus par de grands industriels qui pratiquent l’évasion fiscale, on peut imaginer que la situation doit parfois être compliquée. Un journaliste grand public sait pertinemment qu’il mettrait sa carrière et/ou sa sécurité financière en danger s’il faisait de ce sujet son cheval de bataille. Pas vrai Quotidien avec Yann Barthès ?

Et si les lois ne changent pas, on continue comme ça ? On laisse faire ?

D’où l’intérêt de museler les grands médias. Si tout le monde savait, et réalisait vraiment l’ampleur du phénomène, on pourrait tout changer sans même attendre que les élus votent des lois. Chaque personne dotée du strict minimum de bon sens se dirait alors : « Aussi longtemps que je devrai payer plus d’impôts et de taxes pour compenser ce qu’ils refusent de payer, je ne consommerai plus leurs produits. » Ça s’appelle se gouverner soit-même, et on parle bien ici de boycott.

Et si certaines entreprises veulent partir plutôt que payer leurs impôts ?

On parle d’impôts sur les bénéfices, cela veut donc dire qu’il y a des bénéfices. S’imaginer que les grands groupes vont abandonner des milliards d’euros de profits potentiels sur un marché aussi important que celui de la France simplement parce qu’il y en aurait un peu moins, c’est une malhonnêteté intellectuelle. Mais nous ne sommes pas obligés de retenir tout le monde, car il ne s’agit pas que de grandes firmes qui plombent notre budget, détruisent notre économie et nos services publics. Il s’agit également de groupes aux pratiques souvent parfaitement indéfendables.

C’est à dire ?

Ces firmes sont le bras armé d’un capitalisme sauvage qui a déjà conduit, entre autres, à la disparition d’environ deux tiers des vertébrés sur Terre en 50 ans (6). En plus, on autorise ces dernières à nous matraquer de publicités, dans l’espoir de transformer toujours plus de citoyens en simples consommateurs. Notre libre arbitre est mis à mal. Trouver « cool » des chaussures fabriquées par des enfants réduits en esclavage, ce n’est pas normal. Polluer l’air à chaque fois qu’on veut prendre l’air, en utilisant la voiture ou l’avion, ce n’est pas normal non plus. Banaliser la consommation de viande, c’est insensé. Pourtant, ce mode de vie si nuisible est encore et toujours présenté comme moderne et, surtout, comme le seul possible. Dans une démocratie, une population correctement informée ne laisserait jamais passer ce genre de dérives.

Pourtant, en France, le Président est démocratiquement élu.

Ça aussi, c’est faux. La démocratie, c’est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. Donc, dans une démocratie, quand les gens votent, c’est pour choisir la loi, pas pour choisir qui va les représenter. Quand on vote pour choisir ses représentants, le régime est représentatif. Et qu’on ne fasse pas le coup de comparaison avec les dictatures, car il s’agit d’une caricature. Le régime représentatif, ce n’est ni la démocratie, ni la dictature, c’est le régime représentatif, point. Idem avec ceux qui crient au péril rouge dès lors qu’on réclame qu’une grande entreprise paie ses impôts. Ce n’est tout de même pas la même chose qu’abolir la propriété privée. Le monde n’est pas binaire.

Pourquoi le régime représentatif est-il alors présentée comme une démocratie ?

Changer le sens des mots est une ficelle vieille comme le pouvoir. Lorsque tout est fait, depuis l’école puis dans les grands médias, pour nous faire croire que nous vivons dans une démocratie, on fini par y croire. On se dit alors que le pouvoir est légitime. D’ailleurs, on aurait le choix entre ça ou la dictature. Or, quand on sait qu’on vit dans un régime représentatif, on sait alors aussi qu’on ne vit pas en démocratie. On peut alors se demander à quoi pourrait bien ressembler une démocratie, une vraie. Et on réalise alors qu’une alternative positive est possible. Et comme un pouvoir ne tient bien souvent que parce que suffisamment de monde croit en sa légitimité, son pire cauchemar est que plus personne n’y croit. Car il devrait alors soit laisser sa place, soit dévoiler son côté extrêmement autoritaire et violent (7).

Ça peut déraper ?

Sans basculement vers un pouvoir démocratique, cela semble malheureusement inévitable. Le pouvoir représentatif permet aux plus riches de contrôler le pouvoir politique, notamment grâce au monopole des médias, au lobbying ou aux financements de partis et de campagnes électorales. Par définition, si les élus représentent les intérêts de ceux qui les ont fait élire, ils ne représentent donc pas l’intérêt général. Cela crée inéluctablement des tensions au sein de la population lésée. Le pouvoir tente alors de diviser pour mieux régner, ce qui implique l’invention de boucs-émissaires, créant ainsi un terreau fertile dans lequel peuvent proliférer les idées d’extrême-droite.

Si on arrête de se diviser, c’est gagné ?

Non. Et les exemples qui le prouvent sont infinis. Quand bien même une majorité de la population serait fédérée vers un but commun, à savoir changer la Constitution pour mettre un terme au régime représentatif et à l’évasion fiscale, et sur les moyens concrets d’y parvenir, la situation pourrait rester tendue un bon moment. On ne compte plus les fois où ceux qui voulaient s’accrocher au pouvoir à tout prix pour préserver leurs intérêts de classe se sont volontairement accoquinés avec des fascistes pour anéantir une vague démocratique. Même en Europe, s’imaginer qu’un tel scénario est impossible serait une grave erreur. On ne se sait jamais où tombera la première goutte qui débordera du vase. Il faudra donc rester très vigilants.

Moralité ?

L’évasion fiscale n’a rien d’accidentelle. Elle est érigée en système, y compris au sein de l’Union européenne, par les grandes multinationales. Ces dernières appauvrissent ainsi les États, ce qui sert ensuite de prétexte pour affirmer qu’il faut faire des économies. Le pouvoir politique est gangrené, le code du travail est attaqué dans des proportions insensées, des services publics sont petit à petit démantelés, pour ensuite terminer dans le giron du privé, et l’instauration d’un état d’urgence permanent devra servir à réprimer toute contestation pendant que les bénéfices exploserons. L’heure est à l’union de toutes les forces démocratiques. Les querelles de clocher doivent cesser. Nous entrons en phase de guerre sociale, et les principales armes de nos ennemis, ce sont les multinationales (8).

Annexes :

1. Le budget par Franceinfo : http://www.francetvinfo.fr/economie...

2. Le budget par Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/...

3. Comment récupérer 200 milliards par an, par Attac France (Officiel) : https://france.attac.org/nos-public...

4. Question de Raphaël HALET lanceur d’alerte Luxleaks à Emmanuel Macron : https://www.facebook.com/LuxleaksRa...

5. Jean-Claude Juncker et l’évasion fiscale, sur Politis.fr : https://www.politis.fr/articles/201...

6. Plus de la moitié des vertébrés ont disparu en quarante ans, sur Le Monde : http://www.lemonde.fr/biodiversite/...

7. Le néolibéralisme est un fascisme, sur Le Soir : http://www.lesoir.be/1137303/articl...

8. Médias français : qui possède quoi, sur Le Monde diplomatique : https://www.monde-diplomatique.fr/c...



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Commentaires de l'article
L’ÉTAT (D’URGENCE) DE LA FRANCE EN 2017
1er janvier 2018 - 19h48 - Posté par JOclaude

A noter : l’hypocrite harcèlement des Retraités avec l’effet pervers qu’ils n’ont aucune arme de protestation efficace possible, et surtout pas La Grève ! En effet si l’assurance maladie est supprimée pour les travailleurs actifs en compensation de la hausse de la CSG, elle est maintenue pour les Retraités ! Je cite les travailleurs actifs car les Pensionnés sont aussi des travailleurs mais non-actifs ! Pourquoi ? Parce que bien sûr ceux-ci ont cotisé durant toute leur activité par retenue sur leur salaire et donc a considérer que parce qu’ils ne sont plus actifs ce ne sont plus des travailleurs c’est un non sens, une escroquerie pour tenter de justifier l’Injustifiable ! Une astuce de plus de M. Macron pour sa propagande mais qui ne passera pas inaperçue lors du manquant sur les prochaines pensions !Quant à spéculer sur l’oubli des Retraités au bout de 5 ans c’est à voir surtout pour les Retraités qui souffriront encore plus de la perte de pouvoir d’achat avec le blocage des pensions depuis plus de 5 ans ! Les Retraités sauront s’en souvenir !



L’ÉTAT (D’URGENCE) DE LA FRANCE EN 2017
2 janvier 2018 - 09h31 - Posté par Jean PRADIER dit jean 1

Est-ce que le vote quinquennal va changer quelque chose ?
Les retraités proche de la faim veulent tout et tout de suite.
Vite la révolution !





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