Le site Bellaciao: coloré, multiple, ou le meilleur cotoie fort heureusement le pire, mélangé, bizarre, picabien et dadaîste, explorant toutes sortes de registres et de régimes rhétoriques, drole et polémiqueur, surréaliste: rencontre d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection, têtes de Lénine sur le clavier d'un piano Steinway ou Bosendorfer...
FR
ES
Bellaciao est hébergé par
Se rebeller est juste, désobéir est un devoir, agir est nécessaire !

Des lettres, des arts et des sciences
de : #000000
mardi 1er juillet 2003 - 00h31 - Signaler aux modérateurs

Intervention de Victor Hugo à l’Assemblée Nationale en 1848

« Personne plus que moi, messieurs, n’est pénétré de la nécessité, de l’urgente nécessité d’alléger le budget ; seulement à mon avis, le remède de l’embarras de nos finances n’est pas dans quelques économies chétives et détestables ; ce remède serait, selon moi, plus haut et ailleurs ; il serait dans une politique intelligente et rassurante, qui donnerait confiance à la France, qui ferait renaître l’ordre, le travail et le créditS(et qui permettrait de diminuer, de supprimer même les énormes dépenses spéciales qui résultent des embarras de la situation.

C’est là, messieurs, la véritable surcharge du budget, surcharge qui, si elle se prolongeait et s’aggravait encore, et si vous n’y preniez garde, pourrait, dans un temps donné, faire crouler l’édifice social. J’ai déjà voté et continuerai de voter la plupart des réductions proposées, à l’exception de celles qui me paraîtraient tarir les sources même de la vie publique et de celles qui, à côté d’une amélioration financière douteuse, me présenteraient une faute politique certaine.

C’est dans cette dernière catégorie que je range les réductions proposées par le comité des finances sur ce que j’appellerai le budget spécial des lettres, des sciences et des arts. Je dis, messieurs, que les réductions proposées sur le budget spécial des sciences, des lettres et des arts, sont mauvaises doublement. Elles sont insignifiantes au point de vue financier et nuisibles à tous les autres points de vue.

Insignifiantes au point de vue financier, cela est d’une telle évidence, que c’est à peine si j’ose mettre sous les yeux de l’assemblée le résultat d’un calcul de proportion que j’ai fait. Je ne voudrais pas éveiller le rire de l’assemblée dans une question sérieuse ; cependant, il m’est impossible de ne pas lui soumettre une comparaison bien triviale, bien vulgaire, mais qui ale mérite d’éclairer la question et de la rendre pour ainsi dire visible et palpable.

Que penseriez-vous, messieurs, d’un particulier qui aurait 1500 francs de revenus, qui consacrerait tous les ans à sa culture intellectuelle, pour les sciences, les lettres et les arts, une somme bien modeste : 5 francs, et qui, dans un jour de réforme, voudrait économiser sur son intelligence six sous ?

Voilà, messieurs, la mesure exacte de l’économie proposée. Eh bien ! ce que vous ne conseilleriez pas à un particulier, au dernier des habitants d’un pays civilisé, on ose le conseiller à la France.

Je viens de vous montrer à quel point l’économie serait petite ; je vais vous montrer maintenant combien le ravage serait grand. Ce système d’économies ébranle d’un seul coup tout net cet ensemble d’institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du développement de la pensée française.

Et quel moment choisit-on ?
C’est ici, à mon sens, la faute politique grave que je vous signalais en commençant : quel moment choisit-on pour mettre en question toutes les institutions à la fois ? le moment où elles sont plus nécessaires que jamais, le moment où, loin de les restreindre, il faudrait les étendre et les élargir.
Eh ! quel est, en effet, j’en appelle à vos consciences, j’en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ?
L’ignorance. L’ignorance encore plus que la misère.
L’ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toutes parts. C’est à la faveur de l’ignorance que certaines doctrines fatales passent de l’esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau des multitudes. Et c’est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu’on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l’ignorance !S( sur ce point j’en appelle, et je le répète, aux sentiments de l’assemblée.

Quoi ! d’un côté la barbarie dans la rue, et de l’autre, le vandalisme dans le gouvernement ! Messieurs, il n’y a pas que la prudence matérielle au monde, il y a autre chose que ce que j’appellerai la prudence brutale.
Les précautions grossières, les moyens de police ne sont pas, Dieu merci, le dernier mot des sociétés civilisées.

On pourvoit à l’éclairage des villes, on allume tous les soirs, et on fait très bien, des réverbères dans les carrefours, dans les places publiques  ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral et qu’il faut allumer des flambeaux dans les esprits ?
Oui, messieurs, j’y insiste. Un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente. Ce mal moral, cela est étrange à dire, n’est autre chose que l’excès des tendances matérielles. Et bien, comment combattre le développement des tendances matérielles ? par le développement des tendances intellectuelles ; il faut ôter au corps et donner à l’âme.
Quand je dis : il faut ôter au corps et donner à l’âme, Vous ne vous méprenez pas sur mon sentiment. Vous me comprenez tous ; je souhaite passionnément, comme chacun de vous, l’amélioration du sort matériel des classes souffrantes ; c’est là selon moi, le grand, l’excellent progrès auquel nous devons tous tendre de tous nos v¦ux comme homme et de tous nos efforts comme législateurs.

Eh bien la grande erreur de notre temps, ça a été de pencher, je dis plus, de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien être intellectuel. Il importe, messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser pour ainsi dire l’esprit de l’homme ; il faut, et c’est la grande mission, la mission spéciale du ministère de l’instruction publique, il faut relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand.

C’est là, et seulement là, que vous trouverez la paix de l’homme avec lui-même et par conséquent la paix de l’homme avec la société. Pour arriver à ce but, messieurs, que faudrait-il faire ? il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies. Il faudrait multiplier les maisons d’études pour les enfants, les maisons de lecture pour les hommes, tous les établissements, tous les asiles où l’on médite, ou l’on s’instruit, ou l’on se recueille, ou l’on apprend quelque chose, ou l’on devient meilleur ; en un mot, il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l’esprit du peuple ; car c’est par les ténèbres qu’on le perd.

Ce résultat, vous l’aurez quand vous voudrez. Quand vous le voudrez, vous aurez en France un magnifique mouvement intellectuel ; ce mouvement vous l’avez déjà ; il ne s’agit pas de l’utiliser et de le diriger ; il ne s’agit que de bien cultiver le sol.

L’époque où vous êtes est une époque riche et féconde ; ce ne sont pas les intelligences qui manquent, ce ne sont pas les talents, ce ne sont pas les grandes aptitudes ; ce qui manque, c’est l’impulsion sympathique, c’est l’encouragement enthousiaste d’un grand gouvernement.

Je voterai contre toutes les réductions que je viens de vous signaler et qui amoindriraient l’éclat utile des lettres, des arts et des sciences. Je ne dirai plus qu’un mot aux honorables auteurs du rapport. Vous êtes tombés dans une méprise regrettable ; vous avez cru faire une économie d’argent, c’est une économie de gloire que vous faites. Je la repousse pour la dignité de la France, et je la repousse pour l’honneur de la République. »



Imprimer cet article





Féminisme hypertextile et féminisme hypotextile
lundi 19 - 01h00
de : Christian DELARUE
Voiler sans tarder les jeunes filles de 2 à 12 ans ?
dimanche 18 - 22h09
de : Christian DELARUE
1 commentaire
Suite des oeuvres des brutes de Macron ! Mes observations !
dimanche 18 - 21h25
de : JO
Pudeur pour soi ou pudeur pour autrui.
dimanche 18 - 21h13
de : Christian DELARUE
3 commentaires
ADIEUX AU CAPITALISME Autonomie, société du bien être et multiplicité des mondes
dimanche 18 - 07h31
de : Ernest London
G7EZ BLOKATU Deuxième communiqué/Bigarren agiria
samedi 17 - 12h06
de : g7blokatu
Théorie de la consience du monde ; aujourd’hui la Palestine
vendredi 16 - 22h54
de : Agence media palestine
ÇA GRÉSILLE DANS LE POTEAU - Histoires de la lutte contre la T.H.T Cotentin-Maine – 2005-2013
vendredi 16 - 11h04
de : Ernest London
Santé de la population : les connivences de l’aristocratie médicale avec le nucléaire, le pétrole, la téléphonie,...
jeudi 15 - 22h49
de : coordi sud-est
2 commentaires
Grèce. La chasse aux jeunes rebelles est ouverte.
mercredi 14 - 23h02
de : Ne vivons plus comme des esclaves - Yannis Youlountas
Tournesol OGM fauché dans l’Hérault
mercredi 14 - 22h44
de : faucheur de chimères
Chez Castagner le nucléaire
mardi 13 - 22h51
de : Intercollectif contre les projets nucléaires et imposés
G7 BLOKATU : Bloquons le G7 et son monde !
mardi 13 - 21h04
de : jean 1
Rassemblement de soutien aux mobilisations du 13 août au Brésil contre l’extrême droite de Bolsonaro
mardi 13 - 08h43
de : jean 1
1 commentaire
Quand Castaner diffusait une BD porno contre ses adversaires politiques
lundi 12 - 22h25
de : Les Crises
Selon l’IGPN
lundi 12 - 22h21
de : Chantal Mirail
1 commentaire
Bulletin du 8 aout 2019
lundi 12 - 22h17
de : CADTM
NathalieLoiseau dans ses oeuvres.
lundi 12 - 09h18
de : jean 1
La SCOPTI 1336 a besoin de vous !
vendredi 9 - 08h10
de : Frérot
Festival « Les Bure’lesques 2019 »
jeudi 8 - 22h43
de : jean 1
Acte 42 : Appel à passage de la frontière Suisse le 31 aout 2019
mercredi 7 - 22h09
de : JOJO
Mort de Toni Morrison
mercredi 7 - 11h51
de : Cyclo 33
3 commentaires
Il y a dix jours, trois jeunes hommes étrangers à la rue sont morts à Paris »
mardi 6 - 07h41
de : jean 1
1 commentaire
"Sans haine et sans violence" , Geneviève Legay, s’adresse, aux forces de l’ordre encore dignes de leurs fonctions
mardi 6 - 00h35
de : nazairien
6 commentaires
final atomik tour à Dijon puis Burelesque en meuse
lundi 5 - 21h56
de : burelesque
LA REPUBLIQUE DES RABUTCHIKS
lundi 5 - 20h21
de : Nemo3637
L’abolition des privilèges : il paraît que c’était le 4 août 1789...
dimanche 4 - 22h32
de : Rebellyon
1 commentaire
Vénézuela, La Via Campesina condamne le massacre de Barinas
dimanche 4 - 22h12
de : via campesina
IGNOBLE MENTALITE REACTIONNAIRE : Homophobie archaïque, homophobie fasciste, homophobie viriliste et patriarcale, etc
dimanche 4 - 11h10
de : Christian DELARUE
2 commentaires
mort de Steve : prolongement de la répression et des affaires d’Etat
samedi 3 - 23h26
de : Olivier LONG et Pascal Maillard
3 commentaires
Services publics supprimés et injustice territoriale
samedi 3 - 20h50
de : Christian DELARUE
1 commentaire
Les médias se taisent sur le rejet de la plainte déposée par le DNC contre Julian Assange
samedi 3 - 14h03
de : Oscar Grenfell
Mort de Steve Alexandre Cervantes : « Dans l’eau, je me suis dit que j’étais perdu… »
samedi 3 - 13h31
de : nazairien
3 commentaires
Continuum de trois violences : politique, policière, pénale plus celle médiatique.
vendredi 2 - 23h52
de : Christian DELARUE
Ballade au pays des Broient de l’homme
vendredi 2 - 19h04
de : azenon
Mort de Steve Caniço : les deux juges d’instruction nantais demandent à être dessaisis
vendredi 2 - 17h37
de : nazairien
4 commentaires
25ème FORUM de Sao Paulo
vendredi 2 - 12h31
de : JO
LE TOTALITARISME INDUSTRIEL
vendredi 2 - 06h55
de : Ernest London
mieux vaut ne rirn faire que d’être payé à faire de la merde.
jeudi 1er - 23h03
de : irae
Grèce : la chasse aux anarchistes est ouverte !
jeudi 1er - 21h49
de : jean 1
2 commentaires

accueil | contacter l'admin



Suivre la vie du site
RSS Bellaciao Fr


rss IT / rss EN / rss ES



Bellaciao est hébergé par DRI

En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur. Gandhi
Info Com-CGT
Facebook Twitter Google+
NON AU LICENCIEMENT DE GAEL QUIRANTE / STOP À LA REPRESSION (video)
Solidarité, le sens d’une vie » de Mourad Laffitte et Laurence Karsznia
« Liquidation » de Mourad Laffitte (video)
DAZIBAO
(video) LE SYNDICALISTE GAËL QUIRANTE EN GARDE A VUE. RASSEMBLEMENT DES 12H30
lundi 17 juin
de Roberto Ferrario
1 commentaire
LE RASSEMBLEMENT POUR GAËL AURA LIEU AU COMMISSARIAT DU 15e 250 RUE DE VAUGIRARD (Métro Vaugirard) aujourd’hui lundi 17 juin dès 12h30 Venez nombreux et faites tourner !! "On était au siège de La Poste pour négocier, la police a débarqué en mode Shining, à la hâche. Ils accusent T3s GaelQuirante de dégradations : mais c’est eux qui ont démoli les portes !" Gaël Quirante a été emmené en GAV ce dimanche, à 6h. "On était à deux doigts de signer un accord après un an de grève. (...)
Lire la suite
Présentation-débat « Le président des ultra-riches » Jeudi 4 juillet 2019 de 18:30 à 21:00
mardi 4 juin
de Roberto Ferrario
Pour des raisons de disponibilités de Monique Pinçon-Charlot nous sommes contraints de décaler la rencontre débat prévue initialement le jeudi 20 juin au jeudi 4 juillet à 18h30. Excusez nous pour cet imprévu et espérons que vous pourrez venir à cette nouvelle date. Monique Pinçon-Charlot (sociologue de la grande bourgeoisie) nous fait l’honneur de venir présenter son dernier ouvrage "Le président des ultra-riches". Un livre passionnant qui enquête sur la dérive oligarchique du (...)
Lire la suite
En mémoire de Marceline Lartigue 10/11/1961 - 28/04/2018
mercredi 30 mai
Le but de cet page est de récolter le maximum de souvenirs de Marceline, tout les contributions sont les bienvenues (photos, vidéos commentaires, pensée etc. etc.), et permettre doucement de faire passer ces moments si difficiles, merci https://www.facebook.com/MARCELINELARTIGUE.ORG
Lire la suite
Marceline Lartigue : une femme, une artiste flamboyante
mardi 8 mai
de Raphaël de Gubernatis
Marceline Lartigue, qui vient d’être victime d’une rupture d’anévrisme à la veille des défilés du 1er mai, à Paris, avait une beauté d’une autre époque. Éclatante et pulpeuse, un peu à la façon de Brigitte Bardot dans son jeune temps. Et avec cela un chic extraordinaire pour se vêtir, une élégance toute théâtrale dont elle était sans doute la première à s’amuser, même si elle devait être parfaitement consciente de l’effet de ses tenues si recherchées dans (...)
Lire la suite
Adieu Marceline
lundi 7 mai
de Nicolas Villodre
Une cérémonie aura lieu lundi 7 mai à 13h30 au crématorium du Père Lachaise à Paris. Marceline Lartigue est partie avec le froid d’avril, samedi 28, victime d’une rupture d’anévrisme. Elle était danseuse, chorégraphe, militante de gauche depuis toujours, de père (Pierre Lartigue) et mère (Bernadette Bonis) en fille. L’attaque l’a prise, en plein mouvement, en pleine rue. Son compagnon Roberto Ferrario l’a vue tomber devant lui « pendant la diffusion de (...)
Lire la suite
Disparition de Marceline Lartigue, Communiqué de presse
dimanche 6 mai
de Micheline Lelièvre
C’est avec une grande tristesse que nous apprenons la disparition de Marceline Lartigue. Elle s’était faite discrète les temps derniers, mais je voudrais saluer la mémoire de celle que je connaissais depuis le début de sa carrière. Elle avait 16 ans, je crois, et dansait avec Fabrice Dugied la première fois que je l’ai vue. Puis nous nous sommes liées d’amitié. Marceline avait un caractère bien trempée, une intelligence très fine et un grand talent de chorégraphe. (...)
Lire la suite
Marceline Lartigue est partie brusquement, fauchée par une attaque cérébrale en pleine distribution de tracts
samedi 5 mai
de Jean-Marc Adolphe
Aujourd’hui, 1er mai 2018, Marceline Lartigue ne participe pas aux manifestations du 1er mai 2018. Cela ne lui ressemble pas. Mais elle, tellement vivante, ça ne lui ressemble pas non plus de mourir. Et pourtant, Marceline est partie en voyage, rejoindre Antonio Gramsci et quelques autres camarades de lutte (l’un de ses tout derniers billets sur Facebook rendait hommage à Gramsci, mort le 27 avril 1937). Marceline est partie brusquement, fauchée par une attaque cérébrale en (...)
Lire la suite