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Défense des bibliothèque et du livre (Tract)
de : Livres de papier
lundi 30 mars 2009 - 17h36 - Signaler aux modérateurs
8 commentaires

Samedi dernier le tract suivant (voir plus bas) a été diffusé à la médiathèque Picpus (75012) qui a installé des bornes automatiques de prêt. Une réunion publique aura bientôt lieu sur le sujet alors n’hésitez pas à nous contacter si le sujet vous intéresse.


PDF - 64.5 ko

BORNES AUTOMATIQUES,
PUCES RFID, LIVRES NUMÉRIQUES...
BIENVENUE DANS LA BIBLIOTHÈQUE DU XXIème SIÈCLE !

PLUS RAPIDE ?
PLUS PRATIQUE ?
MOINS CONTRAIGNANT ?

L’AUTOMATISATION DU PRÊT franchit une nouvelle étape avec l’instauration de bornes de prêt automatique, à Picpus et ailleurs.
Grâce à ces bornes, finies les files d’attente (encore que…), finies les erreurs humaines (mais vive les bugs !) et finie l’obligation d’être aimable avec celles et ceux qui nous rendent service.
Mais terminée aussi la chaleur du contact humain, envolés les conseils sympas des bibliothécaires qui nous renseignent sur nos emprunts, et très bientôt… terminé aussi avec les bibliothécaires, avant que la bibliothèque elle aussi ne ferme ses portes pour rouvrir sur googlebooks.fr ou toute autre plate-forme dont on ne cesse de vanter l’exhaustivité et l’efficacité (sans même parler de sa juteuse rentabilité !).

LE MONDE QU’ON NE CESSE DE VOULOIR NOUS VENDRE, censé être plus pratique et plus rapide, obéit en réalité à une double volonté : créer de nouveaux marchés (comme lorsqu’une entreprise privée est payée par les pouvoirs publics pour installer du matériel électronique) et réduire la masse salariale (un vigile prendra la place de dix bibliothécaires avec des bornes de prêt efficaces). Et si pour chaque salarié-e remplacé-e par des machines, la pilule est déjà difficile à avaler, des pans entiers de personnels seront finalement dépossédés des savoir-faire qui les rendait utiles et compétents.

Non seulement la machine ne vous fera jamais de sourire, mais c’est ainsi que chaque métier d’aujourd’hui en vient à devenir purement mécanique et répétitif, jusqu’à être vidé de son sens initial : les magasiniers ne sont désormais plus considérés que comme des manutentionnaires au service des machines gestionnaires des livres, et leur connaissance du fonds se perd, tout comme l’ancien savoir-faire des artisans a disparu avec les immenses chaînes de production des usines, véritables bagnes industriels modernes. Plus l’on intègre les savoir-faire professionnels dans des machines, plus les salarié-e-s deviennent remplaçables, c’est-à-dire délocalisables, jetables et donc corvéables à merci.

ENFIN, LA LOGIQUE DE LA NUMÉRISATION a besoin de chevaux de Troie (telles les bornes de cette bibliothèque ou les puces RFID servant à tracer chaque livre), pour s’insinuer au cœur de la chaîne du livre : les magnats de l’édition électronique (qui sont parfois aussi marchands d’armes) rêvent de profits colossaux grâce à la numérisation intégrale des fonds papier, sans se soucier des éditeurs et libraires, mais aussi correcteurs, imprimeurs, diffuseurs, etc. qu’ils fragiliseront puis démantèleront sans coup férir.

Le livre électronique, que les industriels tentent de nous imposer depuis plusieurs années (pour l’instant sans réel succès), vise à transformer le monde de l’écrit en société du zapping numérique généralisé. Il suffit de se rendre au salon du livre pour y voir ces commerciaux en costard vendre leurs e-book comme s’ils étaient au salon de l’auto, tout en faisant croire que les profiteurs sont les éditeurs.

Pourtant, une partie de ces derniers reste encore vaille que vaille passionnée, attachée à l’objet livre en tant qu’il est créateur de lieux d’échanges et d’espaces collectifs, au premier rang desquels figurent les librairies et les bibliothèques - ces dernières étant fréquentées par une personne sur deux en France en 2006.

Ainsi, à l’inverse de la démagogie populiste faisant d’Internet le contrepoint populaire des librairies et bibliothèques élitistes, nous pensons que le livre est au cœur des possibilités d’émancipation collective et d’élévation culturelle : les bibliothèques, véritables lieux de mixité où se croisent des hommes et des femmes de tous âges, de toutes classes et de tous horizons, sont un des derniers outils de diffusion et de réappropriation collective des savoirs, là ou le numérique ne fournit que des contenus vidés de leur sens à des individus isolés devant leurs écrans. « Élitaire pour toutes et tous » pourrait être notre mot d’ordre, puisque nous persistons à préférer les savoirs, potentiellement émancipateurs, aux contenus, bien souvent interchangeables voire abêtissants.

LE MYTHE LIBÉRAL DE L’ACCÈS AU SAVOIR égal pour toutes et tous, sur lequel surfe la déferlante numérique, oblitère le fait que nul-le ne peut prétendre n’avoir pas accès à suffisamment de livres (il suffit de se rendre dans la moindre bibliothèque pour se convaincre qu’on n’aura jamais le temps d’en lire assez), alors que la question de la connaissance pose en réalité celle de la transmission, c’est-à-dire de l’éducation à l’écrit, revendiquée par tous les mouvements d’émancipation antérieurs à Internet : le réseau nous apprend en fin de compte davantage à glisser à la surface des idées qu’à les comprendre et à savoir s’en imprégner pour penser par soi-même. Le Web et le futur livre numérique permettraient d’accéder à tout !? Mais que lira-t-on alors ? Rien, ou plus probablement rien de ce qui s’apparente aujourd’hui au livre, dans lequel on s’immerge longuement, patiemment et tranquillement, en dehors de la société des flux incessants et tourbillonnants d’e-mail, messages msn et autres textos qui nous happent à chaque instant dans leur propre temporalité.

La télévision a contribué à détruire le lien social, et on nous fait croire que l’informatique, en nous simplifiant la vie, va le recréer ? Quand on s’apercevra que le numérique a encore appauvri les relations et échanges collectifs, qu’inventera-t-on pour « recréer » à nouveau du lien social et poursuivre toujours plus loin la spirale d’un monde en perpétuelle déshumanisation ?

Des lecteurs et lectrices, bibliothécaires, libraires, traducteurs et éditeurs

Livres de papier
c/o Offensive, 21ter
rue Voltaire 75011 Paris
livresdepapier@gmx.fr



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Commentaires de l'article
Défense des bibliothèque et du livre (Tract)
10 avril 2009 - 21h51 - Posté par une bibliothécaire

Bonjour,

Idem pour le PDF...

Les livres numériques ne seraient-ils pas tout de même une bonne alternative pour le dos de nos écoliers (poids, mise à jour...) ?

En bibliothèque les tâches d’enregistrement des transactions ne sont pas ce qu’il y a de plus transcendant : l’idée d’automatiser tout cela est a priori de se rendre plus diponible pour le lecteur, il me semble. Même si, il est vrai, c’est à l’occasion de ces manipulations que des échanges entre bibliothécaires et lecteurs naissent (mais peut-être davantage dans les petites structures familiales)...

Au-delà du livre, en bibliothèque-médiathèque, l’objet CD nous manquera aussi, non ? (qualité du son, livret... à feuilleter tranquillement dans son canapé sans avoir à côté de ses oreilles le doux (hum !) ronronnement des unités centrales de nos ordinateurs !)

Le cas de la télévision, l’informatique... oui, bon. Et le téléphone portable ? Une puce "RFID servant à tracer chaque [individus]" ? Une technologie qui a permis de "recréer (...) du lien social" ? ...

Bonne soirée

Une bibliothécaire



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14 avril 2009 - 13h43 - Posté par
PDF un autre lien
3 mai 2009 - 16h27 - Posté par

Décidément, le tract n’est pas affichable.

Bah, il reste le texte. Un texte bien confusionniste, simpliste et réactionnaire.

Les bibliothèques existaient avant le papier, elles existeront après.
Et là où on a mis des bornes de prêt, on n’a pas supprimé le contact humain.

Il est lassant de voir réduite au complot d’un grand Satan libéral des outils technologiques qui sont aussi des moyens supplémentaires de partage, d’accès.

Le monde immatériel est, comme le matériel, marchand ET non marchand. Il ne faut surtout pas laisser le monde marchand y régner en monopole.

Avec des gens comme vous, on est mal barrés. On va faire sans, le le sens.

Un bibliothécaire.


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25 mars 2010 - 11h55 - Posté par

"Les bibliothèques existaient avant le papier, elles existeront après."

Sauf que ce n’était pas des "bibliothèques" et ça ne s’appellera plus des "bibliothèques"

"confusionniste, simpliste et réactionnaire. "

Confusionisme = pas du même avis
Simpliste = c’est celui qu’il dit qu’il est
Réactionnaire ? Si être réactionnaire c’est s’opposer au changement dicter par la droite .. peu être !


Défense des bibliothèque et du livre (Tract)
27 mars 2010 - 10h20

Bonjour,
il y aurait beaucoup à écrire pour et contre ce tract. Je suis globalement inquiet de tout cet amalgame, de l’excès et de la caricature. J’ai été élevé dans le monde des livres, et pourtant j’utilise aussi une liseuse électronique.

J’aurais été curieux de lire ce que le ou les rédacteurs de ce pamphlet auraient pu écrire il y a quelques siècles, par exemple après les premières éditions d’un obscur imprimeur de Mayence...

Le livre, ça a aussi été "Mein Kampf". Au prétexte de la publication de cet effroyable ouvrage, auriez-vous appelé à interdire l’imprimerie ?

Après toutes les oscillations du balancier, celui-ci finit toujours par s’immobiiliser au milieu. Attendons.

Jean-Louis L.



Bien vu...
28 mars 2010 - 08h44 - Posté par Spitan

Les défenseurs acharnés de la numérisation et de la lecture sur tablette semblent appartenir à un monde étrange, où tout est parfait, et où il suffit d’appuyer sur un bouton pour que des choses magiques et merveilleuses apparaissent.

J’ai lu dans les réponses au tract un condensé extraordinaire de politiquement correct, de "surtout ne pas se mouiller" et de ce que je nomme la réflexion "molle"

Et bien, oui, je confirme, nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours, où de gentils inventeurs un peu fou donnent à tous des machines à lecture magiques, avec pleins de mots dedans.

Nous sommes en fait sur un marché géré par des multinationales de l’édition, de l’informatique et de la téléphonie, qui ont décidé de choisir unilatéralement la manière dont le bon peuple (reconnaissant) devra s’approvisionner en culture.

Comme dans toute bonne campagne marketing, on place le progrès et la demande de nouveauté en tête de liste des besoins du lecteur moyen ; le contenu ? On s’en fiche. Et bien sur, on envisage de faire payer des abonnements, on peut aussi effacer les livres à distance, on peut tracer toutes les lectures de tous, et éliminer progressivement ces verrues du libre-penser que sont ces maudits libraires indépendants.

Si la machine se casse ou se plante ? On ne peut plus lire. Mais c’est pas grave ... il y aura toujours la cohorte bêlante des inconditionnels du dernier gadget numérique, qui sera là pour soutenir avec un entêtement pavlovien toutes les avancées technomerdiques.

Je suis librairie et je l’affirme clairement : je suis absolument contre cette daube numérique qui ne mérite même pas le nom de livre.



N’ayons pas peur.
29 mars 2010 - 15h06 - Posté par kemayou

Je n’ai pas très bien compris la fin du dernier commentaire. Le contenu d’un livre-papier se transformerait en daube, dès lors que celui-ci serait numériser ? Éclairez moi s’il vous plaît ?


Coup de gueule.
3 avril 2010 - 20h21 - Posté par samy

Dans le pseudo-débat omniprésent sur la numérisation de nos bibliothèques je suis effarée de la platitude et de la démagogie de nombre d’intervenants qu’ils soit pour ou contre la dite numérisation.

Que ce soit dans votre tract de papier, celui en PDF ou du pseudo débat organisé il y a quelques jours sur France inter à l’occasion du salon du livre je suis frappé par la simplicité et la caricature tant des tenants que des ennemis du livre numérique.

J’aime les livres, j’aime l’odeur du papier, des bouquineries et suivre non pas seulement l’histoire du livre en tant qu’œuvre mais également celle de l’objet au travers des annotations et pensées des lecteurs qui m’ont précédé.

Néanmoins à l’âge de 24 ans je ne possède plus qu’un soixantaine de livre, j’ai passé une bonne partie de mon adolescence en province parfois sans le moindre accès possible à une bibliothèque et je préfère ne pas m’exprimer sur la pauvreté de certaines bibliothèques que j’ai eu fréquenté. Issu d’une famille vivant en dessous du seuil de pauvreté et bouffé d’un terrible besoin de lecture je n’ai eu de cesse de revendre des livres afin d’en acheter d’autres. Un vas et vient permanent qui m’a frustré au plus au point. Poursuivant mes études force m’a été de constater à quel point il peut être difficile de pousser une réflexion et un travail autour d’ouvrage que l’on ne possède pas.

Dans ce contexte je dois une bonne partie de ma culture classique à l’E-text (le vrai premier livre numerique qui contrairement à ce que je vous écrivez ne s’appelle pas l’ebook, n’a pas été inventé en 2001 par un fils de pub dont je ne citerais pas le nom et a toujours été gratuit)
L’e-text qui est né il y a maintenant presque 40 ans est le fruit du travail acharné et passionné des bénévoles du Project Gutenberg à qui je tire mon chapeau. Projet à but non lucratif n’ayant jamais cédé aux sirènes de la publicité ou d’un quelconque bénéfice, le projet gutenberg a mis en place une démarche respectueuse du droit intellectuel et pérenne puisque utilisant le seul format texte universel l’ ASCII.

Dans ce cadre bon nombre de vos critiques ne tiennent pas. A titre indicatif ma liseuse est un ordinateur vieux de dix ans pas un "ibouque"qui se change tous les trois ans. Vous trouvez l’ibouque elitiste ? Moi aussi, mais attention révélation la culture n’a jamais été démocratique. Je n’ai pas les moyens de fréquenter les librairies, je me demande d’ailleurs bien qui peu se le permettre, encore qu’au vu des meilleures ventes en librairie j’ai ma petite idée.

En caricaturant, en réfutant tout aspect positif que pourrait amener le numérisation si elle était menée dans le cadre d’un réel projet de société et non par des sociétés privées dont le seul projet est le bénéfice vous capitulez selon moi devant le capital. Le paragraphe sur la durée de vie de l’ "ibouque" et sur les frais mensualisé liées aux nouvelles technlogies en est pour moi fort révélateur : En effet vous semblez considérer comme irreversible le mode de fonctionnement capitaliste sous sa forme la plus libèrale (je ne suis pas ici en train de remettre en cause le concept de proprièté intelectuelle. En revanche ce que je remets ici en cause c’est d’une part le décalage flagrant entre les coups réel de l’infrastructure de télécommunication et sa facturation et d’autres part la confusion entre l’ordinateur-outil et l’ordinateur gadget dernier cri qui ne répond pour la pluspart des utilisateurs à aucun besoin réel).
Contrairement à ce que laisse entendre le journal des réfractaires à l’ordre numèrique je persiste : ce n’est pas la technologie qui est mauvaise mais bel et bien son usage et dans un reférentiel capitaliste ou seul la course au profit compte ces usages sont quasi systematiquement des mésusages.
Je ne nie pas que seule une minoritè de la population mondiale dispose de l’accès au haut dèbit et qu’il est totalement absurde de penser que nos ressources naturelles suffisent à permettre à plus de 6 milliards d’individus de renouveller leur parc informatique tous les trois ans, mais l’usage lui même du renouvellement du parc informatique tous les trois ans est une absurdité qui ne correspond en rien au besoin de l’utilisateur (sauf cas particulier).

Pourquoi focaliser ainsi sur l’"Ibouque" le cas des machines à laver ou l’utilisation SYSTEMATIQUE dans les chaines de production moderne de composants à la durèe de vie limitée est bien plus révélateur d’un problème d’ensemble qui est loin d’être propre au domaine de l’informatique. J’ai 24 ans je me souviens des machines à laver qui avaient une durée de vie de plus de 20 ans, comment voulez vous que j’explique cela à mon petit frère de 14 ? (Orwell n’est pas loin)

L’ennemi de la culture et de l’art n’est pas la technologie, c’est bel et bien le temps de cerveaux disponible et il n’est pas l’appanage du monde virtuel. Qu’elle diffèrence entre la prise de pouvoir numérique d’un Google et celle analogique de Dassault, Lagardère et consorts ?

La paupèrisation du paysage culturel, la disparition des intellectuels de la sphère publique ne sont pas les conséquences de l’invention d’internet, en revanche les mésusages de l’extraordinaire potentiel de l’internet ont à mon sens la même origine : tant que le profit sera au centre de notre socièté la connaissance sera l’ennemi des puissants et il leur faudra en contrôler l’accès sur internet comme dans les bibliothèques ou les écoles.

Bref en un mot comme en cent, il me semble qu’à caricaturer en bloc une évolution qui porte en germe le meilleur comme le pire pour la création et la diffusion de la littèrature vous delaissez le débat de fond et nous condamnez au pire.

Bien à vous





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