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CONFLIT SOCIAL : UN AIR DE CALOMNIE

mardi 11 décembre 2007 - Contacter l'auteur - 1 com

de Patrick MIGNARD

Un otage est une personne innocente, retenue prisonnière par un preneur d’otage, et dont la vie sauve et la libération dépend d’une exigence à remplir par une tierce partie.

Article 224-4 du Code Pénal

« Si la personne arrêtée, enlevée, détenue ou séquestrée l’a été comme otage soit pour préparer ou faciliter la commission d’un crime ou d’un délit, soit pour favoriser la fuite ou assurer l’impunité de l’auteur ou du complice d’un crime ou d’un délit, soit pour obtenir l’exécution d’un ordre ou d’une condition, notamment le versement d’une rançon, l’infraction prévue par l’article 224-1 est punie de trente ans de réclusion criminelle. Les deux premiers alinéas de l’article 132-23 relatifs à la période de sûreté sont applicables à cette infraction. Sauf dans les cas prévus à l’article 224-2, la peine est de dix ans d’emprisonnement si la personne prise en otage dans les conditions définies au premier alinéa est libérée volontairement avant le septième jour accompli depuis celui de son appréhension, sans que l’ordre ou la condition ait été exécuté ».

LE SENS DES MOTS, LE CHOC DES INVECTIVES

Les politiciens si soucieux de la précision des termes employés et toujours prompts à dénoncer les écarts de langage, surtout quand ça les concerne, s’en sont donné à cœur joie durant le conflit social de novembre pour couvrir d’invectives et d’injures on ne peut plus graves des salariés qui ne faisaient qu’exercer un droit reconnu par la Constitution, le droit de grève.

Que des usagers, évidemment gênés dans leurs déplacements et méthodiquement conditionnés par les médias aux ordres, anonent de telles absurdités,… on peut à la limite le comprendre, sans l’approuver. Mais que des responsables politiques qui se proclament garant de la paix civile, sociale, accusent de crime, car c’est bien de cela dont il s’agit, des salariés dans l’exercice d’un droit constitutionnel, ont probablement une idée derrière la tête.

Une telle accusation, aurait du logiquement, être suivie d’un dépôt de plainte. En effet, l’arsenal juridique de notre République ne manque pas d’outil pour réprimer ce genre de crime. Or, curieusement, aucune poursuite n’a été engagée contre les « délinquants-preneurs d’otages » avec qui, le Gouvernement légal, a même accepté de négocier… alors qu’il est de notoriété publique que le Gouvernement Français ne négocie jamais avec des preneurs d’otages… du moins officiellement.

Alors de deux choses l’une :

- ou bien le gouvernement a manqué à tous ses devoirs en permettant une prise massive d’otages,

- ou bien il ne s’agit pas d’une prise d’otage,… et le gouvernement ment et manipule

Cette guerre des mots : otage, galère,… le gouvernement a pu la mener en toute tranquillité. Les syndicats se sont opposés bien mollement à ce déferlement d’insultes. On est en droit de se demander s’il n’y a pas une sorte d’acceptation implicite de part et d’autre de l’inacceptable… chacun y trouvant son compte pour « en finir au plus vite ».

Il est d’ailleurs tout à fait curieux que les syndicats, « toujours prompts à défendre leurs adhérents », n’aient pas porté plainte pour dénonciation calomnieuse, puisque ces derniers étaient tout bonnement accusés d’un crime passible des assises : la prise d’otage.

CALOMNIEZ,… IL EN RESTERA TOUJOURS QUELQUE CHOSE !

Les méthodes diffamatoires utilisées par les politiciens au pouvoir sont révélatrices de deux choses :

des comportements indignes d’individus sans valeurs, qui n’hésitent pas à jeter l’opprobre sur leurs adversaires,
le manque d’arguments crédibles pour mettre un terme au conflit.

L’accusation est évidemment absurde, n’a aucune valeur, aucun sens sur le plan politique et encore moins sur le plan juridique. C’est de la diffamation gratuite, ou plutôt tactique. Il s’agit tout bonnement de salir, de dresser une partie de la population contre une autre. Procédé totalitaire utilisé par les régimes sans scrupules.

Le procédé n’est cependant pas seulement crapuleux dans sa forme, et tactique à court terme, faire cesser la grève, ,… il a un objectif précis à plus long terme et d’une extrême gravité. Il s’agit tout bonnement de remettre en question le droit de grève .et même plus subtilement de le faire condamner par l’opinion publique. De faire entrer dans la tête des gens que l’exercice du droit de grève est un trouble à l’ordre public… et trouble d’autant plus inacceptable qu’il n’aboutit à rien. En effet, les grévistes ne peuvent même pas arguer le fait qu’ils ont obtenu la satisfaction de leurs revendications..

Le droit de grève est donc doublement inutile. Ainsi le seul moyen concret de défense et de lutte des salariés doit, aux yeux du pouvoir, disparaître.

Bien sûr, le pouvoir ne reconnaître jamais cet objectif. Spécialiste, nous en avons eu un échantillon significatif durant la grève, du double discours dans une stratégie à long terme en vue de la remise en question de la totalité des droits des salariés… il n’attaque pas de front ce droit, mais de manière biaisée, maniant la carotte et le bâton, la répression et le « dialogue ».

FAUT-IL DEFENDRE LE DROIT DE GREVE ?

Sur le principe évidemment, ne serait ce que parce cette attaque fait partie d’un plan concerté tendant à remettre en question tous les acquis des salariés.

Cette défense de principe ne doit cependant pas masquer une réalité encore plus grave : la grève aujourd’hui est devenu une arme à double tranchant

Maniée, nous l’avons vu par des syndicats peu motivés et toujours trop prompts à la « négociation » de complaisance, elle constitue un excellent prétexte de diffamation du pouvoir et du patronat pour affaiblir le mouvement. Mais il y a plus grave.

La grève est aujourd’hui entrée dans les mœurs, s’est institutionnalisée,… et n’aboutit plus à l’essentiel. Devant un gouvernement inflexible et un patronat qui ne lâche plus rien, au contraire, elle s’émousse au point de devenir un rite qui conserve fantasmatiquement une charge affective, mais qui réellement atteint vite ses limites. Elle se termine alors lamentablement dans une débâcle, se perdant dans des pseudo négociations sur des revendications secondaires.

Les démarches et actions sérieuses avec les usagers entreprises (comme à Lille par exemple) par les grévistes peuvent se compter sur les doigts d’une main. Les directions syndicales arque boutées stupidement sur le « fait grève » contribuent puissamment, consciemment ou inconsciemment, à la dégénérescence d’une action qui a constitué dans le passé l’acte de résistance essentiel des salariés.

Une politique syndicale en direction des usagers et des clients, permettrait de donner un autre sens, une autre dimension, un autre souffle, à l’acte de grève. Mais c’est apparemment trop demander à des organisations qui trouvent leur compte dans les conflits avortés, les combats perdus et les négociations qui se prolongent à l’infini sans gain notables.

La rapacité économique du patronat, alliée à la perfidie politique du gouvernement, s’articule parfaitement avec la myopie et l’impuissance syndicale pour faire que 130 ans de conquêtes sociales sombrent peu à peu dans les eaux glacées de la rentabilité marchande et laissent les salariés transis dans leurs conditions sociales qui s’apparentent désormais à celles de leurs ancêtres du 19e siècle.

Mots clés : Grêves / Patrick Mignard / Syndicats /

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