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Ciao Berlusconi ?

lundi 10 avril 2006 - Contacter l'auteur - 1 com

Élections en Italie. À l’issue d’une campagne détestable, les électeurs choisiront dimanche et lundi entre leur très contesté premier ministre et le centre gauche de Romano Prodi.

de Paul Falzon

La campagne pour les législatives italiennes s’est achevée dans un climat de tension et de bassesse inédit dans l’histoire récente du pays. Avant de voter dimanche ou lundi, avant 15 heures, les 42 millions d’électeurs auront vu le premier ministre sortant Silvio Berlusconi, à nouveau chef de la droite, pourrir systématiquement la campagne de son rival de centre gauche Romano Prodi. Traité au mieux de « prête-nom », au pire d’« idiot » manipulé par ses alliés, accusé de vouloir préparer un régime « contre la liberté » en cas de victoire, l’ex-président de la Commission européenne aura eu le mérite de ne jamais répliquer sur le même niveau de haine et de mensonge - il aura tout de même dénoncé l’attitude de « délinquants politiques » de ses adversaires.

Cette dernière semaine de campagne a été sans doute la pire. Lundi, Silvio Berlusconi jouait son va-tout en promettant de supprimer la taxe foncière ; mardi, il traitait de « couillons » les électeurs de gauche ; mercredi, il tentait en vain une manoeuvre « éclair » pour s’exprimer sur l’une de ses trois chaînes de télévision, lesquelles ont toutes été condamnées par les autorités électorales pour lui avoir consacré trop de temps d’antenne ; jeudi, il dénonçait dans un délire paranoïaque un « complot » conjugué des juges, des médias et des patrons pour empêcher sa réélection.

Visiblement sous tension, le premier ministre a sans doute perdu en partie son sang-froid. Il a aussi conscience qu’il ne peut gagner la bataille en se basant sur le bilan objectif de ses cinq années de gouvernement. L’Italie de 2006 est en moins bonne santé économique que celle de 2001 (voir ci-dessous). La « Maison des libertés », la coalition que Berlusconi reconduit à l’identique cette année, a offert le spectacle permanent de luttes intestines entre Forza Italia (libérale), les populistes xénophobes de la Ligue du Nord, les conservateurs de l’Alliance nationale (AN, post-fasciste) et les centristes de l’UDC. L’activité du Parlement s’est concentrée sur des lois profitant personnellement à Silvio Berlusconi et sur des réformes clientélistes (régionalisation pour la Ligue du Nord, lois sécuritaires pour l’AN). Beaucoup d’Italiens sentent aussi que leur pays a régressé dans le domaine culturel et des libertés d’expression : une « berlusconisation » des esprits (voir ci-contre) que dénoncent nombre d’intellectuels dont récemment le cinéaste Nanni Moretti et la comique Sabina Guzzanti.

Pour une « société plus juste »

Ce recul général du débat public est sans doute le meilleur atout de Silvio Berlusconi pour inverser les sondages qui donnent à la droite 3 à 5 points de retard. Favorite, la coalition de l’Unione est issue d’un patient travail de dialogue entre communistes, écologistes, centristes de gauche et centristes tout court, sous la direction d’un Romano Prodi consacré par une mobilisation inespérée de quatre millions de sympathisants lors des primaires de novembre dernier. Son programme est un épais document de près de 300 pages qui, s’il manque parfois de propositions claires, se démarque sur tous les plans ou presque de l’action de la droite : relance des politiques de santé et d’aide sociale, taxation renforcée des revenus du capital, lutte contre la précarité, retrait d’Irak : le centre gauche veut offrir une « société plus juste », voire un autre « projet de civilisation » selon une expression chère au leader de Refondation communiste Fausto Bertinotti.

Reste à espérer que les électeurs usés par les cinq années de gestion Berlusconi se rendront aux urnes. Jamais le taux de personnes qui ne savent pas si elles vont aller voter, et pour qui, n’a été aussi fort dans un pays passionné de politique : jusqu’à un quart du corps électoral.

le « plus nocif » des dirigeants

Le dégoût de la politique se double d’un retour au scrutin proportionnel voulu par la droite pour limiter les frais d’une défaite attendue : le nouveau système a bloqué les listes - ce qui n’a pas incité les candidats non éligibles à se mobiliser - et mis un terme aux votes de « préférence » que les Italiens adoraient parce qu’il leur permet de privilégier leur candidat favori. Terne sur le terrain, détestable au plus haut niveau de la droite, cette campagne électorale s’achève dans le soulagement général. Et avec - l’espoir, à gauche, de renverser le dirigeant décrit comme « le plus nocif » pour l’Italie depuis le renversement du - fascisme.

http://www.humanite.fr/journal/2006-04-08/2006-04-08-827807

Mots clés : Dazibao / Gouvernements / Italie / Italie - Législatives 2006 / Paul Falzon /

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  • RICORDO

    Mani pulite (en italien, Mains propres) est le nom d’une opération judiciaire lancée en 1992 contre la corruption du monde politique italien et qui a abouti à la disparition de partis comme la Démocratie chrétienne (DC) et le Parti socialiste italien (PSI). Le système de corruption et de pots-de-vin ainsi découvert fut baptisé Tangentopoli (de tangente, pot-de-vin, et de poli, ville en grec).

    Brève histoire
    Tangentopoli débute le 17 février 1992 lorsque le juge Antonio Di Pietro fait arrêter Mario Chiesa, un membre du Parti socialiste italien. Bettino Craxi, le dirigeant du PSI, niant l’existence de la corruption politique, baptisa Mario Chiesa de mariuolo (filou), de scheggia impazzita (une écharde devenu folle), à l’intérieur d’un PSI intègre. Lors des élections de 1992, la DC perdit des voix tout en conservant une majorité relative mais le Parlement était fragile ce qui aboutit à des élections anticipées en 1994. Entre-temps, dès avril 1992, de nombreux hommes politiques et d’industriels, surtout ceux de la majorité gouvernementale furent arrêtés. Les enquêtes débutèrent à Milan mais s’étendirent rapidement à d’autres villes. Un responsable politique du PSI avoua à deux carabiniers venus simplement lui remettre une amende les crimes qu’il avait commis. Le 2 septembre 1992, le socialiste Sergio Moroni se suicida, en se déclarant coupable. Sa fille, Chiara Moroni a été élue députée avec l’appui de Silvio Berlusconi. Ces années sont aussi marquées par le double assassinat de Giovanni Falcone, un des membres de l’équipe de juges antimafia et par celui de son collègue Paolo Borsellino.

    Lors des élections locales, la DC perdit la moitié des voix. Le lendemain Bettino Craxi fut accusé de corruption et finit par démissionner. Le 5 mars 1993, le gouvernement Giuliano Amato et son ministre de la Justice, Luigi Conso, essayèrent, au travers d’une loi sur le financement des partis, de provoquer une amnistie générale. Mais le président de la République Oscar Luigi Scalfaro refusa de signer cette loi. La semaine suivante, un scandale concernant l’ENI fut révélé, pour 250 millions de dollars.

    Le 25 mars 1993, le Parlement italien modifia le mode de scrutin en scrutin majoritaire provoquant des référendums pour abroger cette loi. Carlo Azeglio Ciampi, ancien gouverneur de la Banque d’Italie fut alors nommé Président du Conseil, premier non-politique à ce poste. Lors des élections locales qui suivirent la DC et le PSI perdirent encore des voix. La Ligue du Nord devint la principale force politique dans le nord de l’Italie (mouvement de protestation xénophobe, favorable à l’indépendance de la plaine du Pô, alimenté par un dégoût de la chose politique).

    Le 20 juillet 1993, l’ancien président de l’ENI, Gabriele Cagliari se suicida en prison. Son épouse rendit plus de 6 milliards de lires de fonds illégaux. Au même moment débuta le procès de Sergio Cusani. Ce dernier était accusé de crimes liés à une joint-venture entre ENI et Montedison, baptisée Enimont. Le procès fut diffusé à la télévision. Ce procès culmina avec un Je ne me rappelle pas (Non ricordo) d’Arnaldo Forlani tandis que Bettino Craxi admit que le PSI avait reçu 93 millions de dollars de fonds illégaux. Pour sa défense, tous faisaient ça. Même la Ligue du Nord fut concernée par ce procès : Umberto Bossi et son ancien trésorier furent condamnés pour avoir reçu 200 millions de lires de financements illégaux. Même le Parti communiste italien fut accusé de corruption sans qu’il fut possible de trouver un coupable. Comme conclut le procureur Antonio Di Pietro : la responsabilité pénale est personnelle, je ne peux accuser quelqu’un qui s’appelle Communiste (prénom) et Parti (nom de famille).

    En 1994, Silvio Berlusconi entra en politique (selon ses propres mots, il descendit dans le champ) et gagna les élections. Nombreux sont ceux qui pensent que cette descente est provoquée par sa volonté de protéger ses entreprises des accusations de corruption. Son fils admit le 11 février des crimes de corruption. Dès le 13 juillet 1994, son gouvernement fit adopter une loi pour éviter la prison pour la plus grande partie des crimes de corruption (loi approuvée le même jour où l’équipe nationale d’Italie battait la Bulgarie en demi-finales de la Coupe du monde de football). Malgré ce tour de passe-passe, le décret fut retiré suite aux protestations, ni Roberto Maroni, ministre de l’Intérieur (Ligue du Nord), ni Alfredo Biondi, ministre de la Justice, prétendirent ne l’avoir jamais lu (on soupçonne qu’il ait été écrit par Cesare Previti). Le 28 juillet, le fils de Berlusconi fut arrêté et immédiatement relâché.

    Débuta alors une bataille entre Silvio Berlusconi et Antonio Di Pietro. Le contrôle des médias de la part de Berlusconi, permit de créer les conditions du FUD (fear, uncertainty and doubt, peur, incertitude et doutes). Le 6 décembre 1994, Antonio Di Pietro démissionne et deux semaines après, c’est le tour du gouvernement Berlusconi (avant un vote de défiance certain au Parlement). En 1995, c’est au tour de Di Pietro d’être accusé (mais il fut absout) tandis que de nouvelles affaires touchèrent Berlusconi. Di Pietro finit par fonder un mouvement politique Italia dei Valori.

    En 1998, Cesare Previti, ancien dirigeant de la Fininvest, évita la prison grâce à son immunité parlementaire. Bettino Craxi, condamné définitivement, s’enfuit en Tunisie où il demeura en exil jusqu’à sa mort le 19 janvier 2000.

    Depuis semble s’être développée une stratégie de la prescription, ce qui rend les poursuites de plus en plus incertaines et improbables. La victoire de Silvio Berlusconi en mai 2001 et l’adoption de lois ad personam confirment cette tendance.

    Récupérée de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Mani_pulite »

    Le 11 Avril 2006

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