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EN MARTINIQUE VICTOIRE DE LA CDMT –POSTES

samedi 17 décembre 2011, par Nemo3637

Lundi 28 Novembre 2011, fut un grand jour. Un courrier amena cette fois-ci le signe d’une grande victoire. Hervé Pinto postier syndicaliste voyait sa sanction de mise à pied de deux ans sans traitement annulée par le Tribunal Administratif. Celui-ci condamnait enfin La Poste à verser au postier indomptable, secrétaire du syndicat CDMT Postes, 500 euros d’indemnisation. La décision étant exécutoire, la Poste doit donc se plier à cette condamnation de ses pratiques antisyndicales. Elle doit donc permettre à Hervé, qui a repris le travail depuis le 17 octobre, de retrouver son poste et de percevoir ses 24 mois d’arriérés de salaires dont il avait été injustement spolié.
Cette affaire qui, de prime abord, peut paraître à certains anodine, est cependant exemplaire d’une lutte et d’une première victoire au Tribunal Administratif de Fort De France, institution acquise depuis plusieurs années à la cause de La Poste. Il s’agit bien là d’un succès qui profite à l’ensemble des travailleurs. Mais pourquoi ? Comment a-t-elle débuté ? Qu’a donc fait Hervé Pinto ?

Une longue procédure judiciaire

En 2003, dégoûté par les pratiques de certains syndicats, Hervé et quelques camarades, dont le remarquable et expérimenté militant Yves Louis-Philippe, créent le syndicat FNSA PTT. Ils s’unissent à l’UNSA pour devenir UNSA Postes Martinique en 2005, puis trahis par la fédération UNSA-POSTES, ils se retirent en 2006. Redevenu FNSA-PTT, le syndicat s’attache à défendre les salariés dans une entreprise où les conditions de travail sont souvent très dures. Rappelons le nombre effarant de plus de 70 suicides ou tentatives de suicide à La Poste depuis le début 2010 (Source Europe 1 / http://cdmt-postes.wifeo.com).

Le Syndicat est alors attaqué par la direction de la Poste. Ses membres sont victimes de persécutions et de harcèlement systématiques de la part de la direction. On lui dénie principalement toute représentativité et par extension, en toute illégalité, son droit même à l’expression syndicale.
Le syndicat, s’appuyant sur les textes, mène un combat sans concession, cherchant à faire valoir les droits des travailleurs. Et ceux-ci, malgré la répression affichée de la direction, lui gardent une confiance avérée.

Le 27 janvier 2006, un accord était signé entre des organisations syndicales nationales françaises FO, CFDT, CFTC ; CFE/CGC et UNSA-Postes et le Siège de la Poste. Cet accord entérine les droits syndicaux desdites organisations dans cette institution. La CGT et SUD, les organisations syndicales les plus représentatives, si elles ne signent pas ledit accord, s’abstiennent bien de le dénoncer haut et fort !

Quel est en réalité le but poursuivi par le Siège de la Poste et les signataires ? Il s’agit d’assurer « une place » à certains et de tenter d’éliminer des « gêneurs ». En France la CNT, et, dans l’outremer français les syndicats libres et anti colonialistes, et ce si nécessaire en violation avec la constitution française et le droit syndical le plus élémentaire.

En avril 2006, le Secrétaire du secteur Poste du syndicat FNSA PTT, Hervé Pinto, sous un prétexte fallacieux, est l’objet d’une suspension de fonction puis d’un blâme.

Le 18 Décembre 2008, il est suspendu pour avoir permis l’accès aux locaux du Centre postal, d’un « étranger » au service. Il s’agissait simplement d’un des secrétaires généraux de la CDMT qui avait entamé des pourparlers avec la Direction. L’affaire n’en reste pas là et Hervé Pinto, face à des manœuvres à caractère colonialiste, la portera devant des instances de justice internationale.

La pression s’accentue sur tous les membres du syndicat qui a ainsi perdu sa force et ses membres. Un autre Syndicat voit le jour, affilié à la Centrale CDMT de la Martinique. A l’instar du Syndicat FNSA PTT, les membres du Syndicat CDMT-POSTES voient individuellement leurs conditions de travail se dégrader, le harcèlement anti syndical se généraliser.

Parallèlement les procédures devant le Tribunal Administratif se succèdent pour que soit reconnu le syndicat dans ses droits. Celui-ci remet en question le Tribunal Administratif lui-même en contestant dans les règles son impartialité. Car ledit Tribunal Administratif a toujours condamné le syndicat FNSA PTT en refusant la reconnaissance des droits du à tous les syndicats légalement constitués. Cependant l’arrêt n°299205 du Conseil d’Etat, donne finalement raison à Hervé et à ses camarades, infirmant toutes les décisions du Tribunal Administratif.

Mais pour ce qui est du Secrétaire du syndicat lui-même, rien de changé. Il est condamné à rester pendant deux ans sans salaires, voué à ce que doivent vivre nombre de postiers, ou de salariés dans d’autres secteurs, qui ont osé faire valoir leurs droits.

Le combat sur le terrain et dans la rue.

Le syndicat CDMT-Postes est une organisation basée sur des principes de démocratie directe, souvent opposés aux pratiques des syndicats traditionnels. Sans méconnaître l’action juridique, ses membres savent que la victoire ne s’obtient que par une action sur le terrain dans l’entreprise, voire dans la rue.

Plusieurs temps forts vont donc marquer cette période qui va de 2009 à 2011.

Le 7 janvier 2011, à l’occasion de la visite de Sarkozy en Martinique, Hervé Pinto tente de manifester à l’aéroport. Lui et les quelques camarades qui l’accompagnaient, sont trainés comme des fétus de paille par les forces de l’ordre en civil qui injurient copieusement hommes et femmes. Le responsable du groupe de policier ira même jusqu’à enlever son brassard pour frapper le Secrétaire Général de la CDMT-POSTES. Ils sont mis en garde à vue au poste de Police. D’emblée Hervé Pinto signifie sa volonté de porter plainte pour entrave au droit de manifester et pour violence. Il sont relâchés… et reviennent à l’aéroport le lendemain pour manifester à nouveau ! Car Sarkozy doit reprendre l’avion pour repartir. Et donc un autre rendez-vous avait été prévu par les membres du syndicat. Cette fois il est vite repéré et une poursuite digne d’un film d’aventure, s’engage. Poursuivi sur l’autoroute par les policiers d’élite de Sarkozy, portable à l’oreille, la circulation est bientôt interrompue dans les deux sens afin de permettre sa capture. Pris à revers par une équipe d’élite de la police qui a traversé la zone artisanale longeant l’autoroute, il doit se rendre. Cette fois il ne sera pas battu. On lui donne à boire et à manger. Les policiers veulent se faire photographier avec leur « prise ». Ce qu’Hervé Pinto refuse.
La presse ne relatera à aucun moment cet incident. Car certains membres du service d’ordre, dans l’aéroport, d’ores et déjà, avait fermement mis en garde les médias présents contre une quelconque publicité de ladite manifestation. Omerta coloniale…

Le 21 janvier 2011 le syndicat manifeste dans la rue, devant un grand hôtel de Schoelcher, alors que la direction de La Poste a convié une partie – et une partie seulement – du personnel à une présentation festive de vœux pour la nouvelle année. Le secrétaire répond à une interview où il évoque la souffrance des employés de la POSTE au niveau national.

Le 1er mai 2011, la CDMT Postes ne participe pas au traditionnel défilé avec les traditionnels syndicats. C’est dans la rue, devant une belle villa, mise gratuitement par l’entreprise à la disposition du directeur régional de la Poste que dès sept heures du matin les tambours se font entendre…Slogans et banderoles du syndicat sont présents. Ambiance ! Le directeur a le malheur de s’appeler Claude François. Alors « Alexandrie-Alexandra » etc. Il tente une « sortie » et arrache la banderole posée sur la voie publique, sur son mur extérieur. Hervé demande alors aux RG – qui nous suivent toujours comme des ombres – de faire respecter le droit et le respect de l’affichage. Claude François est contraint de restituer la banderole syndicale qui est donc réinstallée sur le mur… L’affaire est rapportée par la presse et la manifestation du syndicat CDMT Postes fait plus de bruit que le défilé traditionnel.

Le 17 novembre 2011, fort de son succès dans les 2 principaux établissements du département aux élections professionnelles, le syndicat lance un mot d’ordre de grève illimitée à partir du 28 novembre. Mais La Poste réagit rapidement en ne reconnaissant pas, à nouveau, la représentativité du syndicat malgré ses résultats aux élections. Elle menace de sévères sanctions ceux qui à la suite de ce mot d’ordre, se mettraient en grève. Par prudence le mot d’ordre de grève est donc levé. Mais une nouvelle procédure contre la Poste est naturellement engagée

Corruption et exactions

Dès sa rentrée, au bout des deux ans de sanction qui avaient été effectuée, Hervé Pinto avait été convié d’accepter, moyennant une mise en sourdine de son activité syndicale, un poste de niveau supérieur, avec véhicule de fonction, une sinécure bien rétribuée. Il avait immédiatement rejeté ce qu’il considérait fort justement comme une tentative de corruption. Cette pratique de la direction de La Poste semble courante. Et on peut donc s’interroger, par corrélation, sur la probité de certains syndicats, de ceux qui justement ont combattu, comme l’employeur, la FNSA PTT puis la CDMT Postes. Certains n’ont pas hésité, après avoir fait un éloge de lèche-cul à l’égard de La Poste, a stigmatiser Hervé Pinto en le traitant de délinquant !

Peu de temps auparavant une femme proche du directeur de La Poste en 2008, fut l’auteur de graves manquements avérés (violences, menaces de mort) sans qu’une quelconque sanction ne fut requise contre lui. Tout au contraire, elle s’en tira par…l’obtention d’un poste à responsabilité !

Perspectives

La victoire qui clôt ses derniers épisodes, n’est en rien la fin de l’aventure. Car il reste bien entendu à réparer le préjudice et faire reconnaître pleinement le syndicat et ses droits. Dans le but de défendre la cause des travailleurs et l’intérêt général.

Du point de vue interne on a vu se développer une nouvelle pratique caractérisée par la prise de responsabilité de chacun des membres du syndicat dont la parole est respectée, indispensable à l’élaboration des stratégies et des objectifs. Cette pratique de démocratie directe est dans l’air du temps. Elle porte la critique des vieilles pratiques bureaucratiques où le « bon chef » décide pour tous. Elle est gage de succès car chacun, après discussion, s’est approprié pleinement les décisions qui ont été prises.

D’emblée des oppositions à cette libre expression démocratique et syndicale sont apparues ici et là. Venant du côté des directions patronales bien sûr. Mais pas seulement. Dans bien des milieux politiciens et syndicaux on se rend compte de la faillite desdites pratiques politiciennes autoritaires et obsolètes où il convient tout juste d’applaudir, d’obéir au « mot d’ordre » décidé à l’avance, lancé par des vieux tribuns déversant à n’en plus finir leur creuse rhétorique, se congratulant les uns les autres pour masquer leur impuissance et, en fait, une inaction réelle due à leur absence de toute perspective. L’inquiétude gagne certains, ceux qui veulent garder vaille que vaille leur leadership.

L’ « ennui » aujourd’hui c’est que plus personne ne les suit !

Le K5F et ses dirigeants « omniscients » ne mobilisent plus personne. Car bien des camarades, des jeunes en particulier, avaient compris, dès les évènements de février-mars 2011, que la direction du mouvement se voulait une « chasse gardée » entre quelques leaders parrainant tout juste de ci delà quelques dauphins acceptables.
La démocratie directe, ils l’ont évidemment ignorée avec superbe, sinon combattue. Comment s’étonner du résultat, fait d’indifférence voire de mépris à leur égard ( * ) ? D’autre part le K5F, cartel de syndicats dont certains étaient clairement réformistes, comme FO ou la CFDT, s’était interdit d’emblée toute proposition d’alternative concrète. Aller plus loin, proposer par exemple un schéma d’autogestion généralisée, n’était-ce pas là dépasser les convenances de ce que pouvait accepter un « syndicat honnête » ? Entendez par là un « machin » comme la CFDT, par exemple….

A contrario dans la dynamique enclenchée par la CDMT Postes, où bien des sympathisants nous rejoignent, même s’ils ne sont pas postiers, c’est bien la reprise en main de l’outil de travail au service de la collectivité qui est clairement affirmée. Ce sont d’autres méthodes démocratiques qui sont en jeu. Et tout cela au grand dam d’anciens leaders dépassés, en mal de récupération, qui voudraient « resserrer les boulons », tenter, sans succès, d’improbables animations qui ne sont que tentatives ratées de faire-valoir.

Le syndicat est voué à se renforcer car il a prouvé, par sa combativité, que des victoires sont possibles. Ces victoires ne peuvent être remportées en ayant pour ligne « d’action » la passivité, l’écoute, assis sur un banc, d’orateurs patentés qui pérorent à n’en plus finir. La vente d’un journal de patronage, en tournant en rond, bien à l’abri, n’est pas non plus preuve d’une grande combativité militante susceptible de susciter l’enthousiasme nécessaire !

Par l’action un autre futur fait d’autogestion et de démocratie directe est possible. Et d’autres actions à venir prouveront la justesse de notre propos.

(*) Récemment dans le journal « France-Antilles » un des leaders du K5F osait affirmer que toute lutte en Martinique ne pouvait passer que par ledit Collectif… Certains devraient jeter un coup d’œil à l’extérieur, constater l’état des conflits, et admettre que les grévistes se contrefoutent dudit K5F.

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