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En Italie, la campagne de Silvio Berlusconi tourne au populisme

jeudi 30 mars 2006 - Contacter l'auteur

de Jean-Jacques Bozonnet

Le ton de la campagne électorale menée par Silvio Berlusconi résonne jusqu’à Pékin. Le gouvernement chinois a réagi, mercredi 29 mars, par une note furibonde à l’une des saillies du chef de gouvernement italien. Lors d’un récent meeting à Naples, "il Cavaliere" s’en était pris à sa cible préférée et quasi obsessionnelle : le communisme.

"Il Cavaliere" accueille à Rome le congrès du Parti populaire européen
Le parti populaire européen (PPE), offre une tribune de choix à Silvio Berlusconi, à deux semaines des élections législatives italiennes prévues les 9 et 10 avril. La formation, qui regroupe les principaux partis de droite de l’Union européenne, dont l’UMP présidée par Nicolas Sarkozy, tient son XVIIe congrès à Rome, jeudi 30 et vendredi 31 mars, pour célébrer le 30e anniversaire de son existence. Celui-ci est précédé par deux journées d’études organisées par le groupe parlementaire du PPE au Parlement européen, présidé par le démocrate chrétien allemand Hans-Gert Pöttering.

Le chef du gouvernement italien devait y accueillir ses hôtes, dans la matinée du mercredi 29 mars, pour une première table ronde consacrée à la situation politique en Italie. Le reste des travaux portera sur les valeurs et l’identité de l’Europe, l’Europe face à la globalisation, et les changements démographiques.

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"On m’accuse d’avoir dit que les communistes mangeaient les enfants, mais lisez Le Livre noir du communisme et vous verrez que, dans la Chine de Mao, ils ne mangeaient pas les enfants, mais ils les faisaient bouillir pour s’en servir comme engrais dans les champs", a-t-il déclaré. Le "mécontentement" des Chinois n’a eu aucun effet sur le président du conseil, qui persiste et signe : "Mais c’est un fait historique, ce n’est quand même pas moi qui les ai fait bouillir !"

"Nous sommes discrédités à l’extérieur et privés de croissance à l’intérieur", a soupiré Romano Prodi, l’adversaire de M. Berlusconi pour les élections législatives des 9 et 10 avril. Mais ce dérapage n’est pas un cas isolé. Silvio Berlusconi a choisi de radicaliser son discours depuis le 16 mars, au lendemain d’un face-à-face télévisé dont il n’était pas sorti vainqueur. Il a commencé par attaquer le patronat, accusé de "défaitisme". Puis sa bête noire, la magistrature.

Au fil de ses interventions, il tente d’instiller un climat de tension, suggérant que "la gauche fomente des troubles" et que "la démocratie est en péril". Le programme de la coalition de centre gauche aurait déjà, selon lui, déclenché une "fuite massive des capitaux". "Ceux qui cocheront sur leur bulletin de vote la case de l’Unione feront une croix sur leurs économies", a-t-il expliqué aux petits épargnants.

Le chef de l’Etat, Carlo Azeglio Ciampi, a cru bon d’intervenir pour demander aux deux camps de "modérer le ton". En vain, pour l’instant. Dans son offensive, Silvio Berlusconi s’en prend aussi à ses partenaires : Gianfranco Fini, numéro deux du gouvernement et dirigeant d’Alliance nationale, et surtout Pier Ferdinando Casini, président de la Chambre des députés et patron de l’Union des démocrates du centre (UDC). Les deux hommes avaient vertement critiqué la prestation télévisée de leur dirigeant face à Romano Prodi.

M. Fini répète à chaque meeting que le leadership du centre droit devra être "reconsidéré à la lumière des résultats" des législatives. Il appelle de ses voeux une coalition "différente", dans laquelle il y aurait "plus de droite". Les centristes de Pier Ferdinando Casini ont été les plus rebelles au cours de la législature, et rêvent de la recomposition d’un grand centre.

"RÔLE DE PYROMANE"

Agacé par les deux quinquagénaires, qui se projettent ostensiblement dans l’après-Berlusconi, "il Cavaliere" crie à la trahison. "Je ne souhaite pas parler de mes alliés en "ini"", a-t-il lâché récemment, signifiant ainsi qu’Umberto Bossi, le leader du parti populiste et xénophobe de la Ligue du Nord, est son partenaire le plus loyal. "L’UDC a commis beaucoup d’erreurs ces derniers temps, je ne pense pas que ces messieurs récupèrent une seule voix supplémentaire, étant donné leur comportement", a-t-il ajouté. Aucun meeting commun à l’ensemble des formations de la Maison des libertés (coalition de centre droit) n’est prévu d’ici à la fin de la campagne.

En dramatisant le débat, Silvio Berlusconi joue son va-tout en solitaire, pour mobiliser les siens et marginaliser ses partenaires. "Désormais seul, il ne lui reste que le rôle de pyromane", estime le quotidien économique Il Sole 24 ore. Plus que la victoire du centre droit, il souhaite un redressement électoral de son parti, Forza Italia, en baisse constante lors des récentes élections. Pour La Stampa, "il écrase ses alliés sous le poids de son ego, souhaitant, sinon gagner les élections, du moins triompher au sein de sa coalition et garder ainsi son statut d’intouchable".

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Mots clés : Elections-EluEs / Italie / Italie - Primaires 2005 /
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