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Giampaolo Pansa : le grand menteur

mardi 10 octobre 2006

Une autre "pansée" vient de sortir. Cette fois, elle s’appelle même "La grande bugia - Le sinistre italiane e il sangue dei vinti" [Le grand mensonge - La gauche italienne et le sang des vaincus, NdT], Sperling & Kupfer, 18 euros. Le grand mensonge serait la Résistance. Tandis que toutes les droites passées et présentes applaudissent, il suffit de jeter un coup d’œil aux louanges de Il Giornale ou de Il Tempo, Pansa a "découvert" les vulgates contre la Résistance de droite et d’extrême droite. Il s’en est emparé et il prétend que ce sont des vérités révélées et des dogmes de foi. Il les colporte comme le fruit de son chemin de purification et il somme la gauche, la communauté scientifique, quiconque s’est consacré avec professionnalisme et dévouement à la guerre de Libération pendant ces soixante dernières années de l’admettre : ce n’étaient que des canulars inventés par les communistes.

de Gennaro Carotenuto traduit de l’italien par karl&rosa

Selon Pansa, on doit jeter à la poubelle le travail de soixante ans de quelques dizaines d’historiens professionnels. Il insinue entre les lignes qu’ils étaient tous payés par le Kremlin et que, par exemple, il n’y avait eu aucune grève à Turin en 1943, aucune insurrection en 1945, "nous, ce sont les Américains qui nous ont libérés" et ceux qui se souviennent des partisans aussi, se souviennent mal parce qu’ils veulent se souvenir mal.

Il nous débite son microcosme de Casale Monferrato où les paysans "n’en pouvaient plus des razzias des partisans" comme si en Italie, en 1944, quelqu’un pouvait prétendre faire sa vie en se désintéressant de la guerre et de l’occupation.

Il faut se demander si Pansa sait, par exemple, qui est Claudio Pavone, s’il connaît un travail comme « Una guerra civile. Saggio storico sulla moralità della Resistenza » [Claudio Pavone Une guerre civile Essai historique sur l’éthique de la Résistance essai (broché). Paru en 01/2005] que Bollati Bolinghieri, qui l’avait publié originairement en 1991, republie cette année, qui, il y a 15 ans déjà, faisait le point avec une rigueur scientifique sur l’usage public de la Résistance par la gauche communiste et sur le rapport avec les vaincus qui, selon Pansa, ne devraient même plus être appelés fascistes. Parce que les appeler fascistes est une manière de les priver de leurs voix (sic !).

Il faudrait peut-être ignorer l’almanach de la Résistance, désormais annuel, de Pansa, chaque année plus crié et plus grossier, qui sous le prétexte de donner une voix aux vaincus finit par réhabiliter les raisons présumées de ces derniers et par affaiblir les raisons de l’antifascisme et même de l’assemblée constituante républicaine. Il faudrait ignorer ce « moi, même si je suis de gauche, je dois admettre que » sur quoi Pansa construit son succès de ventes. Une petite formule qui fait un clin d’œil à droite, qui veut dire que, somme toute, nous étions comme eux, les tortionnaires et les torturés, les occupants et les occupés, les requins et les morts de faim, ceux qui grâce au fascisme et à la guerre ont amassé de l’argent (la voila une partie de la zone grise) et ceux qui ont donné leur vie pour libérer l’Italie du nazi fascisme.

Les communistes voulaient la Révolution et pour cela ils se seraient rendus sur les montagnes. Combattre le fascisme était accidentel. Toute la Résistance serait entachée par ce pêché originel. Réussir à faire passer un idéal révolutionnaire, l’espoir d’un monde meilleur, un militantisme généreux et souvent héroïque, toujours reconduit à la légalité républicaine par les dirigeants du PCI, comme un complot criminel avec lequel les communistes se seraient salis, est une opération de profonde mauvaise foi politique de la part de Giampaolo Pansa. De Salerne à l’Assemblée constituante et pendant toute l’histoire du PCI, la réalité n’est pas celle que Pansa s’acharne à dessiner. La réalité est qu’aucune insurrection, aucun coup d’Etat, aucune rupture démocratique n’est jamais venue du PCI, ni avec la Résistance, ni dans l’après-guerre, ni ensuite, ni dans les années 70 avec les massacres et la stratégie de la tension, quand justement le PCI a représenté la pierre angulaire de notre démocratie.

Mais Pansa n’est pas un historien et il n’est même plus un journaliste. Il peut donc faire abstraction de la réalité historique pour reprendre toute vulgate révisionniste (au sens délétère du terme) et se confier aux pires humeurs noires de ce pays [l’Italie, NdT]. Pansa fait le polémiste, il ne doit même pas démontrer un mot de ce qu’il dit, ce qu’il ne fait pas, en effet. Il lui suffit de revisiter ses mémoires juvéniles pour choisir la niche de marché qui rapporte le plus et vendre dans cette tranche de public plus réceptive, où se côtoient la droite de toujours et la gauche qui a compris comment tourne le monde. Si les plumes de droite, fascistes et post fascistes, les Veneziani, les Tarchi, n’ont ni crédit ni crédibilité pour écrire des best-sellers contre la Résistance, un Pansa, en se faisant passer comme un homme de gauche, a le physique du rôle.

Et Pansa s’y prête volontiers ; désormais son métier est celui de la starlette de la vulgate contre la Résistance. Comme les starlettes montrent des nichons et des rotondités, ainsi Pansa montre le partisan méchant et le fasciste qui « avait le droit d’être fasciste » comme l’Italien de 2006 a le droit d’être xénophobe. Le Pansa contre la Résistance parce qu’aujourd’hui la Résistance n’est plus à la mode, représente le pire transformisme de ce pays. Pansa, et les starlettes aussi, montrent à leurs publics respectifs ce qu’ils veulent voir : des nichons, des rotondités, des partisans méchants et des fascistes inoffensifs. On s’en moque si les starlettes et les fascistes - chacun dans son spécifique « sont ce qu’il y a de pire dans ce pays : ils ont un marché.

http://www.gennarocarotenuto.it
de Gennaro Carotenuto

http://www.bellaciao.org/it/article.php3?id_article=15090

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