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Italie : l’onda cresce Une autre université est possible, un autre monde est souhaitable ! (Reportage photo)

lundi 17 novembre 2008 - Contacter l'auteur - 1 com

Après la manifestation de vendredi qui a réuni plus de 300 000 personnes à Rome, se sont tenues à l’Université de la Sapienza à Rome deux journées d’assemblées générales nationales le 15 et le 16 novembre. Il y avait des délégations d’étudiants de toute l’Italie, les prof étaient les grands absents, alors que les jeunes chercheurs et enseignants chercheurs (équivalent de MdC en France) étaient très présents. Les assemblées plénières ont eu lieu au début et à la fin de ces rencontres pour faire le point sur le travail collectif des "workshops" de réflexion qui ont eu lieu sur trois thématiques : Recherche, pédagogie et formation, service publics.

Comme vous pouvez lire dans le communiqué, le refus de la loi 133 est le point de départ d’une critique de l’université telle qu’elle est aujourd’hui et pour remettre en discussion les logiques néo-libérales la régissent, mais qui régissent tous les autres secteurs. La volonté est donc d’aller au-delà pour élargir la mobilisation et l’étendre à tous les secteurs.

Entre temps la Sapienza et les universités occupées demeurent des espaces ouverts à tout le monde et différentes activités s’y déroulent pour y convier un maximum de personnes extérieures aussi (des concerts aux discussions hebdomadaires, aux projections de films.)


ASSEMBLEE NATIONALE DE LA SAPIENZA 15-16 Novembre 2008

COMMUNIQUE D’INTRODUCTION DE L’ASSEMBLEE GENERALE

Etudiants de toute l’Italie pour l’auto-réforme

Le mouvement que nous tous sommes en train de vivre et que nous avons contribué à créer est un mouvement extraordinaire. L’Onda a fait irruption dans notre présent et dans le présent de ce pays, en transformant une scène, celle du gouvernement des droites qui n’incitaient jusque là qu’à la la défaite et de désolation. L’Onda a rompu des équilibres. En quelques semaines la popularité du gouvernement a profondément baissé. Le mouvement a déjà réussi à codifier, avec un langage compréhensible au plus grand nombre un refus explicite de la crise économique mondiale. La seule unité de concertation des syndicats semble un souvenir lointain alors que le 12 décembre la Cgil propose une grève générale de toutes les catégories. Ce n’est pas que du mérite du mouvement, sans aucun doute, mais il est vrai, par contre que sans ce mouvement tout cela n’aurait pas été possible.

Un espace énorme s’est ouvert, un espace conquis par l’Onda, par sa force, un espace qui nous livre un grand défi politique. Nous avons dit à plusieurs reprises en effet que ce mouvement ne veut pas perdre : un mouvement nouveau, une énorme marée générationnelle, qui veut reconquérir l’avenir dont elle a été volée.

« Ils nous bloquent le futur, bloquons la ville » : non seulement un slogan, une nouvelle façon pour l’université de pratiquer le conflit. Un conflit qui parle pas tellement et pas seulement du refus des réductions des financements prévus par la loi133 : plutôt un conflit à même d’opposer de la force à l’arrogance de ceux qui veulent imposer la crise en socialisant les pertes des banques et d’entreprises. Après des années de politiques néolibérales on redécouvre la dette publique, une dette publique qui est utilisée pour soutenir les sociétés privées et qui pénalise encore une fois les jeunes, les précaires, la société toute entière. On coupe l’Etat social, après que déjà pendant ces dernières années on avait beaucoup fait dans le sens d’une privatisation des services publics.

Le défi politique que ce mouvement a posé est comment soustraire l’université publique à l’attaque finale que la loi sur le budget du ministre Tremonti et du gouvernement Berlusconi. Une attaque précise qui parle d’une forme aussi bien définie de développement, qui identifie comme priorité la sauvegarde d’un modèle en faillite plutôt que d’investir dans la formation, dans l’innovation et dans la recherche, en un mot dans notre avenir. Une politique économique bien définie par la loi 133 qui prévoit une série de mesures « aptes à rationaliser les dépenses et la dette publique » en coupant de façon générale dans le budget de l’école, des services publics et des personnels. Et encore, avec la réduction drastique du personnel, on prévoit la possibilité pour les universités de se transformer en fondations de droit privé, en effaçant ainsi le caractère public de l’éducation, c’est-à-dire sa qualité essentielle et notre droit fondamental.

Un mouvement qui n’accepte pas de représentation nous avons à plusieurs reprises rappelé. Un mouvement qui regarder le changement et qui sait que le changement ne peut pas être délégué, qui doit être agi dès maintenant, dans les formes d’auto-organisation et dans le conflit. Un mouvement qui a su exprimer de façon claire et sans équivoques son antifascisme et parallèlement sa capacité à parler à l’ensemble de la société en partant de sa spécificité mais avec le but d’élargir le plus possible les thématiques de la mobilisation. Non seulement : celui-ci est un mouvement qui est en train d’expérimenter de nouvelles formes d’organisation, en dépassant même toute forme de représentation interne au mouvement lui-même.

Partons de ce que le mouvement a déjà réussi à déterminer. La riposte du gouvernement n’est rien d’autre que la tentative mal réussie de faire face à la crise évidente (même de consensus) produite par les mobilisations. Le projet de réforme présenté par la Ministre Gelmini, malgré des pas en arrière pressés et confus, essaie toutefois de proposer de nouveau les points principaux du projet global de démission de l’université : la réduction des financements est aujourd’hui justifié par les rhétoriques de la différenciation, de l’efficience et de la méritocratie, qui ne sont rien d’autre que des processus de déqualification des savoirs, de hiérarchisation et de déclassement contre lesquels le mouvement se bat.

Tout en prêchant le changement le projet de réforme du gouvernement renforce les privilèges de la caste des "barons universitaires" (mandarins) et la défense du statu quo, en déchargeant sur les étudiants et les précaires la double crise, celle de l’université et celle de l’économie. Cela est témoigné par la proposition, venant de plusieurs camps, d’élever les frais d’inscription à l’université, qui peuvent être payés seulement en introduisant massivement le système des « prêts d’honneur ». En réalité il s’agit du recours à ce système de dettes pleinement développé dans le monde anglo-saxon et est aux origines de la crise mondiale actuelle.

Encore une fois le gouvernement et son think tank ne font rien d’autre que proposer l’importation de recettes et modèles qui ont déjà échoué ailleurs.

Donc, les seuls alliés du gouvernement à l’intérieur du monde de la formation sont en réalité ces barons qu’il dit vouloir combattre. Dans ce contexte, la seule force de transformation est le mouvement, qui non seulement s’oppose à la loi 133, mais qui est déjà en train de construire les bases pour une autre université.

Là où Etat et marché travaillent conjointement à la démission de l’université l’Onda Anomala lance immédiatement le défi de l’auto-réforme.

Que ce soit clair : par auto-réforme nous n’entendons pas la définition d’un ensemble de propositions techniques à livrer au législateur en charge ou à un quelconque acteur spécialisé dans la médiation politique ou syndicale. Par auto-réforme nous entendons au contraire un processus constituant ouvert, modifiable et applicable qui organise cette puissance de conflit et auto-organisation dans la production des savoirs déjà présente au cours de ces semaines extraordinaires de mobilisations, blocages et occupations.

Le défi en d’autres termes, ne se résume pas à l’opposition à la loi 133 et au futur projet de réforme, mais il agresse l’université existante. La faillite du modèle LMD et des tentatives d’évaluation du savoir à travers le système des crédits, a été déterminé par la diffuse indisponibilité des étudiants à accepter les mécanismes disciplinaires et la déqualification continue de la formation contenus déjà dans la réforme Berlinguer-Zecchino.

L’auto-réforme n’est donc pas une simple charte d’intentions, encore mois une tentative de bureaucratiser la non-représentabilité du mouvement. L’auto-réforme est par contre l’ouverture d’un processus qui vit déjà dans les pratiques du mouvement, c’est un passage pour consolider les formes de l’auto-organisation et relancer les éléments du conflit.

La seule vérification pour ce processus c’est la capacité de traduire dès maintenant l’auto-réforme dans des éléments concrets de programme et d’agenda politique.

Le mouvement de ces dernières semaines qui a impliqué tout le secteur de la formation et de l’éducation, naît d’une partialité pour parler le langage de la généralisation. « Nous ne paierons pas votre crise » résume instances et revendications qui vont bien au-delà des frontières classiques de l’école et de l’université, pour poser immédiatement les questions du travail, de l’Etat social, de la précarité et de la liberté.
Et c’est sur ce plan de généralisation que le mouvement lance son défi même vers la prochaine grève générale.

retrouvez toutes les infos sur le site des étudiants italiens de Paris

http://www.nogelminiparis.fr/

et sur les site :

de Bellaciao http://bellaciao.org/fr

de SUD nanterre http://nanterre.over-blog.com/

de CNT de nanterre http://cnt-p10.over-blog.com/


Reportage photo Bellaciao. Cliquez sur une photo pour l’agrandir
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