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LA PRÉCARITÉ VERSION DANIEL MERMET

jeudi 23 septembre 2004 - Contacter l'auteur - 8 coms

La valse des collaborateurs continue dans l’équipe de Daniel Mermet. Il y a
quelques mois, c’était son assistante, Joëlle Levert, la énième d’une longue
série de collaborateurs épuisés, psychologiquement à bout, qui était
débarquée.

Aujourd’hui, c’est au tour de Claire Hauter et Thierry Scharf, deux
reporters permanents de l’émission, d’être sanctionnés pour cause de
"fonctionnarisation" et "manque de rendement" (ou bien pour avoir soutenu
Joëlle Levert ?)

Tous deux se sont vu signifier en juin dernier que leur contrat de grille ne
serait pas renouvelé à la rentrée.

Pour justifier cette décision, Daniel Mermet leur a tenu un discours digne
des patrons les plus brutaux : dorénavant ils seraient payés à la pige ce
qui les stimulerait et les ferait travailler plus vite et plus efficacement.
Selon lui, en substance, les reporters au contrat s’avachiraient,
relâcheraient leurs efforts et prendraient en otage le reste de l’équipe en
les démoralisant par leur manque d’ardeur à la tâche. En s’organisant mieux,
ils pourraient produire davantage.

Cela n’a pas empêché le même Daniel Mermet de rediffuser à la rentrée dans
son émission des reportages de ces deux "fonctionnaires", sans mentionner,
bien sûr, le sort qui leur a été réservé !

Claire Hauter et Thierry Scharf ont refusé, comme le droit du travail les y
autorise, ce changement de contrat imposé autoritairement alors qu’ils
travaillaient depuis plusieurs années pour cette émission exigeante, sans
compter leurs heures.

Le comportement de Daniel Mermet est d’autant plus inadmissible, que ce
producteur connaît très bien les conséquences désastreuses de la précarité
puisqu’il les dénonce, à juste titre, dans ses émissions. Mais il y a
visiblement un fossé entre ses dénonciations et ses pratiques.

Pratiques qui profitent largement aux directions de France Inter et de Radio
France !

Pour toutes ces raisons, mais surtout pour le respect des salariés et notre
lutte sans faille contre la précarité, nous refusons le double jeu de la
direction et de Daniel Mermet.

Nous refusons le licenciement de deux collègues qui ne demandent qu’à
exercer leur métier !

Et pour un prochain numéro de l’émission, nous proposons un excellent thème
de reportage : la précarité à "Là bas si j’y suis".

Paris, le 22 septembre 2004.

SNRT-CGT
SNJ-CGT
CFDT
FO
CFTC
SNJ
CGC
SUD

Radio France

Mots clés : Emploi-chômage / Radio /

Messages

  • Un débat sur les médias et la censure est organisé à la mairie de Paris le 2 et 3 décembre 04 : à la tribune Champagne, Rimbert, Durand, etc. et comme modérateur leur ami Mermet. Avis aux amateurs !

  • Depuis la rentrée, Mermet a repris l’habitude de rediffuser d’anciennes émissions, avec ou sans prétexte. Normal qu’il soit lassé après une bonne dizaine d’années. mais dans ce cas, il faut avoir le courage de démissionner. Alors que je l’écoutais avec passion, il m’agace maintenant, avec ses grosses ficelles et ses provocations à trois francs six sous...

  • Pour info, une boite mail de soutien à Claire Hauter et Thierry Scharf vient de se créer :
    precairesdelabas@yahoo.fr

  • Daniel,

    J’ai beaucoup hésité à t’écrire, partagée entre l’envie de te dire ce que je pensais et la crainte de "donner du grain à moudre" à ceux qui rêvent de casser Là-bas.

    Le litige qui t’oppose à Thierry et Claire me semblait incompréhensible, mais tu as fourni dans ta réponse "pourquoi tant d’amour" des éléments objectifs de réflexion. Après traduction de quelques phrases langue de bois (je les ai notées "...") en langage clair, l’affaire semble plus simple. Ouf !

    Daniel, tu es un génial Mermet, mais tu es également un responsable d’émission de France-Inter comme un autre : Tu dois à ce titre produire X émissions par saison conformément au (sacro-saint !) contrat d’objectifs et te caler dans un budget d’Y euros.

    Lorsque tu fais le bilan de la saison avec tes collaborateurs en juin, tu leur reproches un manque de reportages (-7 pour Claire, -15 pour Thierry) et, en guise de solution, tu leur proposes deux merdes :
    soit bâcler ("écourter") leurs reportages et tu pourras ainsi produire tes X émissions,
    soit être rémunéré précaire (à la pige "relevée") et tu pourras alors te caler dans ton budget d’Y euros.

    Autrement dit Claire et Thierry avaient le choix entre la hache ou la corde. Je comprends qu’ils aient décidé de se barrer (de "suspendre leur collaboration") Je comprends aussi leur réaction de révolte et de tristesse : Là-bas, c’est plus une aventure qu’une émission ordinaire.

    Dans ta réponse, tu soulignes qu’il faut s’attaquer aux vrais problèmes, notamment à la précarité des pigistes permanents, à l’insuffisance des budgets. Le problème c’est que tu intègres, apparemment sans état d’âme, ce système que tu dénonces par ailleurs. Peut-être n’as-tu pas le choix ? Dans ce cas, aie le courage d’assumer. A défaut d’admettre le principe, je peux te comprendre : Il en va de l’existence même de Là-bas. Mais non, tu déplaces le problème sur un plan quasi psychanalytique-œdipien ("pourquoi tant d’amour", "parricide symbolique", "amours enfouies") La ficelle est trop grosse, je considère que tu insultes notre intelligence.

    Les Là-basien(ne)s sont tristes.

    Hésioné

  • Je ne connais pas lesfondemements de ce que vous dénoncez , mais , fidèle auditeur de l’ émission de Daniel Mermet , je dénonce ce lynchage , car dans l’ océan de médiocrité de la quasi totalité des médias , l’émission de Mermet est un des seuls moments pendant lesquels la voix de la résistance aux sirènes du libéralisme , permet au auditeurs un espace d’acccès à "un autre monde" . Il est clair que tous les lobbies qui pilotent notre économie attendent que cette voix soit définitivement éteinte , et ils doivent bien se régaler de voir des forces "de progrès" , en l’ occurence des syndicats , monter une cabale contre cette exception radiophonique .
    Christian Villemur Quimperlé 29300

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