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La Com. Nationale pour la Défense de la Liberté d’Expression

lundi 5 mai 2003 - Contacter l'auteur

Communiqué à l’occasion de la Journée Mondiale
de la Liberté de la presse

La Commission Nationale pour la Défense de la Liberté d’Expression s’est
réunie ce jour 02 mai 2003 à la veille de la célébration de la Journée
Mondiale de la Liberté de la presse. Elle a examiné la situation du secteur
de l’information en Tunisie, sous toutes ses formes, y compris, les problèmes
relatifs à l’accès au réseau Internet. La commission relève que le
verrouillage des espaces de libre expression, la domination de la pensée
unique, les obstacles qui se dressent contre les journalistes pour l’accès
aux sources de l’information, ainsi que toutes les brimades qu’ils subissent
dans l’exercice de leurs droits pour la liberté d’expression, ne cessent de
marquer encore le paysage médiatique dans notre pays.

La commission insiste sur les aspects les plus flagrants de ces violations
qu’il convient de résumer dans le points suivants :

I - L’emprisonnement
- Le jeune internaute Zouhayr Yahyaoui qui avait lancé un site de débat et
d’échange sur le réseau Internet, est toujours détenu, et ce, malgré les
appels pressants des organisations humanitaires nationales et internationales
en faveur de son élargissement. Ce jeune internaute condamné en juillet 2002
à deux ans de prison, a vu ses conditions de détention se détériorer
gravement ces derniers mois ; ce qui l’avait incité à entamer une grève de la
faim laquelle avait duré 22 jours d’affilée.
- Le directeur du journal « El Fajr » Hamadi Jebali, condamné depuis 1990,
est astreint à l’isolement dans sa cellule et se trouve privé de ses droits
de prisonnier politique. Il fut acculé à se mettre en grève de la faim à
plusieurs reprises dont la dernière en date remonte à février 2003.
- Le journaliste d’« El Fajr » Abdallah Zouari se trouve toujours sous
l’objet d’un contrôle administratif à Zarzis, malgré la fin de l’exécution de
sa peine de 11 ans de prison dont il fut condamné. Il fut incarcéré de
nouveau l’an dernier pour une période de huit mois, pour avoir enfreint le
contrôle administratif auquel il est assujetti depuis sa sortie de prison
- Un jeune internaute Maher El Osmani est décédé le 22 avril dans des
conditions suspectes, pendant sa détention dans les locaux de la police où il
avait été interpellé et interrogé pour sa fréquentation des sites Internet
prohibés.

II - La censure

- La censure préalable s’exerce à travers l’usage détourné du dépôt légal
et concerne tous les journaux de l’opposition politique et quelques
publications indépendantes. Elle complète la panoplie des procédés de censure
habituels en usage et des poursuites judiciaires qui s’abattent de temps à
autres sur les journalistes et les directeurs de publications
- Un grand nombre de personnalités indépendantes, des représentants de
l’opposition politique et des associations non gouvernementales, sont
totalement interdits d’antennes et du plateau télévisé, uniquement, parce
qu’ils expriment des opinions contraires ou opposées à celles du pouvoir. Et
de ce fait, l’hégémonie de la pensée unique et de la voix unique se trouve
consacrée
- Les activités de toutes les franges de la société civile, - celles de
leur institutions et de leurs représentants -, sont occultées et ignorées par
les moyens audio visuels ainsi que par la plupart des journaux, du fait du
poids des « instructions » politiques et de l’appropriation des moyens
d’informations

III - Internet
- Le réseau Internet à partir de la Tunisie est l’objet d’une surveillance
accrue et plusieurs sites sont constamment bloqués. Conséquence, nombreux
tunisiens et tunisiennes ne peuvent pas accéder aux sites de leurs choix, y
compris, pour des étudiants et des chercheurs dans leur recherche des données
à caractère scientifique, éducatif
- Tous ceux qui osent transgresser ces interdits et braver les blocages
des sites sur la Toile sont l’objet de tracasseries et même de poursuites.
Plusieurs des cas enregistrés ces derniers mois, nous préoccupent
particulièrement, parmi lesquels, l’arrestation d’un groupe de jeunes
internautes de Zarzis, d’Ariana et du Bardo.

La Commission Nationale pour la Défense de la Liberté d’Expression rappelle à
l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, que le peuple
tunisien dispose de toute sa maturité pour exercer ses droits pour une
information honnête et entière et pour exprimer librement ses opinions. Nous
demandons aux autorités publiques de respecter l’exercice des libertés de la
presse et du droit des citoyens à la libre expression. Nous les appelons à ce
qu’elles cessent toute pratique de censure contre la presse et le réseau
Internet. Le texte d’une pétition pour la défense de la liberté d’expression
qui a déjà recueilli plus de deux cent signatures sera rendu public
prochainement.

Tunis le 02 mai 2003

La coordonnatrice de la Commission
Souhayr Belhassen

Mots clés : Justice-Droit / Manifs-actions / Médias-Presse-Sondages /
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