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La bataille des docs sur les essais nucléaires en Algérie

Publie le dimanche 15 février 2009 par Open-Publishing
4 commentaires

« L’arme nucléaire, c’est la fin acceptée de l’humanité. »
Théodore Monod, extrait d’une interview d’août 1999

Faute de se faire sélectionner dans des festivals internationaux comme Berlin, Venise ou encore Cannes, c’est dans la banlieue française que les cinéastes algériens présentent leurs films. Sans compétition et surtout sans la médiatisation française, puisque c’est dans la presse algérienne que se trouve l’impact médiatique escompté. « Le Maghreb des films » est une rencontre communautaire qui unit médiocrité et talent, succès et bide. Mais qui fait découvrir un documentaire qui fera sûrement parler de lui, à l’avenir. A cette occasion unique de 2009, il a été projeté Gerboise Bleue, un documentaire de Djamel Ouahab, d’une durée de 1h30, coproduit entre la France et l’Algérie en 2008.

Le film-documentaire raconte l’histoire des vétérans français et des Touareg algériens, victimes des premiers essais atomiques français dans le Sahara de 1960 à 1966. Gerboise Bleue, premier essai atomique français effectué le 13 février 1960, dans le Sahara algérien, est le point de départ de la puissance nucléaire de la France. Il s’agit de tirs aériens radioactifs puissants effectués dans des zones appartenant à l’armée française. Suivront des essais souterrains, même après l’Indépendance de l’Algérie. De 1960 à 1978, 30.000 personnes auraient été exposées dans le Sahara. Selon le film, l’armée française a reconnu officiellement neuf cas d’irradiations. Aucune plainte contre l’armée ou le Commissariat à l’énergie atomique n’a abouti. Trois demandes de commission d’enquête ont été rejetées par la Commission de la Défense nationale. Pour la première fois, les derniers survivants témoignent de leur combat pour la reconnaissance de leurs maladies, et révèlent dans quelles conditions les tirs se sont véritablement déroulés.

Le réalisateur a filmé au point zéro de Gerboise Bleue, interdit d’accès pendant 47 ans par les autorités algériennes. Curieusement, un autre documentaire de 52mn, réalisé par un autre réalisateur algérien, Larbi Benchiha, Atomic Sahara, sera bientôt présenté par France 3 et qui revient, lui aussi, sur les premiers essais nucléaires français réalisés en Algérie, en pleine guerre d’indépendance. Larbi Benchiha réussit à interviewer d’anciens appelés du contingent, militaires de carrière, civils ou simples ouvriers ayant séjourné sur les sites nucléaires du Sahara et participé aux essais nucléaires. Dans un entretien, un témoin parle : « J’ai assisté à la première explosion nucléaire, c’était le 13 février 1960 à 7h04. Une heure après, à 8h, avec trois camarades nous étions sur le point zéro, nous avions les pieds qui s’enfonçaient dans le sable. Le sable était chaud et noir. Il craquait sous nos pieds comme si nous marchions sur du verre... », reconnaît Roland Weil, conscrit en 1960.

Ou encore le témoignage de Mohamed Bendjebbar, officier de carrière dans l’Armée nationale populaire en 1966. « Au lendemain du départ des Français du Sahara, mes hommes et moi avons pris le relais. Nous sommes arrivés sans la moindre protection, nous n’avions ni combinaisons, ni masques ni appareils pour mesurer la radioactivité. Les soldats ignoraient tout de la nature du lieu qu’ils ont investi... » Larbi Benchiha a découvert cet épisode caché de l’histoire de la France en lisant un journal qui consacrait un article à la publication d’un livre de l’historien Bruno Barrillot. Il a fait ce documentaire pour réveiller la mémoire collective de l’Algérie et de la France.

En février 2010, la France célèbrera les 50 ans de son accession au club très fermé des puissances nucléaires. Ces deux documentaires auront leur place dans le paysage audiovisuel français, mais pourquoi ce sont des Algériens qui ont réalisé ces documentaires forts intéressants ?

Amira SOLTANE

 http://www.lexpressiondz.com/chron/...

Messages

  • Le documentaire de Larbi Benchiha "Vent de sable, le sahara des essais nucléaires" est visible en totalité sur le blog de Karim Sarroub :

    http://karimsarroub.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/02/15/vent-de-sable-de-larbi-benchiha-1ere-partie-58-mn.html

    • J’ai vu le Film de LARBI BENCHIHA.

      Heureusement qu’il y a, sur cette terre, des gens comme LARBI .
      Il est de ces hommes qui vous ouvrent les yeux afin de faire découvrir,
      ce que les gouvernements, volontairement, cachent.
      Ce que le monde entier, dissimule sous ce grand manteau "INDIFFERENCE".
      Alors il essaie, LARBI, de soulever cet infâme tissu.
      Il utilise son objectif, et surtout son objectivité , afin de nous amener à mieux comprendre et réfléchir.
      A travers ses films, on ressent l’amour fraternel qui l’anime.
      Il ne prend pas parti.Il amène à se poser des questions.
      Ne pas prendre parti, en essayant de montrer, et du mieux que possible.
      En fait, cette démarche nous amène, paradoxalement, à prendre parti.
      Du moins, à chercher qui, quoi, le pourquoi et le comment.
      A prendre "le parti pour" se dire : il faut faire quelque chose , trouver une solution.
      On prend par la suite "le parti" de défendre une Cause.
      Celle qui nous semble être la plus juste.
      Celle qui s’approche des mots justice, humanisme, Vérité.
      Ce travail ,informer en montrant des évènements , des êtres réels,
      Mon Cher LARBI tu le fais bien.
      "Ton métier" , tu le connais, et je t’en remercie.

      Ton VENT DE SABLE , LARBI, contribuera à sortir cette vérité, cachée "Sous les Sables du Mensonge".

      Gérard JOYON.
      Animateur du forum des Cobayes de la République.

  • Merci pour le mépris que vous affichez pour cette manifestation. Nous avons beaucoup travaillé pour l’organiser, et c’est nous qui avons sollicité les réalisateurs, pour qu’ils viennent participer à des débats, et nous aident à faire connaître les films de qualité qui sont réalisés au Maghreb. Bien sûr, nous sommes une association, des bénévoles, et nous n’avons pas les moyens de Berlin, de Cannes ou d’ailleurs. Nous ne sommes pas non plus des obsédés de la compétition, de la concurrence, des médailles et des récompenses. Que Mme Soltane nous le pardonne. Notre objectif, c’est de faire connaître un cinéma que nous aimons, de faire découvrir des réalisateurs et des acteurs de talent, de pouvoir discuter avec eux de leur projet. Nous ne sommes pas là pour refaire le monde, mais, très modestement et humblement, pour échanger, reconnaître, faire découvrir. Il n’y a pas que la dénonciation et la revendication qui fassent le bonheur. Quant à la médiatisation, elle a été faite dans la presse française, sur les sites Internet généralistes de cinéma, sur le site de la Ville de Paris et d’un certain nombre d’associations parisiennes et de banlieue, et bien entendu aussi sur des sites liés au Maghreb. Nous les remercions d’ailleurs de leur coopération constructive.Une bonne partie de la manifestation avait lieu à Paris, et nous sommes heureux et fiers d’avoir travaillé avec une salle à Paris et 3 salles en banlieue.
    Cordialement et ciao -
    Daniel, - pour l’équipe de préparation du Maghreb des Films