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Les lendemains incertains des documentaristes de création

jeudi 15 janvier 2004

Une rencontre à la Femis après la réforme de l’indemnisation du chômage des intermittents.

L’affluence dans la salle Jean-Renoir de la Femis, l’Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son à Paris, en disait long sur l’inquiétude des professionnels du documentaire indépendant. Jeudi soir, 8 janvier, le "groupe du 24 juillet", un collectif de producteurs, réalisateurs, techniciens, exploitants de cinéma, créé l’été dernier au lendemain de la signature du protocole réformant le système d’assurance-chômage des intermittents du spectacle, rendait compte de ses travaux menés à Lussas, en août 2003, lors des états généraux du documentaire (Le Monde du 27 août 2003).

Quel est l’état des lieux ? "Il n’y a jamais eu autant de documentaires produits et aidés par le compte de soutien : 2 748 heures en 2002. Le volume a presque doublé en cinq ans", lit-on dans le document de travail du collectif. Toutefois, cette croissance est due, selon lui, à la part grandissante des chaînes thématiques et des télévisions locales, le volume initié par France 2 et France 3 ayant "régressé". Surtout, alors que seuls les "documentaires de création" sont éligibles au compte de soutien des industries de programme (Cosip), et non les reportages et les magazines, le réalisateur Patrice Chagnard a pointé "la dérive du CNC - Centre national du cinéma - qui attribue le Cosip à des œuvres de flux", et souligné que le documentaire de création ne représente que "20 % du volume d’heures aidées". Tour à tour, les intervenants ont formulé des propositions pour lutter contre le "formatage"du documentaire de création par les chaînes de télévision, et la "remise en question"de la notion d’œuvre.

Le nerf de la guerre est le financement du film. Le temps du développement aussi, c’est-à-dire les recherches de terrain, le travail de réflexion en amont. Le producteur Jacques Bidou, qui doit rendre un rapport sur les aides au développement au CNC, mi-mars, a plaidé en faveur d’un mécanisme permettant de financer l’écriture d’un documentaire, avant toute connexion avec un producteur. Le but étant de garantir l’indépendance de l’auteur. A cet égard, l’auteur Marie-Pierre Muller a souligné que, jusqu’à présent, les indemnités des Assedic jouaient ce rôle de "coproducteur" pendant la phase de développement, en assurant aux intermittents une "substitution de salaire".

"PRIME À LA QUALITÉ"

Le groupe du 24 juillet estime, par ailleurs, qu’il faut "repenser le Cosip"en élargissant son assiette de perception à l’ensemble des ressources des chaînes, et en excluant du compte de soutien "les programmes de flux, de télé-réalité, les magazines fussent-ils culturels ou les reportages rebaptisés documentaires de création. Si ces programmes ont leur place dans les grilles des diffuseurs, c’est à eux seuls qu’il convient d’en assurer le financement". Autre proposition, l’instauration d’une "prime à la qualité" après réalisation du film "sur la base de critères objectifs" (sélection à des festivals, prix remportés...).

Le documentariste Jean-Pierre Thorn a lancé l’idée d’un fond d’aide à la création indépendant des diffuseurs et reproduisant les mécanismes du fond de soutien au cinéma : "Ceux-ci obligent l’ensemble des films diffusés en salles, y compris les productions américaines, à cotiser pour la création française. Pourquoi ne pas demander la même chose à TF1 ?", s’est interrogé le cinéaste.

Dernières pistes, l’aide à la diffusion de documentaires tournés en vidéo, et l’équipement des salles en vidéoprojecteurs. La réalisatrice Ariane Doublet a raconté comment elle avait réussi à financer son film, Les Sucriers de Colleville, projeté à Cannes (Le Monde du 24 mai 2003) et qui sera distribué en salle en support vidéo.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-348583,0.html

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