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MADE IN GERMANY : A Berlin la mémoire des 600.000 Italiens internés

mardi 27 janvier 2004 - Contacter l'auteur



Le 27 janvier, anniversaire de la libération d’Auschwitz, est célébrée en Allemagne
(et depuis quelques années également en Italie) la "Journée du souvenir pour
les victimes du national-socialisme". Juste avant cette date est en train de
circuler à Berlin un tract insolite : "Nous voulons rappeler un groupe de victimes
oubliées, les Internés militaires italiens (Imi) : environ 600.000 personnes déportées
en Allemagne après septembre 1943. Le gouvernement fédéral nie aux survivants
toute indemnisation. Nous voulons informer sur leur sort et soutenir les recours
qu’ils ont présentés aux tribunaux allemands.

Le texte est signé par une vingtaine d’associations (pacifistes, pour les droits
humains, antifascistes, de recherche historique, d’ex déportés et d’ex persécutés
par le nazisme) qui ont organisé pour aujourd’hui un débat public sur l’argument,
avec la participation de maître Joachim Lau, qui s’occupe de la bataille judiciaire
des Imi. C’est une belle chose qu’il y ait un bout de société allemande pour
rompre le silence sur l’exclusion des militaires italiens du programme d’indemnisations
pour le travail forcé. Le gouvernement et les associations patronales allemandes
se virent contraints à le mettre en route en août 2000, pour conjurer les procès
collectifs qui les menaçaient aux Etats-Unis, dans le désintéressement le plus
total de l’Italie.

Les gouvernements d’Alema et Amato ne demandèrent même pas une place à la table
des négociations internationales qui précédèrent la mise en vigueur d’une loi
sur les indemnisations, seul moyen pour garantir un plafond pour "nos" déportés.
Il était malvenu de faire des difficultés au beau milieu des négociations pour
l’entrée dans le club de l’euro. Berlusconi ne souffla pas mot lui non plus quand
en 2001 le ministère des finances allemand imagina une combine pour exclure les
Imi.

Hitler leur avait nié à tort - soutint le ministère - le statut de prisonniers
de guerre, pour les exclure des garanties prévues par les conventions internationales
et les soumettre à un traitement férocement punitif. Et à tort ils furent ensuite - à partir
du 4 septembre 1944 - mis à disposition des entreprises en tant que "travailleurs
civils". La République fédérale ne peut que les reclasser a posteriori comme
ce qu’il furent : des "prisonniers de guerre", tenus en tant que tels à travailler
(sauf les officiers) dans certaines limites. Le fait que ces limites ne furent
pas respectés serait un des nombreux chapîtres des "dommages de guerre", remis
de facto à l’Allemagne par les accords qui en accompagnèrent la réunification.
Jusqu’ici dans notre pays n’ont été accueillies que 2.354 demandes d’indemnisation,
celles des survivants aux camps de concentration et d’extermination, sur un total
de 129.986. Quelqu’un de l’ambassade d’Italie à Berlin essaya de protester. De
Rome on lui fit comprendre que cela ne convenait pas : "le dossier est classé".

Donc de d’Alema à Berlusconi en passant par Amato la politique italienne a évité une
négociation avec l’Allemagne sur les indemnisations, avec une indifférence "bipartisan".
De la mauvaise conscience pour cet échec commun, un petit monstre "bipartisan" lui
aussi est en train de naître à la Chambre des députés : le projet de loi n.2240
qui prévoit l’inscription dans un "tableau d’honneur" des Italiens déportés,
ainsi qu’une "indemnisation symbolique" de 1000 euros pour ceux qui ont été contraints
au travail forcé "pourvu qu’ils n’aient pas reçu d’autres sommes ou indemnisations
pour des raisons analogues".

En somme à condition qu’ils arrêtent de se battre pour obtenir une reconnaissance
sacro-sainte de la part de l’Allemagne. C’est une façon d’y mettre une pierre
dessus, en laissant à eux-mêmes les 19.932 qui ont fait recours à l’Iom (Organisation
internationale pour les migrations, qui s’occupe des dossiers en Italie). Et
les 4.200 - d’autres suivront dans les semaines prochaines - qui, à l’initiative
de l’Anrpi (Association nationale des rescapés à l’emprisonnement, à l’internement
et à la guerre de libération) se sont adressés au tribunal administratif de Berlin.
Ceux-ci bénéficient, par contre, au moins de la solidarité des amis allemands
dont nous parlions au début.

Publié par "Il Manifesto" du 25 janvier 2004

Traduit de l’italien par MC et G.R.

Guido Ambrosino

26.01.2004
Collectif Bellaciao

Mots clés : Dazibao / Europe / Guerres-Conflits / Histoire / Italie /
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