Archives : IT | EN | ES

Les articles depuis 2022

PETAIN LE RETOUR

mardi 26 janvier 2010 - Contacter l'auteur - 18 coms

PETAIN, LE RETOUR : UNE FARCE ?

Le texte qui suit ne vise pas à faire le malin et à ramener ma science sur un sujet aussi bas. Il tente plutôt de lutter contre la torpeur et l’abattement ressenti par l’auteur à l’issue de ces heures cauchemardesques de « débat télévisé » de ce triste 25 janvier 2010, et éventuellement, à aider ses semblables à effectuer le même travail .

La prestation télévisée de N. Sarkozy hier soir montre très nettement quel type de stratégie anime l’équipe du président : ni plus ni moins qu’un retour au pétainisme culturel version maurrassienne, assaisonné de techniques de communication visant à installer brutalement une hégémonie sémantique, (ce que les néo-Maurrassiens ont tiré d’une lecture appauvrie de Gramsci) plutôt que de convaincre.
Ainsi « le peuple » est représenté par des professions (ou des corporations comme dirait Maurras). Chacun n’est là que pour parler de « ses » problèmes. La synthèse et la compréhension politique à un niveau général est le monopole du monarque, arbitre impartial et maître-expert à la fois (c’est nous l’exception c’est lui la Règle) qui appelle les gens par leur prénom pour bien marquer que leur identité se construit uniquement dans un cadre étriqué qui est celui de leurs conditions matériellles d’existence. « A chacun son du » comme l’affichaient les nazis dans leurs camps. C’est aussi l’occasion de présenter les acteurs sociaux comme une assemblée d’organismes dotés d’instincts et d’intérêts contraires, en concurrence les uns avec les autres. Une guerre silencieuse était supposée de dérouler sur le plateau entre les professions, permettant à Sarkozy de se poser en pacificateur : « n’est-ce pas un message formidable pour les jeunes de banlieue de vous voir discuter vous et moi au-delà de notre couleur de peau », assène-t-il à « l’habitant de cité », comme si, entre les raids policiers, les reconduites brutales à la frontière, et l’identité nationale, il n’était pas le premier fabriquant de violence de France.

Or, l’exercice démocratique de la politique, en France depuis 1789, exige au contraire de chaque citoyen qu’il fasse un travail de mise en commun, et qu’il se représente les enjeux politiques au delà de ses soucis personnels. Pour fabriquer du lien social et donc du consensus, la politique a besoin de cette projection, de cet élan venu d’Eros, « être là pour l’amour des autres ». C’est la garantie de l’existence d’un espace public de débats dans des conditions pacifiques. C’est ce que Sarkozy fait voler en éclats de façon bien imprudente, pour tenter de sauver la peau de son équipe aux régionales (ici, contrairement aux années Trente, les objectifs ne sont pas idéologiques, le libéralisme mondialiste étant mort avec la crise fiancière, mais visent à conserver le pouvoir et l’argent au jour le jour) en éteignant la lumière du débat collectif sur la maison France.

En second lieu, le « débat » n’était pas fait pour convaincre, mais pour assommer. Visiblement, mais le dispositif scénique visait à le dissimuler, Sarkozy a appris des séries de chiffres voire des phrases entières par cœur. Par moments, sa gestuelle traduisait qu’il savait assez son texte pour libérer son esprit et se concentrer sur ses mouvements, qu’il pouvait penser aux détails de mise en scène et non au fond. Face à cette avalanche, appuyée par des poings fermés et des doigts raidis par l’assurance, les interlocuteurs ne pouvaient répliquer, à moins de disposer des chiffres réels (Sarkozy mentait comme il respirait, chacune de ses affirmations fut pratiquement un mensonge énorme) capables de démentir le maître du jeu. N’ayant pas eu la présence d’esprit de le faire, ils en étaient cloués sur leur chaise, otages impuissants condamnés à assister à leur propre dégradation publique du statut de personne à celui de chose. On pense à Goebbels « mentez effrontément il en restera toujours quelque chose ».

Enfin, Sarkozy fut bien secondé par Pernault. Celui-ci put se payer le luxe de quelques impertinences très mesurées, sur le mode « il y a des problèmes quand même, ne le niez pas ! », tandis que son absence de rectification et les tableaux de chiffres tout aussi contestables qui s’affichaient en arrière-plan sur fond bleu UMP, validaient de fait les mensonges présidentiels. Pour ne citer qu’un exemple, Sarkozy est parvenu à mentir plusieurs fois dans la même phrase au sujet des 35 heures sans être contesté par monsieur Loyal : il a prétendu que les 35 heures n’avaient pas créé des emplois (c’est faux !) qu’ils en avaient même supprimés (archi faux) , que tous les pays du monde rallongeaient le temps de travail face à la crise (archi, archi faux, à commencer par l’Allemagne qu’il ne cessait de citer en exemple), et enfin que c’est en augmentant les heures supplémentaires qu’on créait des emplois partout dans le monde (pas un pays ne fait ça, et même en France, il n’y a pas de demandes d’heures supp par les entreprises, ce dont l’Omni fait mine de s’étonner : « je vais me rapprocher de votre patron pour lui demander pourquoi il vous refuse des heures supp »).

Bref, on sort de là comme sans doute en sont sortis les participants : tendus et démoralisés, démoralisés et scandalisés, scandalisés et humiliés. C’est sans doute le but : n’oublions pas que les différents fascismes ont commencé par une affirmation assénée sans vergogne : se prétendre omniscients, évidents et populaires, et qu’ils ont quand même beaucoup ramé ensuite pour convaincre des masses significatives qu’ils détenaient bien ces prétendues qualités. C’est souvent même après l’installation de la dictature, après avoir émietté les opposants, que le caractère de masse est devenu réel car obligatoire. Voilà, pour l’instant, on nous émiette. Certes, on n’est pas au niveau des grands dictateurs, ( ce néo-pétainisme est grotesque et n’a même pas la moitié des forces qui portaient le vieux maréchal et qui étaient déjà limitées), mais il est porteur d’une thanatisation dangereuse du corps social, qui pourrait bien favoriser toutes sortes de forme de brutalisations politiques, plus ou moins désagréables.

L.S.
docteur en histoire,
professeur d’histoire-géographie

Mots clés : Gouvernements /

Portfolio

Messages

  • Justement analysé.
    Joli piège que cette émission regardée par 8,6 millions de télespectateurs ...

  • Je parle souvent de néo-pétainisme et je me fais régulièrement dire que j’exagère.

    Pourtant, votre anlyse confirme ce que disait Fitterman avant son gâtisme social-démocrate : le facisme, tout le monde se rappelle comment ça a fini, mais on a oublié comment ça commence.

    Et avant les gesticulations du Tsar Kozy, il y a eu l’imprégnation par le langage :

    Les tenants du darwinisme social ne se baladent plus en uniforme brun en gueulant "Mort aux bouches inutiles !". Non. Ils sont en costume chic et donnent dans le mot d’esprit : "Que voulez-vous, ma bonne dame, la santé, ça n’a pas de prix, mais ça a un coût".

    Et le bon peuple se fait avoir. Il croit que ses dépenses sociales sont un "coût", inutile et dangereux, à faire baisser à tout prix, il croit que son salaire indirect sont des "charges", elles aussi toujours trop lourdes, et il est prêt à croire que l’expultion de quelques étrangers suffira à résoudre ses problèmes.

    Entre nous, je crains que L’omniprésident n’ait pas raté son coup hier, contrairement à ce que j’entends et lis deci delà. la démagogie, ça marche !

  • << Bref, on sort de là comme sans doute en sont sortis les participants : tendus et démoralisés, démoralisés et scandalisés, scandalisés et humiliés. C’est sans doute le but >>

    Tu ne pensais pas que le discours de Dakar allait s’arrêter à nos frontières, tel le nuage de Tchernobyl ?

  • Pourquoi cette signature qui veut nous imposer votre titre et vos diplömes ?

    Il ne manque que vos décorations !

    On se croirait dans le courrier des lecteurs du figaro.

    • Pourquoi ce mépris pour ceux ayant fait des études ? Un complexe ajouté à un anonymat de bon aloi ?

      Un bac -2 qui signe

      Carland

    • j’ai l’habitude de "dire d’où je parle" et j’évite également d’écrire publiquement ce que je pense si ça ne présente que l’intérêt de divulguer mon petit point de vue en faisant perdre leur temps à mes lecteurs éventuels. Donc, ici, j’interviens, (je ne l’ai jamais fait sur ce site) car, en tant que professionnel, j’ai un peu bossé la question du maurrassisme dans une thèse de doctorat qui m’a pris quand même 9 ans à me coltiner les écrits de ces peu amènes personnes, et je suis sûr de mes infos. J’aurais pu signer "historien" mais Faurisson et les autres négationnistes falsificateurs se prétendent aussi "historiens", alors que leurs thèses n’ont reçu aucune validation scientifique. Pour moi, docteur signifie "qui a accepté de faire subir à ces travaux un examen épistémologique " et pas un titre de noblesse comme vous semblez le croire. Quant au Figaro, on n’y célèbre pas les docteurs mais les banquiers, nuance...
      Révisez donc vos convictions égalitaristes auprès de meilleures sources que celles qui rêvent d’une revanche des "petits" et des "sans grade". c’est mon conseil de "docteur" et d’être humain. Je sens que vous allez trouver ça condescendant mais il ne fallait pas me chercher des poux dans la tête
      Bien à vous
      LS

    • Révisez donc vos convictions égalitaristes auprès de meilleures sources que celles qui rêvent d’une revanche des "petits" et des "sans grade".

      we bof tu réponde avec un phrase un peux "méprisent" vis a vis du concept des "convictions égalitaristes", des "petits" et des "sans grade"... c’est quoi le problème ? C’est réellement pour comprend que je pose la question rient d’agressivité dans mes propos et/ou allusion que tu peux être tenter de trouver...

      RF

    • je veux dire que je suis aussi égalitariste, que je pense aussi qu’il n’est nul besoin de légitimité universitaire pour être intelligent et pertinent, et qu’il existe même des tas d’universitaires, comme dans toutes les professions, qui ne sont ni l’un ni l’autre. (encore une fois j’ai signé "docteur" par souci de clarté et non de vantardise). néanmoins,l’égalité c’est un peu plus compliqué que le revanchisme social. si ma mémoire est bonne c’est...Le PEN qui invoqua un jour "les petits et les sans grade" dans une de ses tirades démagogiques. En arrière plan,le débat sur le bilan du stalinisme, qui promut effectivement des gens de condition modestes mais sur un mode bien éloigné des rêves égalitaires de Marx, pour qui le communisme c’était : "que le libre développement de chacun soit la condition du libre développement de tous" et non l’inverse. Une vraie rupture avec le stalinisme ne me semble toujours pas avoir été opérée par toute une frange de l’extrême et de l’ultra gauche française, mais, ça nous éloigne pas mal de sarkozy.
      amicalement
      LS

    • ca y est il commence à se découvrir...

      encore un p’tit effort camarades :)

    • Une vraie rupture avec le stalinisme ne me semble toujours pas avoir été opérée par toute une frange de l’extrême et de l’ultra gauche française

      Tu veux dire quoi par cet "déclaration" ? De quel "frange de l’extrême et de l’ultra gauche française" tu parle ?

      Et quel "rupture avec le stalinisme" tu souhait ?

      Sincèrement c’est pour comprendre... Je ne veux pas pense que se que tu dit en réalité nous approche a Sarkozy... Je attend ta réponse...

      RF

    • néanmoins,l’égalité c’est un peu plus compliqué que le revanchisme social.

      j’adore cette phrase...continue, ça me plait (personnellement je ne suis pas égalitariste, je suis communiste - toi qui sembles à cheval sur la sémantique tu vois bien la "nuance" j’imagine ?)

      si ma mémoire est bonne c’est...Le PEN qui invoqua un jour "les petits et les sans grade" dans une de ses tirades démagogiques.

      on voit que monsieur a des lettres...et une sacrée mémoire....mais tu as oublié les "obscurs". Toi qui as l’air bien calé en JMLP, dis, tu crois qu’il parlait des Noirs, Jean Marie, dans cette référence ??

      En arrière plan,le débat sur le bilan du stalinisme, qui promut effectivement des gens de condition modestes mais sur un mode bien éloigné des rêves égalitaires de Marx,

      Tiens tu nous en remets une couche sur le "Marx égalitaire" ?

      pour qui le communisme c’était : "que le libre développement de chacun soit la condition du libre développement de tous" et non l’inverse.

      Écoute, soit tu ne connais pas Marx et ce n’est pas grave, des tas de gens très bien l’ignorent. Soit tu le connais parfaitement et tu prends les lecteurs de ce forum pour des imbéciles...

      ce que tu cites de Marx est tronqué et utilisé hors contexte. Pour donner un formidable contre sens. Marx ne parle pas du "communisme" ainsi mais de l’ASSOCIATION POLITIQUE volontaire supposée remplacer l’Etat.

      pas tout à fait pareil. non ? (ou alors tu veux que je te décrypte ta phrase ?)

      Une vraie rupture avec le stalinisme ne me semble toujours pas avoir été opérée par toute une frange de l’extrême et de l’ultra gauche française, mais, ça nous éloigne pas mal de sarkozy. amicalement LS

      mêmes questions que le jeune homme plus haut :

      - tu penses à qui par "extrême gauche " et "ultra gauche" ?

      - c’est quoi pour toi une "vraie rupture avec le stalinisme" ?

      moi aussi c’est pour comprendre que je te pose toutes ces questions...

      ASTARTEE

      Ps : Ton directeur de thèse c’était ? Ah oui, Jean François SIRINELLI, SIRINELLI, l’éminent spécialiste des "droites en France", professeur à Sciences Pipo, le même que celui qui est intervenu le 11 décembre dernier dans le cadre du débat "bessonien" aux côtés du préfet sur le thème "identité nationale et République" à l’université de Nantes ? Chic type....à l’anticommunisme avéré et notoire...Comment s’appelle son collègue avec qui il a écrit ce bouquin sur l’Huma ??? Ah oui ! Claude PENNETIER...pas un franc copain des camarades lui non plus hein ?Mais enfin bon, on ne va pas juger les "sachant" sur la base de leur anticommunisme...hein ? ce serait tellement sectaire et faire preuve de ...comment tu as dit, déjà ? ah oui "revanchisme social" !

    • Pas de réponse.... bizarre... ca deviens louche cet "histoire" ;-)

      RF

    • pour faire court:tu relis les commentaires à ce texte à partir des premières interventions polémiques et, miracle : on dirait l’interrogatoire d’un intellectuel trotkyste par le NKVD. (voir Victor Serge, dont le témoignage est capital pour comprendre ce qui se passait de l’intérieur). Y compris le raisonnement tordu des zélotes, persuadés de détenir la "pureté révolutionnaire". dialogue imaginaire :
      "-"mais je ne suis pas un traître, j’ai quand même écrit un texte contre le tzar(kozy).
      - justement : il s’agit d’une critique "réactionnaire" de sarkozy qui distille sournoisement la haine du prolétariat et une mise en cause du caractère moral du prolétariat révolutionnaire de Russie !
      - mais la révolution n’avait pas encore eu lieu à l’époque..
      - "c’est donc ton frère !"
      Voilà un exemple de rupture que je souhaite. Voilà, j’ai répondu par correction parce que tu as signé de ton nom. maintenant, si tu veux bien, passons à autre chose. Tiens par exemple Howard Zinn qui vient de mourir. Sacré grand historien, que j’ai lu avec jubilation et qui tranchait dans ce milieu de carriéristes peu courageux.
      LS

    • Je prend note que toi un fois que tu lance des anathèmes tu refuse de le arguente et ça c’est pas claire et forsement incite a la vigilance comme Victor Serge a bien écrit dans son livre...

      Rf

  • Un nostalgique du Maréchal qui vient défendre sa mémoire su BC ni vu ni commun ?

    Soria, t’es pas dans le fichier central des thèses. T’as soutenu où et quand "Mossieur le docteur" ?

Derniers articles sur Bellaciao :