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"POUVOIR" d’achat ?

dimanche 16 décembre 2007

de Jean-Yves DENIS

Ce court article (juré !) n’est qu’une timide tentative pour essayer de mettre certaines choses au point en ce qui concerne le vocabulaire pertinent à employer concernant le fameux "pouvoir d’achat".

Premièrement, je suis le dernier venu pour me targuer d’être "un pur de gauche", donc vous avez le droit aux sarcasmes dans vos commentaires.

Mais simplement, en ce qui concerne l’expression "Pouvoir d’achat", je pense qu’il s’agit d’un poison sémantique.

Et je pense que l’article sur ce sujet de "La Louve", non seulement n’était pas mal venu, mais en plus me parait trop modéré.

Au plus, concernant la possibilité d’un salarié de vivre correctement (sans avoir a regarder dès le 10 du mois son relevé de compte avec inquiétude), on devrait parler de "Possibilité de Consommer".

Les salariés d’achètent pas, il consomment.

Car ceux qui achètent, il revendent.

C’est une distinction très importante, et le fait de confondre ces deux actions très différentes , c’est à dire consommer OU faire du commerce, c’est déjà rendre service à ceux qui nous bourrent le crâne tous les soirs à partir de 19h00 sur les grand réseaux de propagande capitaliste que sont devenus les médias "dominants".

Donc, le pouvoir d’achat est important pour un producteur ou un commerçant, qui en fonction de ce pouvoir, pourra prospérer ou non dans ces affaires.

Il ne s’agit pas d’ailleurs d’une mauvaise chose, il est important que des producteurs et des commerçants puissent garantir leurs droits d’acheter et vendre pour garantir leur activité et donc leur liberté.

Mais concernant un salarié, le "pouvoir d’achat" est une expression vide de sens.
Ou bien alors, effectivement, parlons aussi de pouvoir de respirer, de pouvoir de bouger, de pouvoir de vivre.

De plus, sa possibilité de consommer est restreinte de plusieurs manières.

1 - D’une part ce qu’ "ON" veut bien lui proposer comme marchandise.
Pour le "ON", voir les pages de pubs sur TF1 de 19H30 à 20H45.

2 - D’autre part le niveau de son salaire.

3 - Et enfin, les différents règlements contraignants qui vont le diriger de force vers telle ou telle type de consommation.

Quelques exemples parmi des milliers pour illustrer cette idée :

Quel est notre pouvoir d’acheter de l’énergie ?

1 - En France, a part le nucléaire et le pétrole, il n’y a pas grand chose d’autre.

2 - Inutile de parler des salaires, je ferai juste une petite allusion à Monsieur Ford à la fin.

3 - Bon courage si vous voulez vous chauffer autrement qu’à l’atome , au gaz ou au fuel.
Toutes les solutions qui ne nécessitent pas l’achat régulier d’un combustible sont reléguées dans la case "utopie". Cela arrange bien des actionnaires.

Quel est notre pouvoir d’acheter des véhicules ?

1- Pour la bagnole, je n’ai pas l’impression que la France soit trop différente du Texas pour le lien au pétrole.
(TOTAL travaille ailleurs qu’en France, mais sinon c’est la seule différence)

2- Je vous ai déjà dit que je parlerai de Ford à la fin

3- Vous avez entendu parlé des brevets d’ingénieurs qui n’ont jamais été exploité ?
Vous saviez que le premier moteur Diesel ne fonctionnait pas au pétrole mais à l’alcool ?
Vous ne pensez pas que c’est stupide d’être à l’arrêt dans les périphérique à enrichir les pétroliers ?

Quel est notre pouvoir d’acheter de la bouffe ?

1- Moi je vais à Carrefour, et vous ?

2- Ford aurait eu une idée pour les caissières.

3- Je n’ai même plus la force d’évoquer les OGM.

Maintenant le Fordisme, c’est ce concept génial qui a donner naissance à la notion de pouvoir d’achat.
Le pauvre, s’il est trop pauvre pour consommer, ne sert à rien à Monsieur Ford.

Il n’y a donc que deux solutions :

- Soit maintenir le pauvre dans sa bulle de pauvreté, et le contraindre à produire pour des plus riches, c’est toute la subtilité des délocalisations.

- Soit maintenir les salaires et les prix à un niveau juste suffisants pour que les salariés puissent acheter les produits qu’ils fabriquent, mais pas plus pour qu’ils ne pensent pas à autre chose (comme par exemple à prendre le pouvoir).

C’est ce qui a rendu Ford célèbre et respecté.

Le pouvoir d’achat de grandes structures financières est maintenant très important.
Des réseaux commerciaux immenses permettent d’être toujours sûr de pouvoir acheter, et donc de pouvoir vendre.
Cela a pour conséquence un grand pouvoir d’imposer des ventes, un peu partout dans le monde.

Le problème est l’équilibre que les capitalistes doivent conserver entre ce pouvoir et la possibilité de consommer des salariés, très inégalitaire selon les régions du monde.

L’idéal serait pour eux que la possibilité de consommer augmente massivement, sans pour cela que cela n’ait pas comme conséquence une augmentation de richesse des consommateurs, car sinon ils seraient tentés de concurrencer ce pouvoir d’acheter et donc de vendre.

Le cauchemar de Ford par exemple, c’est le type qui pense à construire lui même sa bagnole.

Ou bien l’ouvriere chinoise qui se demande d’un seul coup ou va atterrir la guirlande électrique de noel qu’elle a fabriqué et qu’elle ne pourra jamais s’offrir avec son salaire.

Chez moi probablement, c’est pas cher à Carrefour.

Messages

  • Et pour embeter les esprits frivoles et superficiels ( qui ne pensent qu’aux fringues et au sexe ) je préciserai qu’un objet fabrqué pour le besoin de son producteur est un PRODUIT, mais s’il est mis sur le MARCHE il devient une MARCHANDISE. Vieux stal borné.

  • Et il me revient qu’à sa création, le SMIC s’appelait SMIG, pour Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti. Il est devenu Salaire Minimum Interprofessionnel DE CROISSANCE. C’est la reconnaissance de ce que le salaire contribue à la croissance au lieu d’en etre un frein. Ca fait pas mal de temps que je me tue à expliquer ça aux patrons et aux salariés, mais personne ne m’écoute. Vieux stal borné.

    • "Pouvoir d’achat" - "revenus" - l’UMPS en a plein la bouche : en effet, dans la mesure où Instruction et Santé sont amenés à devenir privés et payants... il faudra pouvoir les acheter... sinon il n’y aura rien à vendre... et les actionnaires de la santé et des universités privées feront grise mine.

      Il y aurait donc :
      - ceux qui peuvent payer une partie des "services" de Santé et d’Instruction et feront plaisir aux actionnaires de ces "entreprises. Ceux qui vont "travailler plusss" pour gagner ...la possibilité de se soigner. Ceux qui "se tueront au travail".
      - les escalves flexibles et jetables qui ont à peine de quoi manger, et même pas dormir - encore moins se soigner. Ceux-là sont censé "produire" les "biens" que les premiers achèteront en se sentant supérieurs (on leur aura appris à considérer les seconds comme paresseux et incapables).

    • C’est bien ce qui faisait dire à Marx : lorsque le capital devient le mode de production dominant, il fanit par détermnier toutes les sphères de la vie et transforme tout en marchandise. Se peyer des vacances alors que les vacances devraient etre un droit. Vieux stal borné.

    • En complément de la remarque du VSB j’ajoute que la monnaie reçue comme salaire contrepartie de la force de travail vendue comme marchandise sert aussi à "acheter’ des biens non marchand et des services tarifés. Comme usager du service public vous usez de monnaie mais pas pour acquérir des biens marchands, des valeurs d’échange.

      Christian D

    • Autres définitions : l’usager est celui qui a des droits parce qu’il a des os avec de la viande autour, et le tout en état relatif de marche. Par exemple le bébé dans le ventre de la mère. Le client a des droits parce qu’il a de la thune. Vieux stal borné.

    • Au fait, il serait bien plus facile de faire " Marxists " sur Google. Vous avez une vingtaine d’auteurs marxistes, dont Marx lui-meme, bien sur, avec le fameux " Salaires, prix, profit ". Vieux stal borné.

  • Au-delà de l’aspect sémantique des choses bien que je partage ton analyse rapide, c’est l’enfermement du champ de revendication des salariés dans la revendication salariale qui me semble l’impasse dans laquelle s’est fourvoyé le mouvement ouvrier (au sens large) et qui est caractéristique de ce que je comprends comme réformisme.

    J’entends par là qu’en se limitant à réclamer une part plus grande du produit de son travail dans l’unique but d’augmenter sa capacité à consommer, le salariat borne son action politique dans un champ strictement délimité par le Capital qui lui interdit de remettre en cause l’organisation sociale imposée par ce dernier. Au coeur de laquelle figure la propriété privée des moyens de production lui permettant de s’approprier à titre privé les fruits du travail social.

    Dès lors l’offensive politique ne peut plus revenir entre les mains du salariat qui n’a comme horizon politique que d’essayer de contrer la baisse constant de la valeur de son travail inhérente à l’exploitation capitaliste (pour faire vite) et l’entreprise constante de destruction des conquêtes sociales arrachées au Capital à une époque où le salariat était à l’offensive car porteur d’une volonté politique de renversement de la domination du Capital.

    N’ayant en face de lui plus qu’une opposition parcellaire et (rendue) aveugle aux enjeux réels, le capital peut pousser plus loin la recomposition de la société et dont les délocalisations sont un exemple brutal : Par celles ci le capital passe d’une appropriation privée des fruits du travail social au vol pur et simple de l’ensemble du produit de celui-ci dont les profits ne sont qu’une partie, en enlevant physiquement les infrastructures industrielles aux populations qui les ont construites de leur travail. Ceci pour les transplanter dans des régions où la valeur du travail est plus base mais aussi où l’entreprise parachutée "ficelée" d’un ailleurs lointain ne peut apparaître comme une construction collective de ses salariés.

    Jean Roussie

  • (Waow - Ca doit être la première fois qu’on me dit que je suis "trop modérée" Jean Yves !! :))

    Bien lu ton article, tu as raison, je pense que sur le fond, je ne suis pas allée assez loin, mais nombreuses-x ici sont celles et ceux qui peuvent suppléer à mes carences -la preuve :)

    Merci de ce bon article - il faut poursuivre la réflexion sur le sujet cela me semble di’mportance

    bises
    La Louve

    • Merci de cet article lumineux et nécessaire
      mais nécessaire à tout instant
      et peut être hélas pas suffisant parce que
      si d’un coté on a ceux qui pensent et c’est indispensable c’ est le cas de le dire
      il nous faut absolument aujourd’hui maintenant remettre debout le militantisme
      et le prosélytisme ,convaincre ,convaincre ,expliquer toujours et sans cesse , démontrer ,
      pour que nos esprits de travaillleurs ne se censurent pas ,comme c’est de plus en plus le cas
      tout notre champ d’offensive salarial s’ est réduit très vite
      les syndicats sont critiqués sans cesse mais les critiqueurs ne sont pas aux portes des boites à distribuer les tracts et discuter
      ainsi comment les salariés vont ils avoir le ressort pour reprendre le terrain de la lutte
      A ce jour on est entré dans la lutte pour la survie avec un lumpen à crossance exponentielle
      et c’ est l’inéluctable si tout de suite on ne mobilise pas
      mais qui a soutenu Sud quand ils ne voulaient pas négocier les retraites
      à négocier plus d’âme à sauver
      Nous avons le devoir de lutter pour nos vies et notre émancipation de travailleurs

  • Je suis un peu dans les vappes aujourd’hui alors excusez ma question bête :

    Alors au final, on doit demander l’augmentation de quoi ? ;)

    G.B.