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Tapie : le Citoyen Lésé

lundi 3 octobre 2005 - Contacter l'auteur - 3 coms

de Bernard Lallement

Depuis plus de dix ans, Bernard Tapie criait au voleur ! Il accusait sa banque, le Crédit Lyonnais, de l’avoir floué dans la vente de la société Adidas au milliardaire suisse Robert-Louis Dreyfus. Pour Nanar, on lui aurait caché la réalité des plus-values réalisées (900 millions d’euros) occasionnant, ainsi, sa faillite personnelle.

Connaissant le bonhomme, chacun avait souri en mettant ses cris d’offrais sur les coups de gueule et l’outrance dont le personnage est coutumier. Mais le Crédit Lyonnais allait, lui-même, être pris dans une zone de turbulences : opérations financières douteuses et illégales, sociétés écrans, présentations de faux bilans. Le scandale était sur la place publique au point d’entraîner une quasi faillite de la banque nationalisée. Une structure juridique, le CDR, fut créée afin de réaliser ses actifs et d’apurer ses créances.

Nous avions, ainsi, appris que Tapie était conseillé dans ses affaires, depuis 1977, par une filiale du Lyonnais, la Société de Banque Occidentale. Son directeur général. Pierre Despessailles, était par ailleurs président de chambre du Tribunal de commerce de Paris. Le banquier occupait une position stratégique pour se tenir informé des règlements judiciaires en cours et des entreprises en difficultés dont le rachat était, justement, la spécialité de son client favori. Avec ce dernier, Pierre Despessailles a été inculpé de banqueroute et condamné, en outre, à une amende de un million de francs par la chambre de discipline budgétaire de la Cour des comptes.

« Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces » écrivit Sartre. Bernard Tapie avait fait de cette réplique des Mains sales sa religion. Force est de reconnaître qu’il eut une banque à la mesure de ses convictions : celle-ci n’hésita pas à lâcher son protégé, empêtré au demeurant dans d’autres turpitudes judiciaires, pour opérer à son propre compte et lui dissimuler la réalité des bénéfices engrangés dans la vente d’Adidas.

Curieux mélanges des genres

C’est ce que soutenait l’ancien ministre de la ville. La Cour d’appel de Paris a retenu cette version, dans son arrêt du 30 septembre, en condamnant le CDR (c’est-à-dire l’Etat) à lui verser 135 millions d’euros à titre de dommages et intérêts, tout en rappelant que la banque avait manqué à son devoir de loyauté envers son client et s’était affranchi de tout souci de déontologie.

Il n’en fallait pas plus pour que Bernard Tapie, fidèle à sa légende, entonne les clairons de l’outragé enfin vengé. L’homme n’a jamais eu le triomphe (ni la défaite) modeste.

Ainsi, dans un entretien paru dans Le Figaro, daté de ce jour, tire-t-il les conséquences de cette victoire inespérée : « Les trois activités essentielles de ma vie : les affaires, la politique et le sport m’étaient interdites. Aujourd’hui, elles ne le sont plus » tout en indiquant vouloir participer au débat politique et « être utile comme (il l’a) toujours été. » Tout un programme !

Ironie du sort, alors que Tapie s’éloigne, peu à peu, des arcanes de la justice son ancien challenger entre dans la tournente. Robert-Louis Dreyfus qui, outre la reprise d’Adidas, avait succédé à Bernard Tapie à la tête de l’OM est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour « abus de biens sociaux » dans la gestion du club marseillais de football.

Le ministre de l’Emploi, selon les déclarations faites au Figaro, aurait été l’un des premiers à féliciter l’ancien affairiste pour l’issue de son procès. Jean-Louis Borloo, qui est aussi avocat spécialiste des reprises d’entreprises, avait, pourtant, porté plainte contre Tapie pour tentative de corruption d’un joueur dans le match OM -Valenciennes. A l’époque un procureur de la République, qui allait faire parler de lui par la suite, y avait tenu la main : Eric de Montgolfier.

Bref, nous restons entre gens de bonne compagnie. Le principal n’est-il pas que pendant les affaires, les affaires continuent ?

Ce sont les contribuables qui, au final, règleront la note à laquelle j’ajoutera celle d’Exécutive Life et peut être les autres dommages intérêts que Bernard Tapie à l’intention de réclamer pour le « préjudice moral » qu’il a subi.

Pendant ce temps-là, le Crédit Lyonnais, histoire de se refaire une virginité, change son nom en LCL ... comme Le Citoyen Lésé sans doute.

Article paru dans le blog "SARTRE" de Bernard Lallement

- http://sartre.blogspirit.com

Mots clés : Bernard Lallement / Commerce-Indus.-Bourse / Dazibao / Justice-Droit /

Messages

  • La vraie question dans tout ça :

    Pourquoi est-ce qu’on remet Tapie en selle (de vélo, bien sûr) ? Et qui ?

    • C’est sans doute ça qu’on apelle la prime à le crapule sortante...

      Escroquez, escroquez, il en restera toujours quelque chose. Mais faites le en grand ! Qui vole un boeuf... est récompensé par la justice.

      Au fond cet homme s’est trompé de pays. En Italie, il serait premier ministre.

    • Le monde des affaires est dur.
      Tapie n’a jamais caché ses objectifs.
      Un de ses cabinets conseils était le cabinet de Me Jean Louis Borloo, aujourd’hui Ministre, quand Tapie a voulu créer Bernard Tapie Finance, Borloo été opposé, de ce fait, Tapie a quitté ce cabinet pour un autre.
      L’adieu, ce jour là : " un jour on se retrouvera".
      Pourquoi OM-Valencienne ? Une réponse piège ? sait-on jamais ?
      Dur, dur de jouer en haut du tableau...
      Tapie, par contre, a été grugé, même s’il ne s’est pas gêné dans sa carrière, c’est simplement cette fois, un juste retour des choses qui va coûter cher aux contribuables.

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