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Un premier pas vers la réglementarisation de la prostitution ?

vendredi 25 février 2011 - 10 coms

Le colloque « Handicap, affectivité, sexualité, dignité » organisé le 26 novembre dernier à la mairie de Paris, est une première initiative qui tente d’appuyer la demande de création de « services d’accompagnement sexuel pour les personnes handicapées ».

Cette initiative est d’autant plus inquiétante qu’elle semble pérenniser un « droit à la sexualité » auquel il faudrait donner une réponse marchande, qui s’apparente à la prostitution.

« L’accompagnement sexuel » existe en effet dans les pays réglementaristes où cet « emploi » est reconnu en tant que « prostitution spécialisée ».

Des femmes – en grande majorité – formées aux spécificités des personnes en situation de grande dépendance physique ou mentale, sont rémunérées pour leur offrir des expériences sexuelles, à domicile ou en institution.

Au Danemark, en Allemagne, en suisse et aux Pays-Bas, ce sont essentiellement des femmes qui pratiquent pour le moment l’accompagnement à la vie sexuelle, reproduisant ainsi le schéma traditionnel de la domination masculine. Pourtant, la Norvège, pays exemplaire en matière de politique sur le handicap, n’a pas créé ce type de service sexuel rémunéré, puisqu’il devrait voter prochainement une loi interdisant tout achat de service sexuel, comme c’est le cas en Suède depuis 1999.

Les défenseurs de cette mesure demandent une dérogation pénale pour ne pas risquer l’incrimination de proxénétisme, et proposent que le service soit rémunéré. Or nous savons très bien qu’une prestation minutée et payante, dont on peut imaginer qu’elle sera tenue à obligation de résultat, va forcément inciter les plus démunies et les plus vulnérables au plan social, économique ou psychologique, à se porter candidates.

En se projetant dans la banalisation de ses services sexuels, dans une société qui les légitimera au nom de la détresse, les infirmières et les aides à domiciles seront de plus en plus sollicitées pour accepter de faire ces attouchements. Les auxiliaires de vie souffrent souvent d’emplois difficiles, morcelés et mal payés, entre service domestique, service soignant, et maintenant service sexuel. Nous assisterons encore à l’extension de cet assujettissement majoritairement féminin au règne du néo-libéralisme. Sans parler du caractère flexible et précaire de ces prétendus emplois, les critères réels d’embauche, et l’application du droit du travail concernant les lois sur le harcèlement sexuel ou sur les discriminations.

Rappelons que l’un des acquis majeurs dans la lutte des femmes pour l’égalité et la dignité a été de ne plus être corvéables sexuellement dans le cadre de l’emploi.

Si nous pérennisons un « droit à l’accompagnement sexuel » pour les personnes gravement handicapées, cette revendication aura toute légitimité de s‘étendre aux « handicapés sociaux », à ceux qui souffrent de solitude, de vieillesse, de maladie, aux sortants de prison, aux grabataires sur leur lit d’hôpital qui revendiqueront tout autant le droit à une sexualité mise à mal par leur situation. La mise en place de cet emploi fournit en somme la vitrine rêvée pour l’industrie du sexe et les proxénètes qui ont tout intérêt à promouvoir la respectabilité d’une activité présentée sous les dehors généreux du « service à la personne ».

http://fatimabenomar.wordpress.com/2011/02/23/un-premier-pas-vers-la-reglementarisation-de-la-prostitution/

Messages

  • Cet article, sans doute une « réponse » à la diffusion de l’excellent film de Jean-Michel Carré – Sexe, amour & handicap – diffusé sur France 2 hier soir, tord scandaleusement le cou à la réflexion urgente et nécessaire qui doit être menée. Sans parler des illustrations choquantes qui sont totalement en décalage avec le sujet traité avec respect et sensibilité par le réalisateur. Les personnes qui ont apprécié le film seront troublées par la malhonnêteté de cette démonstration. L’auteure de l’article semble obsédée par la prostitution alors que la question n’est pas là. Nous avons vu et entendu les demandes multiples d’hommes et de femmes handicapées en attente d’aide sensuelle, affective et sexuelle. Nous avons vu et entendu les réponses multiples d’hommes et de femmes valides, souvent bénévoles, qui, après une longue formation pluridisciplinaire, inventent un métier indispensable. Les sentiments et les sexualités des personnes sont niés par la société, les institutions, les lois, les politiciens y compris de « gauche ». Au moment où des choses commencent à bouger grâce au militantisme d’associations de personnes handicapées, certaines, au nom d’un féminisme dogmatique vont mener une campagne réactionnaire et inhumaine. Je souhaite à toutes ces personnes de ne jamais connaître la plus haute des solitudes.

  • Pour avoir milité quelques années dans des associations progressistes éternellement confrontées à la question du consentement des femmes (en écrasante majorité) qui voudraient s’occuper sexuellement des handicapés, cet argumentaire est, je pense, le plus construit et le plus dépassionné possible.
    Il évite surtout de pêcher par naïveté quant aux facteurs culturels et sociaux qui rentrent en jeu pour briser le mythe de futures salariées qui accepteraient sans problèmes de sortir ce genre de pratiques du cadre bénévole pour le soumettre au marché du travail.
    De plus, l’article ne réagit pas au film de Carré mais au colloque dont elle parle d’abord.
    Sur une planète où 99% des richesses (ONU) est entre les mains des hommes, et où le FMI encourage noir sur blanc les pays en dette à réglementer la prostitution qui rapporte beaucoup d’argent, ce n’est pas si simple. Beaucoup de lobbys sont entrain d’essayer de faire tomber l’abolitionnisme de la France en matière de prostitution, et ce en utilisant tous les biais pour légiférer là-dessus, dont celui-ci. D’où le lien qui est fait avec la problématique de la prostitution.
    Comme le dit l’article, « L’accompagnement sexuel » existe dans les pays réglementaristes, et que cet emploi est reconnu là bas en tant que « prostitution spécialisée ». Dans notre pays, il n’y a pas de « droit à la sexualité » et on ne peut tolérer de réponse marchande à ces problématiques, puisque le cadre bénévole existe pour mettre un frein à la boite de pandore de l’exploitation.
    Effectivement, c’est en énorme majorité des femmes qui, au Danemark, en Allemagne, en suisse et aux Pays-Bas, pratiquent pour le moment l’accompagnement à la vie sexuelle, pour les raisons culturelles et économiques que l’on sait.
    Pourtant, la Norvège, pays exemplaire en matière de politique sur le handicap (et très féministe du coup), n’a pas créé ce type de service sexuel rémunéré.

  • La lutte contre la marchandisation du sexe n’est pas uniquement une question de féminisme. Toute la société a intérêt à ce que cet acte soit proscrit de l’espace marchand.

    En effet, il est possible que sous des airs d’humanisme, la pègre, à l’honneur avec le pouvoir actuel, pourrait y trouver son compte.

    Je retiens ce passage :

    "Dans notre pays, il n’y a pas de « droit à la sexualité » et on ne peut tolérer de réponse marchande à ces problématiques, puisque le cadre bénévole existe pour mettre un frein à la boite de pandore de l’exploitation."

    D’un autre coté, le bénévolat trouve ses limites dans la bonne volonté des gens. Quand il s’agit d’encadrer un match de foot ou un club d’échec, il y a du monde. Réconforter sexuellement sans amour, n’est pas trés attractif.

    Mais avant de vous lire plus loin, savez vous combien de personnes sont concernés par ce problème ?

    Quelles limites (médicales) sont mises par les associations qui pratiquent ?

    bon courage
    jdc

  • Ce n’est sans doute pas un hasard si cet article a été publié au lendemain de la diffusion du film de Jean-Michel Carré, Sexe, amour & handicap sur France 2... Voici un article pour rétablir le propos du film de Jean-Michel Carré qui n’a rien à voir avec les illustrations alarmistes de cet article. Nous sommes très loin de la prostitution, de l’esclavage et des "vitrines remplies de présences féminines" que chantaient Jean-Roger Caussimon et Léo Ferré.

    À lire sur Bellaciao

  • Une simple question : on ne parle que de femmes qui accepteraient de s’occuper sexuellement des handicapés .

    Est-il prévu dans ce texte que des hommes s’occupent sexuellement des femmes handicapéEs ?

    Ou alors la France reste-t-elle toujours le pays où les besoins sexuels de la femme sont tabous ?
    Texte profondément sexiste . France patriarcale arriérée, pays des droits de l’Homme, pas de la Femme !!!

  • « Or nous savons très bien qu’une prestation minutée et payante, dont on peut imaginer qu’elle sera tenue à obligation de résultat, va forcément inciter les plus démunies et les plus vulnérables au plan social, économique ou psychologique, à se porter candidates. »

    Oh là ! Alors qu’elles restent démunies, qu’elles crèvent de faim, c’est tellement mieux ! :-/

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