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Une grève contre « l’abattage » à l’ANPE

jeudi 15 juin 2006 - Contacter l'auteur

de Thomas Lemahieu

Chômage . Répondant à un appel unitaire, 25 % des agents de l’ANPE ont fait grève, hier, contre le « suivi mensuel personnalisé ».

Hier, à l’appel de quatre syndicats (SNU, CGT, FO et SUD), rejoints localement par d’autres (CFDT et CFTC), environ un quart des agents de l’ANPE ont cessé le travail dans tout le pays. À Paris, c’est à un enterrement symbolique du service public de l’emploi qu’ont participé, pendant une bonne partie de la journée, une centaine de grévistes, soutenus par des chômeurs et la CGT des organismes sociaux. Entre le Palais des congrès à la porte Maillot, où se tient sous bonne garde le « salon des PME », et le ministère de l’Emploi aux Invalides, ils ont trimballé un cercueil en carton-pâte.

Histoire de sonner l’alerte rouge : avec la loi dite « de cohésion sociale » et les décrets d’application publiés en août 2005, à travers la mise en oeuvre du « suivi mensuel personnalisé » les obligeant à convoquer chaque mois les chômeurs pour un entretien obligatoire, les agents du service public de l’emploi considèrent, comme le clament leurs autocollants, que le gouvernement les transforme petit à petit en agents du « contrôle social » et qu’il piétine les missions de l’ANPE en en faisant une « machine à radier ». « Auparavant, notre travail, c’était de trouver du boulot aux chômeurs et, parfois, de les aider à faire leur deuil de leur ancien emploi, glisse une conseillère en grève. Il y avait de l’humanité aussi : ce n’est pas si facile de vivre au chômage, quand même ! Maintenant, on doit faire du chiffre, c’est de l’abattage... »

Syndicaliste à la CGT ANPE, Micheline se félicite de n’avoir jamais radié personne : elle se débrouille et, en cas de besoin, elle avertit les chômeurs des dangers. Mais avec le rapprochement à marche forcée entre l’UNEDIC, l’ANPE et les multiples entreprises privées qui investissent un secteur lucratif pour elles, combien de temps cela peut-il durer ? « Avec le profilage des chômeurs, ce sont de plus en plus les ASSEDIC qui deviennent nos donneurs d’ordres, explique-t-elle. Les demandeurs d’emploi sont codifiés selon les critères dits d’employabilité. Et à l’ANPE, si l’on veut modifier ces critères dans le dossier du chômeur, on doit théoriquement demander la permission à l’ASSEDIC.

Vous vous rendez compte ? Le service public va demander ce qu’il doit faire au MEDEF qui tient les ASSEDIC ! Ben moi, c’est non : je considère que ça fait partie de mon boulot, de mes prérogatives... » À ses côtés, Roxane déplore, elle aussi, une « dérive totale dans les missions de l’ANPE » : « Au départ, il s’agit de faire se rencontrer deux profils, celui du chômeur et celui du poste à pourvoir, mais, maintenant, il y a des objectifs à atteindre, par exemple, pour les emplois aidés ou pour les postes avec exonérations de charges. Avec les 130 demandeurs d’emploi que, en moyenne, chaque agent doit théoriquement recevoir une fois par mois, on nous parle d’autonomie, d’ « être inventifs » dans notre travail : « Si vous n’êtes pas capables de faire le travail, c’est que vous ne vous organisez pas bien », nous rétorque-t-on quand on fait valoir que ces objectifs sont impossibles à atteindre. »

http://www.humanite.presse.fr/journal/2006-06-14/2006-06-14-831554

Mots clés : Emploi-chômage / Grêves / Syndicats / Thomas Lemahieu /
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