Ils ont pourtant tout fait !

19 mars 2026 Roberto Ferrario

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Ils avaient sorti l’argenterie, les couteaux, et même les fourchettes en plastique recyclé pour bien montrer qu’ils étaient de gauche. Ils avaient tout tenté. Absolument tout.

Les insultes d’abord, en batterie lourde. Les diffamations ensuite, en rafale bien huilée. Les petites phrases acides, les grandes envolées indignées, les éditos dégoulinants de vertu. Les menaces à peine voilées, les coups bas à peine dissimulés, les mensonges emballés dans du papier kraft “responsable”. Et puis, pour faire bonne mesure, les sondages traficotés façon cuisine moléculaire : une pincée de mauvaises questions, un zeste d’échantillon douteux, et hop, une réalité sur mesure.

Ils avaient même convoqué le grand cirque médiatique, avec ses chroniqueurs-perroquets et ses experts en indignation sélective. Tout y est passé. Tout.

Et pourtant…

Au soir du premier tour, c’est le mouvement honni, celui qu’on disait fini, pulvérisé, atomisé, celui de Jean-Luc Mélenchon, qui brille comme un phare dans la nuit. Insolent. Indécent, presque. Une lumière qui fait grincer les dents et qui réchauffe mon coeur.

Ils avaient pourtant tout fait !

Du côté du Parti socialiste, l’ambiance ressemble à une réunion de famille après un héritage raté. Ainsi, Glukmann, Hollande, Guedj et les autres droitards du PS ravalent leur salive. Ils s’étaient juré qu’ils allaient enfin se débarrasser de cet encombrant cousin insoumis. On avait même préparé les discours : “Nous incarnons la gauche responsable”, “Nous tournons la page”, “Nous reconstruisons”.

Et voilà qu’au moment de passer à table, il faut retourner à la cuisine… pour lécher les semelles de ceux qu’on voulait enterrer.

Car oui, sans LFI, pas d’élection. Sans LFI, pas de siège. Sans LFI, pas même un strapontin dans la salle des fêtes de la République.

Alors on ravale sa dignité, on ajuste sa cravate, et on chuchote : “On peut discuter ?” Le spectacle est délicieux. Cru, saignant, presque gastronomique.

Marseille, ou l’art de tirer sur l’ambulance… en étant dedans...

Et puis il y a Marseille. Ah, Marseille… cette ville où la politique est un sport de contact. Le maire sortant, dans un numéro d’équilibriste sans filet, s’est permis de cracher sur les électeurs de la France insoumise, avec une élégance toute méditerranéenne. Insultes, mépris, condescendance : le tiercé gagnant, mais avé l’accent !.

Sébastien Delogu, dans un geste que même ses adversaires devraient saluer, décide de se désister pour barrer la route au RN. Classe. Net. Sans tambour ni trompette. Un geste qui aurait pu rassembler.
Mais non. On préfère continuer à jouer au pyromane dans une maison déjà enfumée. Résultat : Marseille se retrouve au bord d’un précipice politique, avec en ligne de mire la possibilité très concrète d’un maire aux accents franchement… disons… fascisants.

Ils avaient tout fait, là aussi. Tout. Sauf l’essentiel.

Paris, ou comment offrir un cadeau avec un ruban tricolore

À Paris, c’est une autre symphonie. Plus feutrée, mais tout aussi dissonante. Refus de tendre la main. Refus de s’allier. Refus de comprendre l’époque. Et surtout, refus d’écouter.

Le résultat ? Une voie royale qui s’ouvre, tranquillement, pour une reconquête menée par Rachida Dati, sous le joug probable d’une décision de justice qui ne saurait tarder, façon marche impériale sur les pavés. Un boulevard, offert avec le sourire crispé de ceux qui, dans quelques semaines, expliqueront très sérieusement qu’ils “n’avaient pas le choix”.

(Parenthèse enchantée pour les trolls du RN)

Mention spéciale, tout de même, aux trolls du RN. Ceux qui, depuis des mois, m’annonçaient avec un aplomb confondant la disparition pure et simple de LFI lors de ces élections.

Certains, sous mes publications, hurlaient dans une orthographe plus que douteuse : "tu va pleuré sale islamogaochiste, pouriture d’antisémyte", C’est finni ! Terminait, rayé de la carte ! C’est nous con, n’ait lait plus faures ! ”. Pendant ce temps, leur propre parti perdait plus de trois millions de voix. Trois millions. Une petite hémorragie démocratique. Mais bon, chacun ses illusions. Certains regardent la réalité, d’autres préfèrent la fiction.

(Fin de la parenthèse, retour au réel.)

Moralité : quand tout rate, c’est peut-être que tout était raté.

Alors voilà. Ils avaient tout fait. Sauf écouter. Sauf rassembler. Sauf respecter. Et au bout du compte, ce qu’ils voulaient détruire s’impose. Ce qu’ils pensaient marginaliser devient central. Ce qu’ils croyaient affaiblir ressort renforcé. C’est presque une fable. Avec une morale simple, écrite en lettres bien visibles : à force de tirer sur le thermomètre, on finit par révéler la fièvre. Et là, pour le coup… elle monte.

Je vais finir ce billet en vous disant que, grâce à mes camarades insoumis orléanais, j’ai vécu une belle campagne, croisé beaucoup de gens qui ont compris pourquoi LFI est le seul rempart contre le fascisme et le seul défenseur de la démocratie.

Je les embrasse.

Marc Arnaud

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