Archives : IT | EN | ES

Les articles depuis 2022

Uranium : le volet nucléaire de la « Françafrique »

mercredi 28 janvier 2004 - Contacter l'auteur

Pour "nourir" en uranium nos merveilleuses centrales nucléaires, la lobby nucléaire
français commet des crimes en Afrique. Contre les populations locales, contre
l’environnement, contre la démocratie. Cela a commencé dès les années 60, et ça
continue encore actuellement.

La "Françafrique", il faut la dénoncer jusqu’au bout. Même quand cela concerne
les multinationales du nucléaire comme Areva-Cogéma et EDF (qui achète l’uranium à Areva
après enrichissement). Même (et surtout !) quand des membres du lobby nucléaire
tentent de se faire passer pour des composantes du mouvement altermondialiste.

Le rapport de la Criirad est saisissant. Ce que fait l’industrie nucléaire française
en Afrique est révoltant.

Le mouvement altermondialiste DOIT se prononcer et agir.

Stéphane Lhomme

COMMUNIQUE
CRIIRAD - Jeudi 18 décembre 2003

Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité 471
av. V. Hugo - 26000 Valence Compléments : www.criirad.org Renseignements : Bruno
Chareyron ou Corinne Castanier au 04 75 41 82 50

Mission au NIGER

Malgré l’opposition des filiales de la Cogéma, la CRIIRAD et SHERPA ont
mis le
pied au Niger et commencé les investigations autour des sites miniers.


La Cogéma, acteur principal de l’exploitation des mines d’uranium du NIGER. La
SOMAÏR (société des mines de l’Aïr) et la COMINAK, (compagnie minière d’Akouta)
exploitent - depuis respectivement 1971 et 1978 - des gisements d’uranium situés
dans le nord du NIGER, en bordure du Sahara (1) . Outre les mines, chacune de
ces sociétés exploite une usine d’extraction physico-chimique de l’uranium. La
production s’élève à 3 000 tonnes de concentré d’uranium par an, un apport essentiel
pour l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises. En ce qui concerne
l’impact de ces activités sur la population nigérienne, le site internet de la
Cogéma précise : " La présence de SOMAÏR [et de] COMINAK apporte non seulement
des emplois, mais aussi un support sanitaire et social aux populations locales
dans une région isolée et économiquement défavorisée. " L’appel à l’aide de citoyens
nigériens et les objectifs de la mission.

Il y a environ un an, la CRIIRAD - laboratoire indépendant spécialisé dans les
analyses de radioactivité - a été contacté par l’ONG nigérienne AGHIR IN’MAN
(2) afin d’évaluer l’impact radiologique des activités minières et son lien éventuel
avec la dégradation de la situation sanitaire des habitants des cités minières.
Parallèlement, l’ONG SHERPA (3) était sollicité par des citoyens nigériens inquiets
pour leur santé et démunis face à la puissance des sociétés minières. Le financement
ayant été réuni, une mission exploratoire a été programmée du 2 au 11 décembre
2003. Tout était en règle, les autorités nigériennes ayant notamment délivré les
visas et signé la feuille de route autorisant le déplacement jusqu’à la zone
minière d’Arlit via Agadès. La transparence façon Cogéma : pressions et confiscation
du matériel.

Quatre jours avant le départ, malgré la discrétion des démarches, les responsables
de Somaïr et Cominak étaient alertés et organisaient un " entretien " avec le
président d’AGHIR IN’MAN, Monsieur Almoustapha Alhacen. Ils s’efforçaient d’obtenir
le report de la mission, affirmant que cela aboutirait à la fermeture des mines
et suggérant que les associations pouvaient être impliquées dans les graves accusations
portées un an plus tôt contre le Niger (cf. accusations infondées de vente d’uranium à l’Irak).
Aussitôt informés de ces difficultés, SHERPA et la CRIIRAD décidaient de maintenir
la mission. Le 3 décembre, dès leur arrivée à l’aéroport de Niamey, les représentants
de la CRIIRAD (4) étaient fouillés -les seuls à l’être -, et leur matériel de
mesure confisqué. Pas moins de 4 explications différentes et peu convaincantes
seront données sur les motifs de la confiscation. L’équipement ne sera récupéré qu’au
moment du départ. La mission a été maintenue malgré ces difficultés qui nous
ont par ailleurs permis de mesurer le poids des sociétés minières.

Les premiers résultats

Un Etat dans l’Etat

Les activités de la Somaïr et de la Cominak échappent largement au contrôle de
l’Etat nigérien. Le ministère des Mines est sous-équipé et doit se contenter,
pour l’essentiel, de lire les rapports établis par les exploitants. Le Centre
National de Radioprotection, initialement créé afin de surveiller l’impact radiologique
et dosimétrique des activités minières a vu son champ d’intervention circonscrit
aux établissements hospitaliers. Le suivi des mineurs est effectué, pour le compte
des sociétés, par la société ALGADE (ex CRPM - centre de radioprotection des
mines - filiale 100% de la Cogéma).

Absence quasi totale de gestion des déchets

Les stériles (déchets d’extraction du minerai) constituent d’immenses verses
accessibles à tous, hommes comme animaux. Les résidus (déchets d’extraction de
l’élément uranium) qui se présentent sous forme de sable fin particulièrement
radiotoxique, constituent de véritables montagnes, les seules à animer le paysage.
Les sociétés minières n’ont même pas fait l’effort de creuser le sol pour y enfouir
les déchets et les protéger un minimum de l’érosion éolienne. En outre, les ordures
des cités minières collectées pour le compte des exploitants sont déversées à même
le sol en périphérie immédiate des villes d’Arlit et d’Akokan. Femmes, enfants
et animaux s’y rendent quotidiennement à la recherche de nourriture, d’objets
et de matériaux à récupérer.

Les voies d’exposition à la radioactivité

Compte tenu de la confiscation des appareils et du caractère très préliminaire
de la mission, ces questions seront traitées ultérieurement. L’examen des caractéristiques
climatiques et géographiques, des conditions de vie des habitant a cependant
permis de déterminer les compartiments qui devront être étudiés, notamment la
qualité radiologique des eaux souterraines, l’impact de l’inhalation des poussières
radioactives, de la consommation d’aliments susceptibles d’être contaminés du
fait notamment des dépôts de poussière et de l’utilisation des eaux usées pour
l’arrosage des jardins potagers.

Par ailleurs, les investigations conduites à l’aide d’un petit radiamètre dans
le cadre de la formation dispensée aux membres d’Aghir in’man ont permis de mettre
le doigt sur un problème très sérieux : la dispersion des ferrailles contaminées.
Compte tenu du niveau de vie très bas de la population nigérienne, tout est susceptible
d’être récupéré et utilisé pour la construction des maisons, de l’outillage,
des ustensiles de cuisine, etc. Il est donc impératif de contrôler de façon extrêmement
rigoureuse la sortie des matériaux : ce n’est visiblement pas le cas.

Les perspectives pour 2004

Les résultats de l’enquête sanitaire réalisée par SHERPA et des analyses effectuées
par le laboratoire de la CRIIRAD sur les échantillons prélevés dans la région
d’Arlit seront présentés au cours d’une conférence de presse qui aura lieu en
février prochain. Par ailleurs, cette mission n’était qu’exploratoire et les
efforts déployés pour la faire échouer n’ont fait que renforcer notre détermination à aider
les populations locales à contrôler leur environnement et leur état de santé.
Le conseil d’administration de la CRIIRAD doit d’ailleurs délibérer demain soir,
19 décembre, afin d’inscrire le dossier Niger parmi les actions prioritaires
de 2004.

Dans cette perspective, la CRIIRAD va également prendre contact avec des associations
et responsables du GABON. En effet, entre 1960 et 1999, la Cogéma a extrait près
de 27 000 tonnes d’uranium des mines gabonaises et cet Etat se trouve aujourd’hui
démuni face aux millions de tonnes de déchets radioactifs générés par ces activités.
Les autorités nigériennes qui ont visité ces sites s’inquiètent désormais de
ce qui les attend quand l’exploitation prendra fin. Quelle destination pour les
résidus radioactifs accumulés en véritables montagnes, constituées à même le
sol ? Quel suivi et avec quel argent pour des déchets radioactifs dont la dangerosité va
durer sur des centaines de milliers voire de milliards d’années ? Quelles compensation
pour l’assèchement de la nappe phréatique fossile (non renouvelable de la région
d’Arlit) ? etc.

Compte tenu des bénéfice que tire la France de l’exploitation minière au Niger,
il importe que les citoyens français se mobilisent pour aider les citoyens de
ce pays à défendre leurs droits : droit à une surveillance des activités à risques
par leur propre gouvernement, droit à la réalisation de contrôles indépendants,
droit à la gestion correcte des déchets à risque, droit à l’information, droit à la
préservation de leur environnement et de leur santé.

La CRIIRAD s’efforcera pour sa part d’alerter les autorités françaises et l’opinion
publique nationale et internationale afin que les sociétés minières n’abusent
pas de la faiblesse d’un des pays les plus pauvres du monde pour produire à moindres
coûts l’uranium qui alimente les centrales nucléaires des pays riches.

Notes : (1) La Cogéma est l’actionnaire principal de ces 2 sociétés : il détient
63% de participation de Somaïr et 34% de participation de Cominak. Les autres
actionnaires sont le gouvernement nigérien, des compagnies japonaises (OURD)
et espagnoles (ENUSA). (2) Cette ONG dont le nom signifie " bouclier vivant " a
pour objectif le mieux être des populations (santé, éducation, condition des
femmes...) et la préservation de leur environnement. (3) SHERPA regroupe des
juristes qui se sont fixés pour mission de défendre les droits des travailleurs
et des populations de toutes nationalités face aux multinationales. (4) Bruno
Chareyron, ingénieur en physique nucléaire responsable de la mission, et Christian
Courbon, technicien spécialisé.

Le compte-rendu de mission (version préliminaire sans les photos) peut-être consulté sur
le site internet de la CRIIRAD : http://www.criirad.org (dossier NIGER). Des
photographies peuvent être mises à dispositions sur demande.

28.01.2004
Collectif Bellaciao

Mots clés : Dazibao / Nucléaire /
Derniers articles sur Bellaciao :