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Présentation-débat « Le président des ultra-riches » Jeudi 4 juillet 2019 de 18:30 à 21:00
mardi 4 juin
de Roberto Ferrario
Pour des raisons de disponibilités de Monique Pinçon-Charlot nous sommes contraints de décaler la rencontre débat prévue initialement le jeudi 20 juin au jeudi 4 juillet à 18h30. Excusez nous pour cet imprévu et espérons que vous pourrez venir à cette nouvelle date. Monique Pinçon-Charlot (sociologue de la grande bourgeoisie) nous fait l’honneur de venir présenter son dernier ouvrage "Le président des ultra-riches". Un livre passionnant qui enquête sur la dérive oligarchique du (...)
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Conte de Noël : Madame Jeanine une nouvelle de Franca Maï
de : Franca Maï
vendredi 24 décembre 2010 - 11h25 - Signaler aux modérateurs
JPEG - 42.9 ko

Bien sûr... elle est là.

Enveloppante, d’une blancheur immaculée qui brûle les yeux. Elle recouvre les toits, les arbres, les pelouses, les bêtes et les hommes leur offrant un vaste manteau hivernal. Les doigts sont gelés et la bouche crache une buée mutine pendant que des enfants exaltés se lancent des boules de neige en se vautrant voluptueusement sur le tapis cotonneux.

Bien sûr... je devrais me mêler à leurs jeux et balayer en un instant tous mes soucis. Goûter la joie innocente des générosités de la nature.

Bien sûr...je ne le fais pas.

Ils n’accepteraient pas qu’une femme de l’âge de leurs mères, déguenillée et hagarde, se mêle à eux. Toujours, les mioches protègent jalousement leur territoire, détestant toute intrusion extérieure. Alors je bifurque discrètement, bercée par leurs rires qui s’éloignent. Je traverse le sous-bois, consciente d’allonger mon parcours.

Les flocons légers et abondants accouchent d’une épaisseur impressionnante déposée sur la terre ébahie dans laquelle mes pieds s’enfoncent. C’est joli la musique d’une chaussure qui déchire le sol. Ca craque et ça rythme ma route, rompant la solitude poisseuse. Il faut que j’atteigne la ville avant la nuit. Le ciel épouse l’opalescence de la terre, je ne distingue plus l’horizon.

Tout tourne. Mon ventre crie famine.

Pourtant ma vie était différente, avant. La nostalgie ne sert à rien, à part fragiliser mon être. Le présent est ce qu’il est. Je dois le chevaucher.

C’est bizarre, souvent les gens pensent que les indigents sont également pauvres d’esprit, sinon ils seraient riches. Ben, voyons !... Ils s’accommodent de cette théorie fumeuse pour soulager les petits arrangements avec leur conscience. Moi, je sais que l’opulence n’a rien à voir avec l’intelligence. Marcher sur les os des frangines ou des frères demande un cynisme orphelin de tout battement d’humanité. Pourquoi devrais-je jouer une partition qui bousille non seulement mon organe vital mais également mes cinq sens ? ...

Tout ce blanc me rend sereine. Le paysage est d’une telle splendeur. Débarrassé de toute salissure, propre, porteur de renouveau.

Les lumières de la ville clignotent. Déjà, l’ogresse se pare de lucioles féeriques et de guirlandes scintillantes. Les échoppes rivalisant d’imagination offrent aux regards enfantins des promesses enchanteresses. A chaque coin de rue, des magasins surpeuplés vendent des Pères Noël, en tranches de saucisson.

Tous ces hommes à barbe frisée, habillés de rouge, déambulent sur les trottoirs, pancartes publicitaires fixées au dos.

Comment les parents expliquent-ils ces « miracles » à leur progéniture ?

Pourtant une chaleur gagne mon ventre. Les préparatifs festifs s’encanaillent à mes veines. J’appartiens encore à la transhumance. Lorsque j’aperçois des dindes huileuses, des boudins blancs, du foie gras étalés à la vitre des rôtisseries, je me repais de leurs saveurs n’écoutant que les borborygmes de mes entrailles. En ces jours particuliers, des assiettes à dégustation sont à la disposition des clients. Je me faufile dans les files d’attente, et goûte aux mets savoureux sans me soucier du cercle qui s’élargit à mon approche. Je me moque de l’hostilité anonyme. J’ai trop faim. Emportée par le tourbillon des couleurs, j’erre sur le pavé sali et piétiné. Je regarde les boutiques achalandées d’étoffes, de tissus soyeux, rêvant d’une robe chaude et bien coupée qui soulignerait ma maigre silhouette. J’anticipe un réveillon improbable où la beauté, le luxe et la volupté seraient au rendez-vous.

C’est pour cette raison que je me force à venir en ville. Le mirage est à portée de ma main. Si proche.

Mais il me faut repartir. L’ogresse va s’éteindre emmitouflée de ses excès pour mieux rebondir demain et le danger guette tout promeneur égaré. Les remparts ne protègent que ses familiers. Elle me repousse aux confins, soulignant sa puissance destructrice.

Mes pas me guident vers la route principale. A cette heure-ci, elle est désertique. Elle m’autorise un raccourci, appréciable pour mes membres engourdis. Des souvenirs d’enfance me remontent à la gorge. Le feu de bois dans la cheminée, la table rustique et cette lettre que j’adressais chaque année au Père Noël pour qu’il m’apporte dans son traîneau, une maman, trop tôt disparue. Il n’y entendait rien, ce demeuré !... il s’évertuait à m’imposer des belles-mères qui se débinaient, au premier rayon du soleil. La région d’adoption de mon géniteur étant désespérément dépeuplée. Elle faisait fuir les biches. Pourtant, je persistais à lui poster mes vœux épistolaires, regardant de mes grands yeux ronds si le ciel exaucerait l’impossible, en crachant une forme féminine dans la cheminée. Une gonzesse fidèle et aimante.

Mais on décrypte vite que Noël n’est qu’un conte inaccessible aux communs des mortels.

Il faut apprendre à se blinder. A vivre sa réalité.

La mienne est de rejoindre ma bicoque aux murs glacés.

J’entends le ronflement d’un moteur et des phares puissants balaient le paysage éclairant le macadam artificiellement. La voiture roule à vive allure. Elle me dépasse, m’évitant de justesse. Mais le virage qui se profile au loin la piège dans ses tentacules givrantes et je comprends que le drame peaufine sa machiavélique danse. Un bruit de tôles percute mes oreilles. La Mercedes s’est encastrée sous un arbre. Des cris stridents s’élèvent. Je cours, le pouls azimuté, vers le lieu de l’accident. Une petite fille, piégée sur le siège arrière, perfore de sa voix apeurée le silence inquiétant. Sa ceinture de sécurité refuse de lui obéir. Elle possède une longue chevelure blonde et son teint de porcelaine accentue ses traits d’une finesse irréelle. On dirait un ange en panique. La conductrice assommée, la tête dans les nuages, est déjà inconsciente. Je vérifie les battements de son cœur. Je coupe le moteur. Que faire ? ... Comment demander de l’aide ! ...

Je détache la gamine qui subitement calmée, m’observe avec attention.

 Tu es une sorcière qui va me faire du mal ou tu es une fée déguisée en pouilleuse ?

Je lui caresse doucement la joue et je m’aperçois qu’un filet rouge coule de sa tête.

 Ta maman a-t-elle un téléphone portable ?

Elle me répond par la négative.

 Ecoute, je vais retourner vers le centre chercher du secours. Regarde ta montre... dans moins de quinze minutes, le camion des pompiers sera là. Je te le promets.

 Je ne veux pas rester ici avec maman qui dort. J’ai peur.

 Mais si elle se réveille, tu dois être à ses côtés. Sinon elle va te chercher et s’angoisser.
 On va lui écrire un mot. Je veux voyager sur ton balai !

Je la prends dans mes bras, gênée par l’odeur de remugle que je dégage, mais il n’y a plus de temps à perdre.

 Comment t’appelles-tu ?

Son timbre cristallin me répond,

 Émilie ! Et toi ?

 Madame Jeanine !

Tellement longtemps que je ne communique plus avec les êtres humains !... Les mots semblent avoir déserté ma gorge. Pourtant, il faut que je lui parle. Des gouttelettes de sang parasitent ma main droite. La gamine ne se rend pas compte de son état.

Elle est anormalement euphorique.

 Regarde les étoiles Emilie et devine laquelle est ma maison ?

Ma force est décuplée. Je ne sens ni le froid, ni la faim, ni la fatigue. J’ai maintenant un ange sur les épaules qui me guide et m’offre ses ailes. Nous volons vers des contrées bienfaitrices.

La première maison se profile. De la lumière et de nombreuses ombres l’habitent. Nous cognons à la porte. Un homme crie :

 C’est pour quoi ?

J’ai juste le temps d’apercevoir son immense stature. La neige recueille ma carcasse, épuisée.

Lorsque je retrouve mes esprits, je suis allongée dans une chambre joliment décorée. Un chat noir est lové, à mes pieds. De bonnes odeurs de cuisine titillent mes narines.

 Enfin, ce n’est pas trot tôt, tu es réveillée !

Emilie s’approche de mon lit, pipelette et joyeuse.

 Tu nous en as fait des frayeurs. Je croyais que tu badinais avec les cieux !... Ca fait une semaine que je guette ton réveil !... Tu nous a sauvé la vie !... Si tu n’avais pas été là, nous serions mortes, les docteurs l’ont bien dit !...

Emilie se précipite en haut des escaliers et crie :

Papa, Maman.... Madame Jeanine a ouvert les yeux !...

Je découvre que nous sommes le 25 décembre. Pour la première fois de ma vie, je festoierai dans une vraie famille. Celle dont je rêvais, lorsque j’étais petite... toute petite. Et je me dis qu’il n’y a pas d’âge, pour que les vœux se réalisent.

Avec ou sans Père Noël.

Bien sûr... elle est toujours là.

Enveloppante, d’une blancheur immaculée qui brûle les yeux. Elle recouvre les toits, les arbres, les pelouses, les bêtes et les hommes leur offrant un vaste manteau hivernal. Les doigts sont gelés et la bouche l’avale goulûment. Cette magnétique poudre blanche.

Bien sûr... je devrais me mêler à leurs jeux et balayer en un instant tous mes soucis. Goûter la joie innocente des générosités de la nature.

Bien sûr...je ne le fais pas.

Cette nouvelle de Franca Maï "Madame Jeanine" est parue dans la revue CCAS infos N°285 (décembre 2007) sous le pseudo de France Baud.



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