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LA MISE CONCURRENCE DES "COMPETENCES" ou LES DEVOIEMENTS DE LA "RECONNAISSANCE" LIBERALE.


de : Christian DELARUE
mardi 18 juillet 2006 - 00h22 - Signaler aux modérateurs
2 commentaires

LA MISE CONCURRENCE DES "COMPETENCES" ou LES DEVOIEMENTS DE LA "RECONNAISSANCE" LIBERALE.

Les libéraux veulent bien des règles mais uniquement celles qui enlèvent les protections collectives et les cadres statutaires, notamment ceux qui ont durant le siècle passé bridé un peu la liberté du renard dans le poulailler, du patron dans l’entreprise . Dans le monde du travail salarié (le travail indépendant est différent), ces cadres durement conquis contre le capital et les libéraux ont été le système de la qualification et complémentairement dans les administrations le statut de la fonction publique. Un statut sécurisant du travail salarié est actuellement revendiqué pour le privé notamment par des syndicats et des membres d’ ATTAC (1).

Ces cadres de solidarité collective et organique avaient permis un amoindrissement de l’exploitation de la force de travail et des rapports hierarchiques relativement moins durs qu’auparavant . Cela n’aura pas duré bien longtemps . Aujourd’hui face à l’offensive libérale menée depuis les années Reagan-Thatcher ces cadres sont émiéttés et déstructurés. Les unités de production et de service ressemblent à un monde hobbésien ou "l’homme est un loup pour l’homme". Ajoutons pour l’homme et pour la femme car les rapports de genre viennent ici redoubler les effets de domination des rapports sociaux.

DE LA "RECONNAISSANCE" A LA COMPETENCE : UNE STRATEGIE DU CAPITAL CONTRE LA QUALIFICATION ET CONTRE LE TRAVAIL.

Dans un univers de contrôle plus ou moins serré, d’exploitation renforcée voire d’humiliation, la reconnaissance du travail effectué devient une aspiration forte. D’une certaine manière c’est précisément un tel cadre - celui du travail salarié - qui bien souvent donne une connotation particulière et aigue à l’aspiration à la reconnaissance . Ainsi pour certains la vraie reconnaissance ne pourra passer que par une distinction, un avantage donné à eux et refusé aux autres. Une reconnaissance réelle - pas une médaille - donnée à tous n’en serait pas une .

Cette forme de reconnaissance très individualisée a été instrumentalisée par les dirigeants économiques privés - le MEDEF - ou publics - la Haute administration - pour accroitre la pression sur le salariat en période de concurrence accrue et de crise de rentabilité du capital. Là on s’aperçoit que la reconnaissance attendue prends souvent la forme du discrédit et de la sanction !

L’instrumentalisation de cette aspiration a pris corps avec la lente mise en place dans le discours puis dans les systèmes d’organisation des unités de production privées ou publiques de la notion de compétence contre celle de la qualification. La compétence se rapporte à l’individu, la qualification au poste de travail. La qualification est acquise par une suite d’épreuves : il faut passer tel examen national puis, grâce à lui, réussir tel ou tel concours . Ce n’est qu’après qu’interviennent les formations complémentaires théoriques - à niveaux variables - et pratiques - "sur le tas" - d’adapdation concrète au poste . La compétence, elle, n’est jamais chose acquise, il faut toujours la démontrer et dans tous les domaines et ceux-ci sont nombreux. On peine a recenser les typologies de compétences à assurer et les critères précis d’acquisition. Au-delà de ce flou, la compétence va même au-delà de la simple mise en oeuvre de la force de travail pour exiger la mobilisation totale de la personne, y compris hors du travail. Elle peut donc posseder dans ces cas de "surprescription" normative une dimenssion totalitaire.

La logique de compétence est lourdement porteuse d’individualisation et de fragilisation du salarié dans l’entreprise et dans les services publics. Elle conduit outre à l’intensification du travail aux renforcement des inégalités de salaires. Malgré cela des syndicats comme la CFDT ont cru pouvoir accompagner la stratégie du patronat avec des exigences garantissant une véritble reconnaissance du travail salarié. L’heure du bilan est arrivé et l’on peine à voir le positif se dégager.

LA MAJORITE DES SALARIE(E)S EN EXPERIMENTENT LES DEGÂTS !

Comme "le mythe de l’entreprise"(5) - sans rapport sociaux antagoniques - développé dans les années 80 a gagné les administrations locales et centrales, le thème de la mobilisation du "capital humain" (2) s’applique aussi aux fonctionnaires. Et que constate-t-on ? Ce qui domine ces dernières années c’est bien la mobilisation sous tous ses aspects de la force de travail . Des experts (4) aux expériences syndicales et de travailleurs et travailleuse se confirme une augmentation des charges de travail .

Les délais prescrits sont plus courts aussi bien dans l’atelier de l’usine pour les ouvriers et techniciens que dans les bureaux, pour les employés et les cadres. Ces délais à tenir font pression sur les cadences tant dans les univers taylorisés (ou les contrôle de la tâche est permanent) que dans les structures "à participation" ou pèse le contrôle régulier du résultat.

S’y ajoute la productivité de l’emploi : Globalement, la demande des clients et des usagers s’accroît (ou reste stable) mais s’adresse au mieux à personnel constant au pire à personnel réduit. L’intensification du travail provient alors mécaniquement de ce qu’on appelle la "productivité de l’emploi" qui s’ajoute souvent à la vieille "productivité de la tâche ou de l’activité".

S’ y ajoutent les exigences de qualité qui ne font pas réduire pour autant les exignences de quantité. Une nouvelle source de tension apparait issue des injonctions contradictoires entre qualité et quantité.

L’intensitification génère de multiples déteriorations des conditions de travail qui influencent la subjectivité au travail : le retrait n’est plus possible donc soit "on s’investit" soit "on craque". Cet ensemble de pressions entraine aussi une dissolution des collectifs de travail par individualisation ou formation de "clans" (solidarités restreintes à deux ou trois individus).

ET CE N’EST PAS FINI...

Le système libéral et social-libéral de la compétence continu de produire de nouvelles règles d’accroissement de la mise en concurrence de tous contre tous au sein du salariat . Les fonctionnaires, qui avait depuis 1959 un système de notation limiant une exacerbation des conflits sur ce sujet, sont depuis le décret du 29 avril 2002 (3)soumis à des règles d’évaluation-notation qui viennent complèter le dispositif de "modernisation" de la fonction publique notamment le passage à la contractualisation et l’individualisation des relations internes . La mise en place du modèle de la compétence suscite marginalement une reconnaissance positive mais instaure la reconnaissance "négative" pour d’autres . La loi de la jungle libérale se lit dans ce dispositif. Le public y copie le privé dans tous ces mécanismes de sélection-exclusion. Il faut renverser cette logique barbare pour instaurer un modèle plus pacifique et civilisé.

Christian DELARUE ATTAC

1 Pour un statut comme "bien commun" du salariat resident http://rennes-info.org/article.php3... et Bellaciao

2 "La novlangue néolibérale "le capital humain" d’Alain BHIR sur le site "a l’encontre"

3 Décret du 29 avril 2002 : http://bifp.fonction-publique.gouv....

4 Lire sur ce point des auteurs aussi divers que Marc BARTOLI, Giusto BARISI, Alain FERNEX, Michel GOLLAC, Daniel LINHART, Serge VOLKOOF, Philippe ZARIFIAN. Michel FREYSSINET

5 "Le mythe de l’entreprise" de Jean-Pierre LE GOFF Plus généralement lire "Critique de l’organisation du travail" de Thomas COUTROT La Découverte Col Repères "La modernisation des entreprises" de Danièle LINHART Ed La Découverte coll Repères L’entreprise néo-libérale, nouvelle utopie capitaliste ? Thomas COUTROT

Ou va le salariat ? Pierre ROLLE Ed Page 2 - 1996 Travail et émancipation sociale Antoine ARTOUS Sylepse 2003 Enfin les ouvrages collectifs suivant sont indispensables : "La crise du travail" PUF 1995, "La liberté du travail" Sylepse 1995, "Le monde du travail" La Découverte 1998



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Commentaires de l'article
> LA MISE CONCURRENCE DES "COMPETENCES" ou LES DEVOIEMENTS DE LA "RECONNAISSANCE" LIBERALE.
18 juillet 2006 - 21h22

La réforme de la notation
Du chacun pour soi à l’aggravation des conditions de travail

La réforme de la notation, prévue ou en cours dans les administrations d’Etat, porte en elle le " salaire individualisé au mérite " et fait du coup l’objet de la critique des syndicats : les syndicats veulent une augmentation substantielle de leur rémunération et ils critiquent la surexploitation des employés de bases essentiellement par l’effet d’une non requalification de C en B et de B en A, aboutissant à une non reconnaissance du travail accompli qui se matérialise notamment par des salaires qui stagnent.

Il importe certes de combattre syndicalement cette réforme, en même temps d’ailleurs que les différentes stratégies ministérielles de réforme SMR .

Les syndicats réclament le retrait des textes sur l’entretien portant notamment sur l’évaluation de l’atteinte des objectifs fixés, qui sont d’ordre qualitatif (l’implication…) et quantitatifs, ce avant la notation qui elle commande la progression ou régression dans la carrière.
Le texte incriminé est le Décret du 29 avril 2002 abrogeant celui de février 1959. L’arrêté du 21 janvier 2004 et la circulaire du 10 mars 2004 ne sont que des textes d’application.
Au sein du MINEFI, la DGI – Direction des Impôts- a produit un guide de gestion en attente de l’arrêté et de la circulaire pour la mise en oeuvre concrète du décret

Mais il faut aussi frapper à cette occasion l’idéologie de cette réforme au plus profond, dans son essence " barbare " ultime, celle tout hobbésienne qui justifie toujours et encore la mise en compétition de tous contre tous. Il faut donc aller détruire radicalement le virus qui gangrène déjà la pensée des salariés y compris de syndiqués et qui provoque la fracture au sein des collectifs de travail. Il faut le faire d’autant plus qu’il y a, semble-t-il, moins de monde que jadis pour accomplir la tache.

Une nouvelle " servitude volontaire "

La question provocatrice ici posée est de savoir dans quelle mesure cette réforme - qui tout à la fois fixe des objectifs et incite chacun à les tenir et améliorer - annonce principalement une vaste et nouvelle " servitude volontaire " faite de zèle individuel et de fétichisme du travail et secondairement la fin d’une forme traditionnelle du contrôle hiérarchique du travail, notamment du contrôle électronique de la présence au travail ?

La réforme de la notation porte une profonde logique de différenciation et de sélection qui permet non seulement d’accroître encore l’exploitation du travail salarié (intensification multiforme du travail sans meilleure rémunération globale) mais aussi de générer un supplément d’individualisation, de zèle et de casse des solidarités, de mépris des plus lents ou des fainéants.

Le mépris et l’exclusion comme aboutissement du culte du travail

Venons-en au fait : Les valeurs de partage interne/externe, de solidarité globale de classe cèdent devant le culte du travail, la fameuse " valeur travail " de Raffarin. Ce fétichisme du travail pousse non seulement à l’intensification du travail (à l’appui d’autres facteurs) de celles et ceux qui travaillent déjà et par voie de conséquence au mépris de tous les autres . On oublie volontiers ce fatal effet pervers tant du discours de la mise au travail que de l’introduction d’un nouveau régime de mobilisation de la force de travail.

Ce mépris porte sur une double catégorie de fainéants : d’abord bien évidemment celles et ceux qui sont chromeurs, par rapport à ceux qui travaillent mais aussi parmi les travailleurs eux même, entre ceux qui sont à flux tendu, le " nez dans le guidon ", qui travaillent comme des machines et les autres d’une part ceux qui vont à l’extérieur de leur lieu de travail pendant le temps de travail (ex : boire un verre au bar de proximité), d’autre part ceux qui parlent trop souvent entre deux exécutions de travail, ou meme ceux qui parlent peu mais qui travaillent lentement. Le mépris n’a pas de limite.

RTT et " travail effectif "

La mise en place de la RTT a fourni au patronat et aux dirigeants publics l’occasion de mettre en avant la notion de " travail effectif " à l’encontre du temps de présence, de temps soumis à la subordination de l’employeur. En principe, vous n’étés plus libre mais au travail, c’est à dire soumis à la subordination hiérarchique, et ce quoique vous fassiez réellement, dés que vous étés pendant le temps de travail dans les murs de votre lieu de travail (et même avant dans certains cas : exemple la jurisprudence sur les zones et temps de déshabillage) . Vous ne pouvez donc subir de sanctions que si pendant le temps de travail vous sortez du site sans débadger ou sans autorisation.

Le patronat et les réformateurs de l’Etat ont avancer l’idée de réduire ce lieu au service ou à l’atelier .La pointeuse n’est plus à l’entrée des bâtiments mais à la porte du service. Dans cette logique certains patrons font " débadger " leurs employés qui vont aux WC !

Contrôle total avec l’œil électronique !

Il est d’ailleurs envisagé de placer les badges électroniques de travail sur les ordinateurs pour les employés du privé comme du public. L’étape qui suit serait le dépointage automatique dès que vous laissez inactif votre clavier pendant plus de 10 minutes.

A cette occasion on remarque que l’informatisation n’est pas un outil neutre. Elle est bien un totalitaire organe de contrôle et de pouvoir de la hiérarchie. Laquelle dispose aujourd’hui de moyens de contrôle des résultats de chaque fonction et ce à toute heure de la journée . C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les chefs de service demandent de procéder aux validations électroniques de fin de dossier à chaque dossier et non en fin de journée. Cette informatisation permet non seulement de suivre le procès de travail mais aussi d’effectuer des classements par comparaison des postes de travail, ce qui permet de classer les occupants de ces postes et de les noter en fonction de leur productivité. On notera aussi que l’informatique, malgré son apparence " moderne ", réintroduit le travail parcellaire " à la chaîne ".

Cette logique d’exacerbation de la compétition, des inégalités, de mise en flux tendu des services au motif d’une meilleure satisfaction des usagers. Il y a là une part importante de mystification que nous ne dévoilerons pas ici.

Christian Delarue



> LA MISE CONCURRENCE DES "COMPETENCES" ou LES DEVOIEMENTS DE LA "RECONNAISSANCE" LIBERALE.
19 juillet 2006 - 23h15 - Posté par

Bravo Christian pour cette production claire et étayée.

"1984" est déjà bien dépassée, mais le balancier va atteindre bientôt son point le plus haut côté extrémisme néolibéral, et comme tout balancier, va repartir dans l’autre sens. ( dans les 5 à 20 ans qui viennent car les mouvements s’accélèrent )

D’ici là ça va souffrir terriblement selon tous les cas que tu exposes, car les promoteurs de ces grandes "largesses" sont aussi enragés qu’ils sont bêtes, exemple frappant :
Laurence Parisot.

Vivement la "séparabilité" d’avec cette dame.
Je suis content de ne pas être une femme dans ce cas précis, j’aurais trop honte !
Et puis merci pour cet exposé.
Cordialement.
Calixte Europe





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