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CHOMDU 25
de : P'tit Nico
vendredi 21 mars 2008 - 14h00 - Signaler aux modérateurs
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de P’tit Nico

« "Tout communique !" Dans le véritable traité des angoisses suscitées par la modernisation que constitue Mon oncle de Jacques Tati, ell’ raconte m’dame Ross, Mme Arpel, la maîtresse de maison atteinte de psychose de la ménagère, répète cette phrase comme une antienne, chaque fois qu’elle fait visiter sa maison à de nouveaux invités. "Tout communique" : cette expression résume fièrement un espace conçu afin de permettre l’efficacité du mouvement et de favoriser la libre circulation des corps d’une pièce à l’autre, en une sorte de trafic intérieur comparable à celui effectué par les automobiles à l’extérieur.

Tout le sel de l’histoire, c’est précisément qu’il n’existe aucune communication réelle dans ce stérile univers banlieusard, claquemuré et cloisonné, où les parents ne s’adressent à leur enfant silencieux et boudeur que pour lui intimer des directives parfaitement obsessionnelles et exclusivement relatives aux questions d’hygiène : ne mets pas tant de désordre dans ta chambre, range tes livres, lave tes mains, accroche tes vêtements et ainsi de suite... »

« A cette aune, y dit m’sieur Mattelart, le politique se dissout totalement dans la culture médiatique globale. Il en découle une conception de la "société de consommation" comme société de la transparence. Ainsi se complète le brouillage des enjeux de pouvoir amorcé sous le signe du "village global" et de la "société globale", comme façon de nier les différenciations entre sociétés et la continuation de l’existence de rapports de force et de l’intérêt collectif. Depuis le milieu du siècle dernier, les réseaux du chemin de fer, du télégraphe, du câble sousmarin, du téléphone puis de la "télédiffusion sans fil", donc de la radio et enfin de la télévision, ont créé une nouvelle représentation du monde, basée sur le principe de la communication comme "agent de civilisation". »

« Cette attitude n’est pas nouvelle, ell’ rajoute m’dame Richard, et se trouve à chaque saut technologique majeur, en particulier dans le domaine des communications ; en effet, de l’âge de la vapeur à Internet, en passant par l’électricité, le télégraphe, le téléphone, la radio-diffusion et la télévision, le rêve d’une harmonie sociale de l’humanité engendrée par les progrès techniques n’a eu de cesse d’être repris. En 1793 déjà, des penseurs révolutionnaires prophétisaient que l’installation du télégraphe optique ainsi que l’utilisation de messages codés permettraient à "tous les citoyens de la France de se communiquer leurs informations et leurs volontés". Ces espoirs de démocratie par la technique furent bien vite déçus, les codes devenant peu de temps après réservés à un usage militaire. À la fin du XIXème siècle, P.

Kropotkine et P. Geddes font de l’électricité le point de départ de l’ère néotechnique, de laquelle doit émerger une société égalitaire et transparente : la nouvelle énergie va réconcilier la ville et la campagne, le travail et les loisirs. Dès 1948, le mathématicien N. Wiener se représente la future "société de l’information" comme un idéal de transparence et de démocratie. Pour le père de la cybernétique, "la communication effacerait le secret, qui seul rendit possible le génocide nazi, Hiroshima et le Goulag". Wiener pose alors les questions essentielles et préconise l’utilisation des machines pour "un usage humain des êtres humains", mais son discours ne sera pas entendu. Il est actuellement remis au goût du jour. Le rapport officiel de S. Nora et A. Minc remis en 1978 à V. Giscard d’Estaing n’hésite pas à considérer les réseaux télématiques comme la réponse à une véritable crise de civilisation. D’après les auteurs, l’informatique et les réseaux devraient recréer une "agora informationnelle" élargie et modernisée. L’idéal de la société de la transparence et de l’abolition des déséquilibres sociaux à l’échelle mondiale est repris par A. Gore en 1994 au moment de justifier son projet de NAI.

Des scientifiques comme N. Negroponte adhèrent à cette vision ultra-optimiste d’une société totalement informatisée et numérisée. L’utopie de la communication reste donc à l’ordre du jour. Y compris, chez les libertaires, les fervents défenseurs d’un cyberespace anarchique ont d’ores et déjà amorcé une véritable guerre idéologique contre les gouvernements qui tentent de réguler et contrôler Internet et les entreprises avides de profiter d’un nouveau marché si prometteur. Qualifiés de "techno-anarcho-post-capitalistes" , ces nouveaux hippies cherchent par tous les moyens à sauvegarder l’un des derniers espaces de liberté au monde. Militants des droits de l’Homme, ils tentent de protéger la vie privée et la liberté d’expression des citoyens. A. Torrès craint que le choix du citoyen ne se résume plus qu’à "être éduqué par Disney ou Bertelsmann, informé par IBM ou par Alcatel et diverti par AT&T ou par Siemens". » Et nourri par Monsanto, qu’y s’plaint Fred qu’à vu l’documentaire qu’ça l’a laissé sur l’cul d’voir qu’les paysans d’l’Inde y s’suicidaient autant qu’les prolos d’chez Renault. C’est parce qu’y veulent pas devenir des errants comm’ les pauvres du XIXème y z’étaient, qu’m’sieur Attali y voudrait les appeler nomades parce qu’ça fait mieux, mais comm’ y l’est milliardaire socialiste y parle pour les riches en croyant qu’c’est des pauvres comm’ lui, et c’est vrai vu qu’y l’est socialiste.

C’est qu’l’p’tit bourgeois y croit à la communication et à la technique avenir de l’homme nouveau futur des lumières
qu’ « avec l’éclairage on y verra jusqu’au flanc du coteau ».
Je t’attendrai à la porte du garage
Tu paraîtras dans ta superbe auto
Il fera nuit mais avec l’éclairage
On pourra voir jusqu’au flanc du coteau
Nous partirons sur la route de Narbonne
Toute la nuit le moteur vrombira
Et nous verrons les tours de Carcassonne
Se profiler à l’horizon de Barbeira
Le lendemain toutes ces randonnées
Nous conduiront peut-être à Montauban
Et pour finir cette belle journée,
Nous irons nous asseoir sur un banc

Qu’déjà, en 1832, y cite m’sieur Musso, Michel Chevalier, polytechnicien, disciple d’m’sieur l’comte d’Saint Simon, y l’écrivait dans son journal Le Globe à propos du "système de la Méditérannée" d’not’ président : « aux yeux des hommes qui ont la foi que l’humanité marche vers l’association universelle, et qui se vouent à l’y conduire, les chemins de fer apparaissent sous un tout autre jour. Les chemins de fer le long desquels les hommes et les produits peuvent se mouvoir avec une vitesse qu’il y a vingt ans l’on aurait jugée fabuleuse, multiplieront singulièrement les rapports des peuples et des cités. Dans l’ordre matériel, le chemin de fer est le symbole le plus parfait de l’association universelle. Les chemins de fer changeront les conditions de l’existence humaine ». Mais la communication et la technique, y dit mon ancien délégué syndical CGT, ell’ sont forcément c’que les hommes en font.

« L’affirmation de Merton, y dit l’pote Paul beaud, selon laquelle la recherche sur les communications est une science américaine prend ici une nouvelle coloration puisqu’il est affirmé que son objet est l’ensemble des mécanismes de contrôle et de reproduction d’une société donnée en tant que territoire, système politique, unité culturelle, principe organisant la complexité des fonctions spécialisées de ses composants. (...)

Par une série d’anamorphoses, la société contraint la technique à adopter le moule de ses schémas dominants, qu’ils en suscitent les progrès ou qu’ils en modèlent par l’usage les développements. Ses principes d’organisation, à l’échelon macro-social comme à celui de structures plus restreintes (entreprise industrielle ou administration) se retrouvent toujours transposés physiquement et symboliquement dans l’organisation de ses systèmes de communication. (...)

Diverses études ont démontré que l’informatisation des entreprises n’a pas pour effet d’en modifier l’organisation mais bien d’en renforcer les modèles de fonctionnement. Pas plus que les autres ne résiste au moindre examen cet argument de McLuhan selon lequel une technologie comme le téléphone détruit les hiérarchies, puisque chaque point du réseau peut être relié à tous les autres. Les exemples de "décentralisation" du pouvoir qu’il donne ont d’ailleurs de quoi laisser songeur, comme la disparition du proxénétisme, la call-girl étant une prostituée passée de l’âge du capitalisme à celui de l’autogestion ! Des études américaines ont à l’inverse montré, par exemple, qu’avant l’apparition du télégraphe, diplomates ou capitaines de marine marchande disposaient d’une large autonomie de négociation en raison de la lenteur des transmissions. L’accélération des communications a eu pour effet une plus grande centralisation des pouvoirs, une moindre grande délégation accordée aux intermédiaires politiques ou commerciaux, quand bien même toute technologie nouvelle en ce domaine permettrait théoriquement le contraire. "Lors d’une conférence sur les effets de l’ordinateur sur la gestion qui s’est tenue en 1966 à la Sloan School of Management du M.I.T., relate Ronald Westrum, plusieurs participants ont émis l’avis que l’informatique pouvait conduire à une décentralisation des organisations, mais l’accord se fit parmi ceux qui avaient fait des études sur le terrain pour reconnaître que cela ne s’était pas encore produit. L’introduction de l’informatique a eu pour effet, si elle en a eu, la centralisation."

Est-il encore besoin de rappeler que le télégraphe de Chappe ne se développa qu’en fonction des besoins militaires de Paris vers les frontières, que beaucoup de pays du Tiers-Monde dépendent encore pour leurs intercommunications d’un système mis en place à l’époque coloniale, avec Paris ou Londres pour centres des grandes liaisons transmaritimes. Centralisme encore dans l’industrie, comme le note Sidney Aronson : "C’est sans doute plus qu’une coïncidence que l’introduction par Henry Ford de la production par chaîne d’assemblage s’est effectuée à une époque où le technologie du téléphone avait déjà atteint un niveau sophistiqué". En d’autres termes, les possibilités de coordination offerte sur de vastes ensembles par un moyen de communication ont permis le passage de l’ancien système d’organisation du travail en ateliers où chaque équipe possédait une large autonomie, des compétences polyvalentes, à une structure intégrée et unifiée et à la parcellisation des tâches. Les projets des futurologues des années soixante-dix d’un démantèlement des grands centres de production au profit de petites unités dispersées, voire du travail autogéré à domicile grâce à la téléinformatique, aux téléconférences, ces projets ressemblent dès lors au voeu d’Alphonse Allais de construire les villes à la campagne. Quand bien même elle serait effective, la déconcentration géographique ne signifierait pas décentralisation, mais très vraisemblablement, dans les structures de pouvoir actuelles, nouvelle dégradation des conditions de travail par un contrôle accru. L’éclatement de la production à l’échelle mondiale, la nouvelle division internationale du travail que facilite l’amélioration des communications démentent par avance les utopies intéressées des officines d’astrologie sociale et de sciences sociales. (...)

L’histoire des technologies n’est pas moins étroitement liée à l’histoire du pouvoir social. Jésuite et savant allemand, Athanasius Kircher publia au XVIIe siècle plusieurs ouvrages encyclopédiques, en particulier sur l’acoustique et la lumière. Dans l’un, Musurgia universalis, il nous rappelle que l’antiquité connaissait déjà diverses techniques de transmission à distance des sons. Alexandre le Grand dirigeait ses armées grâce à d’immenses porte-voix suspendus à des potences. Par la gravure, Kircher nous donne une extraordinaire description du palais - que fréquenta Platon - de Denys 1er l’Ancien, tyran de Syracuse au lVe siècle avant Jésus-Christ. Célèbre pour sa suspicion - on dit qu’il se faisait brûler la barbe par ses filles par peur du rasoir de son barbier - Denys est resté dans l’histoire pour avoir obligé l’un de ses courtisans, Damoclès, à déguster le festin auquel il l’avait invité, assis sous une lourde épée retenue par un crin de cheval, pour lui faire éprouver la peur que lui-même ressentait quotidiennement. Mais sans doute aurait-il mieux mérité de passer à la postérité comme le promoteur d’un fantastique système d’espionnage faisant appel à une étonnante connaissance des principes de la propagation et de l’amplification des sons. Un réseau de cornets acoustiques noyés dans les murs du palais lui permettait d’écouter les intrigues de sa cour et même les conversations de rue de ses sujets.

Mais l’étonnant est d’en retrouver trace, vingt-deux siècles plus tard, dans les écrits de Bentham qu’analyse M. Foucault dans Surveiller et punir. A la fin du XVlIe siècle, Bentham avait imaginé un système de prison circulaire à tour centrale (le panoptique), "machine à dissocier le couple voir-être vu". Les prisonniers sont répartis dans des cellules disposées en cercle et ouvertes vers le centre, de telle sorte que les gardiens puissent sans cesse les observer tous : " ... dans l’anneau périphérique, on est totalement vu, sans jamais voir ; dans la tour centrale, on voit tout, sans être jamais vu". Les nombreuses histoires de la presse, de la radio, de la photographie ou de la télévision ne sont en majorité guère plus satisfaisantes. "L’effet Cléopâtre" en est la clef universelle. Braille était aveugle, certes. Mais on oublie de dire que le système qui porte son nom est issu d’un procédé inventé pour permettre aux militaires de lire des messages dans l’obscurité. (...) La touche romantique dont a besoin l’histoire vulgarisée fait de même de la surdité de l’épouse d’Alexander Graham Bell le déclic qui lui fit inventer le téléphone. A ceci près qu’à la suite de son père, il travaillait bien avant son mariage à la mise au point d’alphabets par signes destinés aux sourd-muets. Et si Edison était atteint de surdité lorsqu’il travailla à son phonographe dont le principe avait été imaginé par le poète Charles Cros, qui avait travaillé lui aussi dans une institution pour sourds-muets, si Chappe qui créa le télégraphe optique se suicida lorsqu’il ne put plus supporter les douleurs provoquées par une tumeur à l’oreille, il convient de préciser que toutes ces inventions eurent différents auteurs, à la même époque et dans différents pays.

Cette apologie de l’individuel, (...) est le propre bien connu d’une tradition historique bourgeoise où le monde est façonné par la personnalité des personnalités, ce par quoi se naturalise le pouvoir et se reconstruit l’image d’une société à l’image qu’une classe a d’elle-même. Cette histoire des média n’est ainsi que l’histoire telle que l’écrivent les média. » Mais l’p’tit bourgeois y continue quand mêm’ à croire qu’la technique peut sauver l’monde, vu qu’la communication c’est d’la technique, y r’marque Polo.

« Pour Wiener, y dit m’sieur Breton, le savoir sur la communication, et notamment son incarnation dans des machines intelligentes, est "bon" par nature, puisqu’il s’oppose à l’entropie. Il suffit donc de le laisser agir par lui-même. Le scientifique a dès lors une mission fondamentale. Non pas prendre le pouvoir, mais bien plutôt construire des machines qui déposséderont rapidement l’homme de cette tâche dont il s’acquitte fort mal, des machines qui permettront, comme le dit le mathématicien anglais Alan Turing, qui fut un des pères de l’informatique, de "transformer les intellectuels en gens ordinaires". il s’agit, là aussi, d’une stratégie de "contournement du pouvoir", qui finira bien par "tomber des mains" des hommes le jour où les machines auront pris réellement et concrètement la direction des affaires humaines.

Dans ce sens, la pensée de Wiener est une sorte d’anarchisme rationnel car il prône une société sans État où les régulations sociales s’opèrent de façon rationnelle. "La communication, dit Wiener, est le ciment de la société et ceux dont le travail consiste à maintenir libres les voies de communication sont ceux-là mêmes dont dépend surtout la perpétuation ou la chute de notre civilisation." » M’sieur Wiener, ça doit être un fils d’m’sieur l’comte d’Saint-Simon, y s’souvient Djamel : « Dès son origine saintsimonienne, y dit m’sieur Musso, l’idéologie de la communication porte en elle la suppression du politique... »

« À propos de la cybernétique, y dit un anonyme, il y a au moins une chose sur laquelle tout le monde s’accorde : Ce mot dérive d’un mot grec, kubernêtikê, que Platon utilisait pour désigner le pilotage d’un navire. Il s’est souvent servi de cette métaphore pour présenter l’art véritable de gouverner, celui qui repose sur la sagesse, sur la connaissance du Bien. "La cybernétique est l’art de rendre l’action efficace". Cette définition de Couffignal, un pionnier français de la cybernétique, est celle qui se rapproche le plus de la conception de Platon. Le bon pilote est celui dont l’action est efficace dans la tempête. "Science du contrôle et de la communication chez l’animal et la machine." Telle est la définition de Norbert Wiener, l’auteur Cybernétics or control and communication in the animal and machine, ouvrage paru en 1948. C’est à cet Américain qu’on attribue la paternité de la cybernétique. Norbert Wiener appartient à la lignée de ceux qui ont repris à leur compte le rêve de Leibniz : des procédés automatiques, semblables à ceux de l’algèbre, pour accéder à la vérité et, par suite, pour assurer la conduite des guerres et la gouverne des sociétés.

Il n’empêche que le rêve de Wiener est devenu réalité, du moins en ce qui a trait à la conduite de la guerre. À ce propos, il importe de rappeler que pendant la guerre Wiener a collaboré, avec von Neumann notamment, à divers projets militaires, comme Shannon l’avait fait de son côté. On sait d’autre part comment le réseau Internet a pris forme dans le cadre d’un projet du Pentagone. Il était logique que, née en contexte militaire, la cybernétique trouve là son premier champ d’application.

Quant à l’Atlantide cybernétique,– au rêve d’un être humain d’abord réduit à la machine informatique puis refabriqué ensuite selon ce modèle – , force est aussi de constater qu’elle a conservé tout son attrait. L’idée, l’image et la réalité de l’homme-machine, du cyborg sont désormais omniprésentes et le projet d’une nouvelle espèce mi-chair mi-machine n’est plus limité à quelques illuminés sans influence. Or Wiener et von Neumann font partie de ceux à qui on peut attribuer la paternité de ce fils de l’homme. Comme nous le rappelle Cécile Lafontaine, "en définissant l’être humain uniquement en fonction de la complexité de son intelligence, Wiener laisse entendre que la reproduction artificielle d’un organisme aurait une valeur existentielle identique à celle d’un être vivant."

Ajoutons à ce tableau le fait, souligné également par Cécile Lafontaine, que Wiener a été très influencé par les vues de John B. Watson, le fondateur du béhaviorisme qui réduit l’homme à ses comportements comme Wiener le réduit à l’information. Nous voilà devant un homme dépourvu d’intériorité, entièrement façonné et structuré par l’environnement – dont l’information est un élément tout juste assez libre en vertu de quel principe – pour étudier et manipuler les circuits dont il est le résultat. La cybernétique soulève aussi la question de la formation de l’élite dans les démocraties. Manifestement Wiener préfère le risque d’un gouvernement automatique à celui de la loyauté à un chef. Son projet était destiné à alimenter les utopies de l’auto organisation, toutes fondées sur l’hypothèse que les chefs, comme Platon et Aristote les concevaient, ne sont plus nécessaires. »

C’est pour ça qu’y dit m’sieur Lévy : « L’usage des ordinateurs n’accompagne pas la naissance d’une culture nouvelle dont le corps spécifique, les gestes, la mémoire, le langage et les dieux viendraient peupler un monde. Munis de nos machines et de nos sciences, nous nous établissons sur une strate bien antérieure à toute culture et qui les supporte toutes. Nous atteignons le fond sans chair aucune, amnésique, aveugle et infiniment efficace de l’univers. L’univers du calcul.

L’univers du calcul est la figure contemporaine de la nécessité. Son accession à la dignité de régime planétaire date sans doute de la Seconde Guerre mondiale. Pour la première fois, toutes les forces qui sommeillaient sur le globe furent converties par les nations en guerre en ressources à utiliser, mobiliser, optimiser, dans un seul but. De cette expérience sans précédent devait naître l’ère de la gestion et du « management » triomphant. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle, appliquée aux systèmes d’aide à la décision, radicalise cette mutation en soumettant à l’optimisation la gestion optimale elle-même.

La métamorphose de la science en "recherche et développement" s’origine en grande partie dans le conflit géant des années quarante. Issus de la conflagration universelle, les armes nucléaires et les ordinateurs contribuèrent chacun à leur manière à constituer la planète en système global aux interactions fulgurantes. Le regard encore terni par l’éclair d’Hiroshima et l’éternelle nuit des camps, l’humanité s’engageait au sortir de la guerre dans la période de transformation la plus radicale et précipitée de son histoire. Les mondes incrustés de mémoire, chassés du lit de leur tradition, se sont dissous par pièces et morceaux dans les voies d’un réseau universel de communication, de calcul et de mobilisation de la puissance, dont la machine universelle allait rapidement devenir le centre indéfiniment multiplié. (...)

Tout ce qui peut se faire se fera, à plus ou moins longue échéance. » Et du calcul y en mettent partout, mêm’ qu’m’sieur Pythagore y dit qu’ les nombres créent l’ordre du monde et que l’essence de la réalité toute entière est contenue dans les nombres. Et m’sieur Comte Auguste, grand-père d’la sociologie, y rajoute : « Il n’y a pas de question quelconque qui ne puisse finalement être conçue comme consistant à déterminer des quantités les unes par les autres, d’après certaines relations, et par conséquent, comme réductible, en dernière analyse, à une simple question de nombres. On le comprendra si l’on remarque effectivement que dans toutes nos recherches, à quelque ordre de phénomènes qu’elles se rapportent, nous avons définitivement en vue d’arriver à des nombres, à des doses.

Quoique nous n’y parvenions le plus souvent que d’une manière fort grossière et d’après des méthodes très incertaines, il n’en est pas moins évident que tel est le terme réel de tous nos problèmes quelconques. Ainsi, pour prendre un exemple dans la classe de phénomènes le moins accessible à l’esprit mathématique, les phénomènes des corps vivants, considérés même pour plus de complication, dans le cas pathologique, n’est-il pas manifeste que toutes les questions de thérapeutique peuvent être envisagées comme consistant a déterminer les quantités de tous les divers modificateurs de l’organisme qui doivent agir sur lui pour le ramener à l’état normaI, en admettant, suivant l’usage des géomètres, les valeurs nulles, négatives ou même contradictoires pour quelques-unes de ces quantités dans çertains cas ? Sans doute, une telle manière de se représenter la question ne peut être en effet réellement suivie pour les phénomènes les plus complexes, parce qu’elle nous présente dans l’application des difficultés insurmontables ; mais quand il s’agit de concevoir abstraitement toute la portée intellectuelle d’une science, il importe de lui supposer l’extension totale dont elle est logiquement susceptible ». C’est pour ça qu’les sociopathes y z’ont fait la division du travail pour diviser les ouvriers. Un n’ouvrier = un n’ouvrier, et c’est l’patron qui commande.

« (La bourgeoisie) a noyé les frissons sacrés de l’extase, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petitebourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés si chèrement conquises l’unique et impitoyable liberté du commerce. » Cyborg ou pas, qu’ell’ dit la soeur à Polo, pour "eux" c’est toujours « le gouvernement de ceux qui savent » comm’ y voulait m’sieur Platon. L’aristocratie, le gouvernement des meilleurs. Et les meilleurs, c’est les philosophes. C’est-à-dire Platon, himself. Vu qu’c’est lui qui l’dit, c’est lui qui l’est.

(... à suivre)

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Chomdu 24

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Commentaires de l'article
CHOMDU 25
22 mars 2008 - 17h35 - Posté par manu

Excellent texte, de la forme et bon diou du contenu brillant mais sans clinquant (bling bling)
Vivement un autre texte
Merci Manu






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En mémoire de Marceline Lartigue 10/11/1961 - 28/04/2018
mercredi 30 mai
Le but de cet page est de récolter le maximum de souvenirs de Marceline, tout les contributions sont les bienvenues (photos, vidéos commentaires, pensée etc. etc.), et permettre doucement de faire passer ces moments si difficiles, merci https://www.facebook.com/MARCELINELARTIGUE.ORG
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Marceline Lartigue : une femme, une artiste flamboyante
mardi 8 mai
de Raphaël de Gubernatis
Marceline Lartigue, qui vient d’être victime d’une rupture d’anévrisme à la veille des défilés du 1er mai, à Paris, avait une beauté d’une autre époque. Éclatante et pulpeuse, un peu à la façon de Brigitte Bardot dans son jeune temps. Et avec cela un chic extraordinaire pour se vêtir, une élégance toute théâtrale dont elle était sans doute la première à s’amuser, même si elle devait être parfaitement consciente de l’effet de ses tenues si recherchées dans (...)
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Adieu Marceline
lundi 7 mai
de Nicolas Villodre
Une cérémonie aura lieu lundi 7 mai à 13h30 au crématorium du Père Lachaise à Paris. Marceline Lartigue est partie avec le froid d’avril, samedi 28, victime d’une rupture d’anévrisme. Elle était danseuse, chorégraphe, militante de gauche depuis toujours, de père (Pierre Lartigue) et mère (Bernadette Bonis) en fille. L’attaque l’a prise, en plein mouvement, en pleine rue. Son compagnon Roberto Ferrario l’a vue tomber devant lui « pendant la diffusion de (...)
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Disparition de Marceline Lartigue, Communiqué de presse
dimanche 6 mai
de Micheline Lelièvre
C’est avec une grande tristesse que nous apprenons la disparition de Marceline Lartigue. Elle s’était faite discrète les temps derniers, mais je voudrais saluer la mémoire de celle que je connaissais depuis le début de sa carrière. Elle avait 16 ans, je crois, et dansait avec Fabrice Dugied la première fois que je l’ai vue. Puis nous nous sommes liées d’amitié. Marceline avait un caractère bien trempée, une intelligence très fine et un grand talent de chorégraphe. (...)
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Marceline Lartigue est partie brusquement, fauchée par une attaque cérébrale en pleine distribution de tracts
samedi 5 mai
de Jean-Marc Adolphe
Aujourd’hui, 1er mai 2018, Marceline Lartigue ne participe pas aux manifestations du 1er mai 2018. Cela ne lui ressemble pas. Mais elle, tellement vivante, ça ne lui ressemble pas non plus de mourir. Et pourtant, Marceline est partie en voyage, rejoindre Antonio Gramsci et quelques autres camarades de lutte (l’un de ses tout derniers billets sur Facebook rendait hommage à Gramsci, mort le 27 avril 1937). Marceline est partie brusquement, fauchée par une attaque cérébrale en (...)
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Tu est tombé devant moi pendant la diffusion des tractés pour la manif du 1ere et du 5 mai...
vendredi 4 mai
de Roberto Ferrario
2 commentaires
C’est une photo prise par Baker 5 minutes avant que tu tombe... Avec ton sourire magique, Marceline Lartigue Ma compagne, mon amour, mon amie, ma camarade tu me manque, tu est tombé devant moi pendant la diffusion des tractés pour la manif du 1ere et du 5 mai, avec tout mon courage et ma force je suis pas arrivé a empêcher la faucheuse de faire son salle boulot, tout le temps ensemble sur les barricadés contre les injustices de cet monde, aujourd’hui je part a manifester pour (...)
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13 Mars ! Déjà 8 ans que Jean Ferrat nous quittait emportant ses rêves inachevés d’un monde meilleur (video)
mercredi 14 mars
de Roberto Ferrario
Jean Ferrat, auteur-compositeur né le 30 décembre 1930 à Vaucresson (Seine et Oise) et mort le 13 mars 2010 à Aubenas (Ardèche) est intimement lié à la commune d’Ivry-sur-Seine, où il a vécu 40 ans. En octobre 1960, il s’installe avec sa compagne Christine dans un petit appartement du 129, rue de Paris (plus tard renommée avenue Maurice Thorez), qui servira de cadre à plusieurs reportages lui étant consacrés, dont cet extrait de l’émission "Au delà de l’écran" (...)
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