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Cornelius CASTORIADIS - "Ce que signifie le socialisme" - extraits
par via LL
Publie le dimanche 17 février 2013 par via LL - Open-Publishing8 commentaires
Quelques extraits de Cornelius CASTORIADIS in "Ce que signifie le socialisme", article de 1961 [dispo. dans le Tome II des "Écrits politiques" que je suis en train de lire, volume sous-titré "La question du mouvement ouvrier"] :
"La gestion ouvrière - Qu’est-ce que la gestion ouvrière ? La gestion ouvrière ne signifie pas que des individus d’origine ouvrière sont nommés à la place des dirigeants d’aujourd’hui. Elle signifie que la production, à tous les niveaux, est gérée par la collectivité des ouvriers, employés et techniciens. (...) La transformation consciente de la technologie sera une des tâches cruciales que devra affronter la société socialiste. Pour la première fois dans l’histoire, les êtres humains seront maîtres de leur activité productive. Le travail cessera d’être "le royaume de la nécessité". Il deviendra un champ où les humains exercent leur puissance de création. (...) Cette solution exigera une période de transition. Et c’est cette période qui est, en fait, la société socialiste (en tant qu’elle se distingue du communisme).(...)
Les valeurs socialistes - Quelles seront les valeurs essentielles d’une société socialiste ? Quelle sera son orientation fondamentale ? Ici encore, il ne s’agit pas d’un avenir brumeux, mais des tâches qu’une révolution prolétarienne devra s’assigner immédiatement. (....) Le socialisme n’est pas une conception intéressée par l’accroissement de la production comme tel. C’est là une façon de voir essentiellement capitaliste. La préoccupation centrale de l’espèce humaine, au long de son histoire, n’a jamais été d’accroître la production à tout prix. Et pas davantage le socialisme n’est une conception intéressée par "la meilleure organisation" comme telle, qu’il s’agisse de l’organisation de la production, de l’économie ou de la société. L’organisation pour l’organisation est l’obsession constante du capitalisme, qu’il soit privé ou bureaucratique. (....) regardons le monde autour de nous. Les hommes sont soumis à des pressions toujours croissantes de la part de ceux qui organisent la production. Ils travaillent comme des fous à l’usine ou au bureau, pendant la plus grande partie de leur vie éveillée, afin d’obtenir une augmentation de 3 % de leur salaire ou une journée supplémentaire de vacances par an. A la fin - et cela est de moins en moins une anticipation - le bonheur humain sera réalisé par un monstrueux embouteillage de voitures, chaque famille regardant la télévision dans sa voiture et mangeant des glaces produites par le réfrigérateur de la voiture.
La consommation en tant que telle n’a pas de signification pour l’homme. Les loisirs comme tels sont vides.(...) Partout dans le monde les ouvriers attendent impatiemment toute la semaine que le dimanche arrive. Ils sentent le besoin impérieux ’échapper à l’esclavage physique et mental de la semaine de travail. Ils attendent avec impatience le moment où ils seront maîtres de leur temps. Et ils découvrent que la société capitaliste s’impose à eux même pendant ces moments. Ils sont tout autant aliénés pendant leurs loisirs que pendant leur travail. Les dimanches reflètent toute la misère de la semaine de travail qui vient de se terminer et le vide de celle qui va commencer.
La consommation aujourd’hui exprime toutes les contradictions d’une culture qui se décompose. L’"élévation du niveau de vie" est privée de sens car cette élévation n’a pas de fin. (C’est ce que Hegel appelait "mauvais infini" - schlechte Unendlichkeit.) La société est organisée pour fabriquer plus de besoins que les gens ne pourront jamais satisfaire. Les niveaux de vie plus élevés sont les lapins électriques utilisés par les capitalistes comme par les bureaucrates pour maintenir les gens dans la course. Aucune autre valeur, aucune autre motivation ne subsiste pour l’homme dans cette société inhumaine et aliénée. (...) Les gens se tuent au travail pour acheter des objets dont ils ne peuvent pas jouir ou qu’ils ne sont même pas en mesure d’utiliser. Les ouvriers s’endorment devant les postes de télévision achetés à coups d’heures supplémentaires de travail. Les besoins sont de moins en moins réels. (...) Nous affirmons que le socialisme n’est pas intéressé essentiellement par l’accroissement de la production et de la consommation de type actuel. Un tel accroissement ne pourrait que conduire, moyennant des liens et des connexions innombrables , qu’à plus de capitalisme.
Le socialisme a affaire à la liberté. Nous n’entendons pas par là seulement la liberté au sens juridique. Ni la liberté au sens moral ou métaphysique. Nous entendons la liberté au sens le plus concret, le plus terre-à-terre : la liberté des gens dans leurs vie et activité quotidiennes, la liberté de décider collectivement combien produire, combien consommer, combien travailler, combien se reposer.
Liberté de décider collectivement et individuellement, quoi consommer, comment produire, comment travailler. (...) La liberté, pour l’être humain, ce n’est pas le désœuvrement mais l’activité libre. Le contenu précis que donnent les humaines à leur "temps de loisir" est amplement conditionné par ce qui se passe dans la sphère fondamentale de la vie sociale, c’est-à-dire, dans la production. Dans une société aliénée, le "loisir", aussi bien dans sa forme que dans son contenu, n’est qu’une des expressions de l’aliénation.
Pas davantage la liberté ne sera un produit automatique des "possibilités accrues d’éducation pour tous". L’éducation en elle-même ne résout rien. En elle-même, elle aboutit simplement à la production massive d’individus qui reproduiront la même société, d’individus qui incorporeront dans leur personnalité la structure sociale existante et toutes ses contradictions. (...)
Plus on fournit d’éducation du type présent, plus on produit des êtres à esclavage incorporé. (...) dans la société contemporaine, l’aliénation pénètre toutes les choses et détruit le sens de tout. Elle ne détruit pas seulement le sens du travail mais de toutes les dimensions de la vie individuelle et sociale. (...) Ces attitudes capitalistes ont, en réalité, complètement pénétré, dominé et déformé ce qui se présente aujourd’hui comem "marxisme". Aussi bien le capitalisme privé que le capitalisme bureaucratique utilisent la même méthode pour maintenir les gens à la fois enchaînés à leur travail et en antagonisme mutuel. C’est la politique systématique de différenciation des salaires. D’un côté une différenciation monstrueuse des revenus existe entre les couches les plus basses et les couches les plus hautes de la pyramide bureaucratique - celle de l’entreprise ou celle de l’État. D’un autre côté, des différenciations artificielles de la paie sont introduites systématiquement, afin de détruire la solidarité de classe.(...)
L’organisation socialiste - (...) considérons d’abord la relation entre l’organisation révolutionnaire et la classe ouvrière. Que doit être cette relation ? Si l’objet unique, ou principal, de la révolution socialiste est d’éliminer la propriété privée et le marché, afin d’accélérer, par les nationalisations et la planification, le développement de la production, alors le prolétariat n’a aucun rôle conscient et autonome à jouer dans cette transformation. Toutes les mesures qui transforment le le prolétariat en infanterie obéissante et disciplinée à la disposition de l’état-major "révolutionnaire" sont appropriées et bonnes. Il suffit que la classe ouvrière soit préparée - ou induite à lutter contre le capitalisme jusqu’à la mort. Qu’elle sache comment, pourquoi, en vue de quoi n’a aucune importance. La "direction" sait. La relation entre le Parti et la classe est alors homologue à la division de la société capitaliste ou bureaucratique entre dirigeants et simples exécutants. Après la révolution, pouvoir et gestion appartiennent au Parti, lequel "gère" la société dans "l’intérêt des ouvriers".
Cette conception est partagée par les staliniens et les trotskistes. Dans ces conditions, l’émergence d’une société bureaucratique, d’une société de classe, devient inévitable. (...)
Mais si l’objet de la révolution socialiste est l"institution de la gestion de la production, de l’économie, et de la vie sociale par les travailleurs, moyennant le pouvoirs des Conseils ouvriers, alors le sujet actif et conscient de cette révolution et de toute la transformation ultérieure de la société ne peut être personne d’autre que le prolétariat lui-même. La révolution socialiste ne peut avoir lieu que par l’action autonome du prolétariat. (...)"
(NB : J’assume les coupes parfois longues , entre deux passages cités)





Messages
1. Cornelius CASTORIADIS - "Ce que signifie le socialisme" - extraits, 17 février 2013, 17:19
"Natif de Constantinople, Castoriadis passe sa jeunesse en Grèce. A l’âge de 15 ans, il rejoint la Jeunesse Communiste, mais est rapidement gagné au trotskysme. Il sera profondément marqué par l’écrasement des partisans grecs à la fin de la II° guerre mondiale par les troupes anglaises et avec le soutien tacite du Kremlin.
En 1944, une bourse d’étude lui permet d’émigrer en France. Il adhère alors au Parti Communiste Internationaliste sous le pseudonyme de Chaulieu. Mais rapidement, il se trouve en désaccord avec les principes du trotskysme : considérant que l’U.R.S.S. est un "capitalisme d’état", il se refuse à soutenir leur mot d’ordre de "Défense de l’U.R.S.S.".
En 1949, ayant rompu avec le trotskysme, il débute la publication de Socialisme ou Barbarie, dont la parution s’interrompra en 1967. Son itinéraire l’éloigne alors de plus en plus du marxisme. Ainsi, il sera amené à rejeter la conception léniniste de l’organisation, devenant un des précurseurs du courant "spontanéiste" qui fleurit durant la période ouverte en mai 1968." ---> bio sur "marxists.org" (site trotskiste)
Bio "wiki" —> "Castoriadis naît en 1922 à Istanbul — il préférait le terme de « Constantinople » comme tous les Grecs, n’utilisant jamais celui d’« Istanbul » considéré comme une hérésie (les ottomans eux-mêmes avaient conservé le terme « Konstantiniyye », translittération arabo-turque du terme grec « Constantinople », jusqu’à la chute du Califat en 1923). Il rejoint la France en 1946. Il devient économiste auprès de l’OCDE de 1948 à 1970.
Adhérent d’un parti trotskiste, le Parti communiste internationaliste (IVe Internationale), il y crée en août 1946 avec Claude Lefort (dit Montal) une tendance minoritaire, la tendance Chaulieu-Montal (Chaulieu étant un de ses pseudonymes). Celle-ci se sépare en 1949 du PCI pour se constituer en un groupe autonome nommé « Socialisme ou Barbarie », qui se rapproche plutôt du communisme de conseils. Une revue portant le même nom est créée, dont le premier numéro paraît en mars 1949. Auteur du livre L’institution imaginaire de la société (1975) et des Carrefours du labyrinthe (6 tomes), il consacra une grande part de sa réflexion à la notion d’autonomie, dont il proposa une conceptualisation particulière et qu’il défendit en élaborant un « projet d’autonomie ». Ce dernier constitue un projet de société visant l’autonomie individuelle et collective, soit une démocratie « radicale », qu’il opposait à l’hétéronomie, constitutive selon lui des sociétés religieuses et traditionnelles, des régimes capitalistes et encore du régime de l’URSS (qu’il considérait comme un capitalisme centralisé ou capitalisme d’État).
En novembre 1956, suite aux événements de Hongrie, il participe avec quelques membres de Socialisme ou Barbarie (dont Lefort) à un Cercle international des intellectuels révolutionnaires, où se retrouvent entre autres Georges Bataille, André Breton, Michel Leiris, Edgar Morin et Maurice Nadeau.
En 1958, le groupe Socialisme ou Barbarie connaît une scission autour de la question de la constitution d’une organisation révolutionnaire. Claude Lefort et Henri Simon quittent le groupe pour créer ILO, qui devient Informations et correspondances ouvrières (ICO). Castoriadis fait partie de ceux qui maintiennent Socialisme ou Barbarie. Une nouvelle scission a lieu en 1963.
Le 13 mars 1964, Castoriadis tient conférence sur le thème « Marxisme et théorie révolutionnaire », et le 15 mai sur la question : « Qu’est-ce qu’être révolutionnaire aujourd’hui ? ».
À partir de 1964, il devient membre de l’École freudienne de Paris (EFP), fondée par Jacques Lacan, auquel il s’opposera dès 1967.
En 1967, le groupe Socialisme ou Barbarie se saborde officiellement et publie un texte d’auto-dissolution.
En 1968, Castoriadis se marie avec Piera Aulagnier. En 1969, il quitte l’EFP. Il participe à la formation du « Quatrième groupe » (ou Organisation psychanalytique de langue française). Il commence une deuxième analyse didactique avec Jean-Paul Valabrega. Il exercera comme analyste à partir de 1973.
Castoriadis s’intéresse également à la recherche philosophique. À la fin des années 1970, à partir du livre de François Roustang Un destin si funeste, il écrit dans la revue Topique un long article contre la pensée structuraliste, visant aussi bien Michel Foucault que Roland Barthes, Louis Althusser, Gilles Deleuze et Félix Guattari.
En 1980, il est nommé directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Il meurt le 26 décembre 1997. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse (6e division)."
J’ai lu aussi quelque part - je ne sais plus où, damned - que Castoriadis était un marxiste venu au communisme par le trotskisme, mais en réalité, et assez rapidement, plus proche du conseillisme et du luxembourgisme et finalement "passé" au courant auntonomiste- spontanéiste.
1. Cornelius CASTORIADIS - "Ce que signifie le socialisme" - extraits, 17 février 2013, 18:59
"C’est la politique systématique de différenciation des salaires. D’un côté une différenciation monstrueuse des revenus existe entre les couches les plus basses et les couches les plus hautes de la pyramide bureaucratique - celle de l’entreprise ou celle de l’État. D’un autre côté, des différenciations artificielles de la paie sont introduites systématiquement, afin de détruire la solidarité de classe.(...)""
Je crois qu’apres l’appropriation sociale des moyens de productions,par l’action de la classe ellê même et toujours en vigilance sur toutes dérives bureaucratiques,c’est bien cette question de la différentiation salariale qui doit être posée déja.
le but d’un communisme ne peut être l’accroissement sans fin d’une production et d’un partage inégal de celle ci.
la solidarite de classe vient autant d’une perception d’appartenance,que d’un mode de vie quasi identique fruit d’un même niveau de revenus.
Acceptez que l’un gagne plus(et est encouragé à gagner plus),recrée ipso facto une concurrence qui détruit toute idée de communisme .
C’est déja par le salaire minimum qu’on commence et que le capital n’accepte pas,mais c’est aussi par un revenu maximum ,premiére étape d’une politique de redistribution égalitaire totalement.
C’est une question qui n’est pas toujours discutée (la differentation salariale) et nous prenons du retard.
Castoriadis dit ici des chôses éssentielles et voit loin,quel dommage qu’il se soit fourvoyé dans la psychanalyse cette pseudo science.
2. Cornelius CASTORIADIS - "Ce que signifie le socialisme" - extraits, 17 février 2013, 22:52, par jaja
cela me rappelle une de mes premières discussions avec une militante d’extrème-gauche trotskiste, il ya bien longtemps.
à ma question de la problématique des revenus après la révolution et en particuliers des salaires des techniciens et ingénieurs, elle me répondit que, dans un premier temps, après la révolution les techniciens et ingénieurs seraient mieux payés que les ouvriers car il fallait les garder/gagner ........
le vert était dans le fruit ; à l’époque j’avais légèrement tiqué et ce n’est que par la suite que je compris que ce genre de réflexion montrait à quel point l’idéal communiste était étoufé par le pragmatisme de pseudo-révolutionnaires mais aussi que cette réflexion montrait la réalité crue : point ou si peu d’ouvriers dans l’orga.
3. Cornelius CASTORIADIS - "Ce que signifie le socialisme" - extraits, 18 février 2013, 08:10, par Copas
– Augmentations des minimas
– Augmentations uniformes et non en pourcentages
Ces revendications ont toujours existé et existent toujours . Le capital a toujours mené une propagande/politique active de différenciation, de (re)construction des inégalités entre nous.
Mais au fond, le projet d’une révolution passe d’abord par les questions traitant de la croissance du pouvoir des travailleurs sur leur propre destin, sur leurs entreprises et sur la société, la liquidation de la bourgeoisie comme classe, et les questions d’égalité sont des moyens dans ce processus et sont des batailles contre la division de nos rangs.
Mais l’essentiel tourne autour de tout ce qui permet de faire croitre les capacités d’une classe à s’occupper de ses affaires, de voir croitre son pouvoir, son organisation.
En traitant sérieusement que les questions nécessaires de centralisation des moyens dans une société ne servent pas de bélier pour dépouiller les travailleurs d’un pouvoir conquis dans un processus révolutionnaire.
Voir mêmes que les nécessités de la centralisation des moyens de résistance n’aboutissent pas à ce qu’une couche sociale bureaucratique ne confisque les leviers (voir ce que sont devenus les directions des confédérations syndicales : des obstacles à la résistance).
Nous sommes avertis de ce point de vue.
Nous sommes avertis des processus de reconstruction d’une bourgeoisie dans des sociétés postrévolutionnaires où le pouvoir des travailleurs a été considéré comme accessoire, tout en garantissant aux débuts des processus relatifs d’égalité matérielle. TOUTES ces sociétés sont devenues capitalistes et les couches dirigeantes ayant assumé la direction des processus de libération sont devenues toutes pratiquement en bloc bourgeoisies.
Nous sommes avertis dans les sociétés capitalistes des excès de couches sociales qui se sont constituées en intermédiaires entre bourgeoisie et prolétariat et qui ont planté dans le mur toutes les résistances sociales depuis 20 ans pour la France.
Tout cela passe par la question du pouvoir, comment on la traite, dés les batailles de résistance au capitalisme jusqu’aux niveaux les plus élevés d’une société émancipée des principales exploitations.
Dans les processus de libération, la question de la domination idéologique de la bourgeoisie sur le prolétariat ne ressort pas d’une légende, elle agit en permanence sur ce dernier. Les batailles de résistance des prolétaires créent sans cesse des ruptures dans cette domination, à chaque fois que le capital recule ou est bloqué par les batailles sociales la bourgeoisie recule idéologiquement. Savoir que cela est insuffisant n’empêche sur le constat.
Ce n’est pas tant la domination idéologique du prolétariat qui est là en cause. Toutes les sociétés de classe ont essentiellement l’idéologie de leur classe dominante.
C’est saisir comment les ruptures se font, leurs processus, pourquoi des grèves par exemple portent en elles-mêmes des espérances libératrices même sur les plus réactionnaires des travailleurs, du moment qu’ils font grève.
Comment tout cela se travaille.
La lutte des classes avec (Europe, Indonésie, Afrique du Nord, Amériques) ou sans syndicats (Chine), avec ou sans partis ouvriers (la compagnie est grande), crée sans cesse des ruptures partielles ou totales de domination dans des franges de travailleurs.
L’espérance révolutionnaire se nourrit sans cesse de ce processus qui amène des travailleurs à penser qu’il faille aller plus loin que des résistances économiques pour sortir des sociétés d’exploitation.
Ce processus permanent existe avec ou sans partis.
les partis de la classe ouvrière ont leur utilité en travaillant à structurer et penser les efforts de ces travailleurs ayant rompus avec une partie des limites de certaines batailles, ils travaillent pour concevoir des batailles embrasant et amenant à rupture l’ensemble d’une classe, de concevoir des organisations de toute la classe pour progresser face à la bourgeoisie.
Ces processus existent de fait en permanence dans la société, avec ou sans partis. Mais des partis aident à donner des moyens collectifs de résister et de prendre l’offensive, bref, de systématiser les questions d’offensive contre la bourgeoisie.
La bataille pour la gestion ouvrière passe par les batailles pour l’autoorganisation comme forme d’organisation supérieure et unitaire des travailleurs, qui permet des progressions idéologiques en faisant tester par les travailleurs leurs erreurs, relus impasses, et leurs succès, sans que d’autres en fixent tempos et orientations.
Voir le débat sur "licencielles" sur la question des licenciements boursiers. Rien ne remplace ce qui est expérimenté par les travailleurs eux-mêmes. Les débats qui s’enclenchent sur les choix opérés sont des débats du dedans et ne peuvent relever des sommations extérieures.
Ce débat est différent quand il est mené par des forces qui veulent régler ces problèmes du dedans de l’arène de la bourgeoisie (institutions de l’état).
D’un côté il y a mobilisation et appropriation par des travailleurs et des travailleuses, ne serait-ce que de leurs batailles, de l’autre (pour caricaturer), il y a des politiciens bourgeois qui veulent renforcer leurs places dans les institutions de l’appareil d’état en se servant de la mobilisation sociale.
La première partie de la question permet la progression et la prise en main (même au travers de l’erreur qui est de limiter aux boites qui font des profits le droit de licencier) par les travailleurs eux-mêmes.
De l’autre c’est un dessaisissement. Du moins il n’y a aucun contrôle des travailleurs mobilisés sur des porteurs de lois dans le système institutionnel tel qu’il est.
4. Cornelius CASTORIADIS - "Ce que signifie le socialisme" - extraits, 19 février 2013, 10:37
"
Toutes les sociétés de classe ont essentiellement l’idéologie de leur classe dominante"
Voila qui pose un vrai probléme :
Si l’idéologie dominante est celle de la classe dominante,la révoltution est condamnée d’avance .
Ou alors la classe dominante devient le prolétariat SANS avoir fait la révolution .
Sans avoir le pouvoir politique qui permet cette domination idéologique
la question est de fait :Quand une classe devient elle dominante ?
Comment cela se mesure ?
Peut il y avoir domination idéologique sans pouvoir politique ?
cela me semble impossible .
C’est une phrase de Marx qui sous forme d’aphorisme ne m’a jamais convaincu.
2. Cornelius CASTORIADIS - "Ce que signifie le socialisme" - extraits, 18 février 2013, 00:28
Bien sûr que nous sommes (en partie) co- responsables de nos chaînes. T
Ce n’est pas parce que nous sommes des exploités , voire, souvent, des dominés, que nous devons être EN PLUS infantilisés et même "castrés" par les organisations se revendiquant de "la classe ouvrière" !! J’ai pas demandé à ce qu’on m’absolve de tous mes pêchés (désolée mais pour ça, même LO et son mythe inaltérable de l’ouvrier pur et parfait sans tache — parce que n’a pas le pouvoir, parce que la révolution n’est pas encore arrivée... --- n’atteindra jamais la perfection de la chrétienté rédemptrice :))
Je (en tant que représentante, une parmi d’autre, du prolétariat) ne fais pas la mendicité et je revendique même comme première étape de l’émancipation du prolétaire la reconnaissance de son "droit à l’erreur", de se rendre compte qu’il agit très souvent comme un bourrin, un beauf... qui aime sa servitude - ou en tout cas, qui préfère le petit confort quotidien qu’elle lui offre comme hochet - y compris sur la peau de tous les peuples exploités "étrangers" - à une remise en question plus radicale et moins confortable ( servitude qui, si elle n’est pas volontaire - puisqu’elle est de nécessité ou plutôt, de contingence pure, du fait de la condition prolétarienne en soi - est souvent volontairement entretenue et préservée, intériorisée et finalement intégrée même, quelles que soient les raisons que tout un chacun trouve à cette intériorisation...et quel que soit évidemment, le travail de l’idéologie dominante).
Je vais même aller plus loin ; plus je vieillis, plus je pense que ceux qui colportent que, dans ce bas monde, rien de rien n’est "la responsabilité" - je ne parle pas de "faute" bien-sûr - du prolétariat ,font in fine le jeu de la bourgeoisie car on n’instille pas le désir d’émancipation en permettant à des acteurs sociaux supposés être moteurs de la révolution à venir d’échapper à leur remise en cause... Ce faisant nous ne permettons pas à nos frères de classe de devenir ce qu’ils doivent être.
LL
1. Cornelius CASTORIADIS - "Ce que signifie le socialisme" - extraits, 18 février 2013, 00:29
La preuve de la validité de ma démonstration c’est qu’à un moment donné, selon les systèmes et les époques, les esclaves du moment les brisent, les chaînes - c’est donc bien qu’ils peuvent le faire, et que c’est aussi une question de volonté et d’agir cette volonté. Tout le débat est de savoir ce qui crée les conditions qui permettent / ET empêchent, également - à cette volonté de se manifester et de telle manière qu’elle permet une révolte, une rébellion, une révolution...donc, le débat des conditions objectives de la révolution. On ne gagne rien à "absoudre" le prolétariat de tout ce qui se passe dans le monde . Mais là dessus je renvoie aux extraits de Castoriadis publiés plus haut - la quasi-totalité des organisations dits "ouvrières" aujourd’hui font partie du problème....
LL
2. Cornelius CASTORIADIS - "Ce que signifie le socialisme" - extraits, 18 février 2013, 18:36
"Tout le débat est de savoir ce qui crée les conditions qui permettent / ET empêchent, également - à cette volonté de se manifester et de telle manière qu’elle permet une révolte, une rébellion, une révolution...donc, le débat des conditions objectives de la révolution. ""
oui et le hasard ,putain de hasard !!
un wagon plombé ou pas !!!