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Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ?
par star
Publie le mardi 26 février 2013 par star - Open-Publishing10 commentaires
de Mediapart
Beppe Grillo : un clown inquiétant
23 février 2013 Par marie morisset
Je me souviens qu’en entrant sur la Place de la Bastille, le dix-huit mars dernier, coincée entre des inconnus et des inconnues et poussée par leur énergie, j’entendis l’un d’eux dire « on n’est pas vingt-mille : on n’est CENT-VINGT mille ! ». C’était difficile à croire, on n’osait y croire et pourtant cette foule immense, sa ferveur inouïe semblait nous autoriser à y croire. Ce n’était pas vraiment une manifestation, ce n’était pas vraiment non plus un meeting politique, c’était plutôt un énorme cri. Le cri qui donna, ou redonna, à ce peuple de gauche enfin rassemblé, l’énergie du combat et de l’espoir.
Et quand, en février 2013, je vois ces places italiennes remplies elles aussi de monde et ces citoyens et citoyennes italiens s’émouvoir de ces immenses foules venues écouter celui qui fonda le Movimento 5 Stelle, Beppe Grillo, je ne peux que comprendre, dans un premier temps, leur émotion, leur enthousiasme, leurs frissons.
Mais la différence, c’est que l’énergie qui animait les électeurs venus écouter Mélenchon et ses camarades, venait, entre autres, de la cohérence et de l’intérêt du programme du Front de Gauche, « né de l’exigence de réinventer la gauche en s’appuyant sur l’implication populaire ». C’était cette renaissance de la gauche, d’une gauche qui voulait replacer l’humain d’abord, redonner la parole et le pouvoir au peuple qui était célébrée. C’était le programme du Front de Gauche qui, en plaçant l’humain d’abord, pouvait dire non au diktat de la finance, non aux discriminations, et oui au respect et à la tolérance.
Est-ce le cas en Italie ces jours-ci ? J’ai lu et relu le programme du Movimento 5 Stelle, j’ai lu et relu le blog de Grillo lui-même, j’ai écouté certains de ses discours, j’ai lu plusieurs articles. Et je ne comprends toujours pas.
Le programme est une espèce de liste souvent vague et confuse. Vus les temps qui courent, j’ai lu assez attentivement la page consacrée à l’économie et par exemple, sur ce point, « Riduzione del debito pubblico con forti interventi sui costi dello Stato con il taglio degli sprechi e con l’introduzione di nuove tecnologie per consentire al cittadino l’accesso alle informazioni e ai servizi senza bisogno di intermediari », je reste perplexe. C’est la seule occurrence du mot « dette » dans le programme : le mouvement voudrait la réduire en intervenant fortement sur les coûts de l’État, c’est-à-dire - précision non négligeable, en éliminant les « gaspillages ». Le programme n’est-il pas l’endroit idéal pour développer une idée aussi cruciale, expliquer sur quelles dépenses de l’État exactement l’on compte intervenir, préciser à quels gaspillages l’on fait référence ? Visiblement, ce n’est ni l’idée de Grillo ni celle de ses fidèles car rien de plus n’est dit à ce sujet. En revanche, l’on précise une deuxième façon de réduire la dette : introduire les nouvelles technologies pour permettre aux citoyens d’accéder aux informations et aux services sans avoir besoin d’intermédiaires ». J’essaie de comprendre : suppression des fonctionnaires et leur remplacement par les nouvelles technologies. Je comprends peut-être mal, mais rien de plus n’est dit dans le programme.
Ledit programme se termine par la section « Instruction » : treize points, l’équivalent d’une demi-page. On y retrouve cette passion pour les nouvelles technologies : « abolition progressive des manuels scolaires imprimés, et donc leur gratuité, avec l’accès via internet au format numérique », « accès public via internet aux cours universitaires », « enseignement à distance via internet ». C’est formidable, internet. C’est un outil précieux. Mais si les manuels numériques amènent à l’élimination des manuels papier (je suis contre, mais cela n’engage que moi), les cours universitaires via internet entraîneront-ils aussi la disparition des salles de classe ? Je m’interroge, simplement.
Horrifiée par ce qui se passe en France actuellement, je cherche la section « Immigration » du programme de Grillo. Je ne trouve rien. Je recherche le mot « étranger » : il apparaît une fois. « enseignement gratuit de la langue italienne pour les étrangers (obligatoire en cas de demande de naturalisation) ». Pas exactement ce que je cherchais. Aucun mot du programme ne commence par « immigr ». Étonnant. Je vais faire un tour sur le blog de Grillo - www.beppegrillo.it. Je retrouve l’article dans lequel il explique que ça n’a pas de sens, selon lui, de vouloir accorder la nationalité italienne aux enfants d’immigrés nés en Italie. Le droit du sol lui semble visiblement être une idée complètement farfelue. Il écrit sur son blog que cette proposition n’avait pas de sens - « senza senso ». Ma perplexité commence à se transformer en colère. Je continue de lire son blog, je tombe rapidement sur le court paragraphe où il regrette « les problèmes causés par des dizaines de milliers de rom de la Roumanie arrivés en Italie » : le gouvernement qui a laissé ces rom entrer en Italie a mis en péril la sécurité des Italiens, écrit Grillo, avant de conclure, sur le ton du regret, qu’« autrefois, les frontières de la Patrie étaient sacrées ». J’ai l’impression de lire un tract du Front National. Je poursuis mes recherches et tombe sur cette vidéo d’un meeting public où il hurle que « le gouvernement roumain s’est libéré du pire » en envoyant cinquante mille Roumains en Italie. (Je reviendrai plus tard sur le fait que dans cette video d’une dizaine de minutes, je l’entends à plusieurs reprises hurler « porca puttana » et que, une fois de plus, mes poils se hérissent).
À ce stade, je suis sûre d’au moins une chose : Grillo est de droite. Ajoutez à cela sa réponse royale à un groupe de néofascistes, Casapound, qui lui demandait s’il était antifasciste : « l’antifascisme ne me regarde pas », son refus de l’euro, sa volonté d’éliminer les syndicats et le tableau est de plus en plus clair. Grillo défend des idées de droite et d’extrême-droite. Son mouvement est donc un mouvement de droite. Et de nouveau, perplexité. J’ai l’impression que dans les journaux, l’on parle souvent de lui comme d’une force plutôt de gauche. Et je repense à certaines de mes connaissances qui le soutiennent avec ferveur et qui se disent de gauche. Et je repense à ces foules immenses qui sont venues l’acclamer ces jours-ci.
Ne sachant plus sur quel pied danser, je décide d’essayer de comprendre ce que Grillo lui-même dit sur la question. Partout - blog, articles, meetings, il semble fier d’affirmer que lui et son mouvement ne sont « ni de droite ni de gauche ». À l’entendre, il a su se libérer des « étiquettes », contrairement à tous ces vieux mammouths de la politique qui continuent de s’enfermer dans ces idéologies toutes faites. Mais affirmer que l’on est de gauche, ce n’est pas s’enfermer dans une idéologie aliénante ou paralysante, c’est au contraire affirmer que l’on partage une vision éthique et politique du monde et de l’autre qui font que, comme le disait Deleuze, « l’on perçoit d’abord l’horizon ». Percevoir l’horizon, l’horizon de l’autre, avant de se percevoir soi-même. « Être de gauche, c’est savoir que les problèmes du Tiers-Monde sont plus proches de nous que les problèmes de notre quartier », explique Deleuze. Grillo pourra dire ce qu’il voudra : il n’est pas de gauche. Il est de droite. Ces deux termes ne sont pas des étiquettes réductrices. Aujourd’hui plus que jamais, ils sont ce qui définissent une ligne de pensée, un horizon politique. Mais celui qui refuse les étiquettes « gauche » et « droite » aura-t-il l’honnêteté de reconnaître que ses propos sont xénophobes ? Ou ce terme est-il lui aussi à bannir, à dépasser, à mépriser ?
On ne le saura pas car le grand Grillo a cette autre caractéristique fascisante de ne répondre à aucun journaliste, de ne donner aucune interview, de refuser toute discussion. Hier, à Rome, lors du dernier meeting qu’il donnait avant les élections de dimanche et lundi, il a même refusé l’accès aux journalistes italiens. Pire, il a demandé l’aide des carabiniers pour les éloigner. Censure ? Dérive autoritaire ? Cela me rappelle l’élégant nom qu’il a choisi de donner à sa tournée de meetings : le « Tsunami Tour ». Pour le respect des victimes de tous les tsunamis destructeurs qui ont ravagés plusieurs côtes, l’on repassera...
Je sais que l’on me reprochera d’avoir tu dans ces quelques lignes toutes les bonnes idées de Grillo mais je ne sais même plus vraiment si elles valent la peine d’être considérées. On peut vouloir redonner le pouvoir au peuple mais si c’est en parlant des rom comme d’une « bombe à retardement », en méprisant journalistes et syndicats, en insultant les prostituées (à chaque fois qu’il hurle, dans un cri de colère, « porca puttana », lors d’un meeting, en utilisant publiquement le mot « puttana » comme une insulte, oui, Grillo manque de respect à toutes ces personnes qui vivent de la prostitution), en se vantant que les femmes de son mouvement ne sont « pas des femmes siliconées mais des femmes qui élèvent leurs enfants » (quelle intéressante image de la femme, réduite à la maternité...), j’en passe et des bien pires, quel sens cela a-t-il ?





Messages
1. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 26 février 2013, 08:35
Ouais, comparer Grillo à Coluche (italien d’origine) est grotesque. Le profil deTapie correspond bien mieux...
1. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 26 février 2013, 10:49
Politiquement parlant quelle différence y a-t-il entre un charlatan et un amuseur de galerie ?
OUI ! Inquiétant !
un coco 40
2. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 26 février 2013, 11:07, par JMdS
Qui finance ce mouvement ?
3. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 26 février 2013, 11:13, par Roberto Ferrario
Faut pas oublie se que Grillo a dit dans une vidéo :
"Frapper les marocaine casse couille vous le pouvez, vous devriez"
"Picchiare i marocchini rompicoglioni si può, si deve. "
A voir ici : http://bellaciao.org/it/spip.php?article32631
4. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 26 février 2013, 11:14, par Roberto Ferrario
Personnellement je serai plus discret avec Melenchon, qui dans une certaine forme n’a rient a envier a Grillo..........
5. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 26 février 2013, 11:35, par V13
Hé oui, un poujadisme de plus, avec le bon vieux référent à "l’authentique" heideggerien, dont on sait ce qu’il donne. Mais la gauche elle-même, avec son invocation religieuse à "l’économie réelle", est tombée depuis longtemps dans le même piège. A vouloir toujours "revenir" à un réel fantasmé, via l’économie, l’état, le travail, toutes formes sociales critiquées par le vieux barbu qu’on ne lit pas vraiment - nous nous promettons certes des révolutions... mais des révolutions réactionnaires, et un pas de plus vers l’anéantissement.
6. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 26 février 2013, 12:38, par A.C
Si j’ai bien compris, en ITALIE, il y a besoin de Clowns populistes pour "casser " le système qui les étrangle.
On pourrait effectivement sourire en disant que chez nous, sous le Chapiteau FDG, Laurent-Le Hyaric nous évitent les BEPPE G.
Et que JLM c’est"l’histoire d’un mec..etc"..
..
¨Plus fondamentalement et malgré toutes les différences entre ces mouvements "nouveaux", les fachos d’AUBE DOREE, les BEPPE G, certains capteurs de "nationalismes " à la sauce de l’EST , voire chez quelques indépendantistes de Catalogne, comme chez nous des expressions de "rejet dela politqiue" par le dégueloir -capteur de voix sur la fille le PEN, tout cela relève, avec des formes différentes, d’une montée dangereuse de "rages " qui ne sont pas forcèment dérangeantes pour le K.
Je pense la même chose du risque de pseudo "radicalisme" du desepoir, du style baptisé "violences ultra-gauche" ...(genreB.R des années 70, GRAPO espagnols, ou A.D e Rouillan etautres groupuscules européens)
.
Révoltes, populimses, voire demain émeutes sans lien avec une perspective révolutionnaire, c’est pain béni pour l’adversaire de classe.
Les colères se matent à la répression et à la montée, dans les masses, des"peurs" de "l’inconnu"
Du moins si , dans les LUTTES sociales de résistances, le besoin d’auto organisation ET lla construction PROJET-Orga révolutionnaires..ne sont pas à l’Ordre du JOUR !
.Les raclées au Bipartisme"instituionnel, S.Odu Caitalisme , pourraient se faire, dans les rues et dans les urnes avec des martinets qui puent....
Selon moi.
A.C
1. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 26 février 2013, 13:35
""Je me souviens qu’en entrant sur la Place de la Bastille, le dix-huit mars dernier, coincée entre des inconnus et des inconnues et poussée par leur énergie, j’entendis l’un d’eux dire « on n’est pas vingt-mille : on n’est CENT-VINGT mille ! ». C’était difficile à croire, on n’osait y croire et pourtant cette foule immense, sa ferveur inouïe semblait nous autoriser à y croire. Ce n’était pas vraiment une manifestation, ce n’était pas vraiment non plus un meeting politique, c’était plutôt un énorme cri. Le cri qui donna, ou redonna, à ce peuple de gauche enfin rassemblé, l’énergie du combat et de l’espoir.""
et que pensent ils maintenant ces 120 000 d’entendre Buffet dire qu’elle n’est pas dans l’opposition à Hollande ,qu’elle veut faire gagner la gauche ?
Que faut s’allier pour des équipes communes avec le PS en 2014,ce même PS qui poursuit en l’aggravant la politique se Sarko ?
Que disent ils ces 120 000 de "gauche" quand le FDG s’abstient sur l’austérité ,
En fait sur la misére de notre classe mais dont Melenchon,Buffet seront dispensés ?
Ne sont ils pas comme les pauvres manipulés de BepeGrillo ?
comment peut on se mettre à la remorque d’un populiste apparatchik presque toute sa vie,ayant un statut de politicien privilégié et n’ayant recherché que ça dans sa vie .
Quand donc vous respecterez vous vous mêmes ?
2. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 26 février 2013, 20:39, par Paco NPA
Au delà de la dénonciation du clown sinistre, de la droite et de la fausse gauche...
Il se confirme que la crise majeure du capitalisme ne génère pas que de l’anti-capitalisme (au sens classiste).
Bien sur les rapports de force électoraux ne sont qu’un reflet déformé des rapports entre les classes... Mais un reflet quand même.
La "gauche radicale" semble s’être pris une sacrée claque.
Nos amis de Bc ont ils des éléments d’analyse ?
Socialisme ou barbarie !
Ca urge de s’activer...
3. Italie : Beppe grillo, un clown inquiétant ? , 27 février 2013, 14:32
La Nature a horreur du vide.
Ceux qui ont cassé le rempart de l’antifascisme communiste et marxiste au profit d’une repentance fabriquée dictée par l’ennemi n’ont pas fini d’en subir les conséquences.
Eux et ceux qui les ont suivi par ignorance ou par paresse.
Dans un "trou" tout s’engouffre lors des crues incontrôlées.
Le "bon", mais aussi les "ordures" de tous poils.
Et y a rarement des trésors dans les caniveaux de la vie.
Les Mouvements et Partis de défense des travailleurs sont devenus soit des coquilles vides, soit de bons crypto-collaborateurs de l’Ennemi capitaliste.
Tout ça au nom du sacro-saint "réalisme politique".
Finamement, toutle monde a ce qu’il désire...
Les patrons ont leur coudées franches pour assassiner au travail, les travailleurs ont la liberté de crever de faim ou de se bouffer entre eux, et on parle plus de ce putaing de Communisme de merde qui voulait niveler tout le monde au milieu de l’échelle sociale.
Vous n’y pensez pas non ? Moi au même niveau que ma concierge portugaise ? Ca va pas ???
Alors que nous on voulait vivre NOTRE vie. Et de préférence en haut au dessus des "autres".
Comme le dit si bien la FDJ : "Y a que ceux qui joueront qui gagneront".
Les autres.... ???? Z’ont qu’à mourir !
Aujourd’hui, celui qui se dit "marxiste" passe pour un sectateur dangereux d’un obscur groupuscule, celui qui se dit "communiste" pour un soutien de Pol-Pot, Lénine est assimilé à Dracula, l’Ex-URSS à un immense camp de concentration, et le concept de "Lutte de Classes" est relégué au catalogue de la lutte contre la pédophilie.
Et tout ça avec la bénédiction et le soutien de ceux qui auraient du l’empêcher et debunker la manoeuvre.
Etape suivante :"Les Clowns dans la politique". Avec une ou deux périodes distractives et buzzantes sur la protection des chiens de traîneaux sodomisés par des maîtres indignes, suivies par quelques autres sur les souffrance et la dégénérescence de la carotte cultivée près de Marcoule.
Avec appel au public pour envoyer des fonds, des boîtes de Canigou, suivi une grrrrrande manifestation antinuke.
Ca avait commencé avec Reagan au States et bien développé depuis. Mais c’est vrai que ce sont eux qui drivent tout ça et c’était le prototype du concept.
Donc, personne ne finira au Gulag du côté de Novosibirsk. Putine a déja les siens à caser et il sait qu’on est en de bonnes mains.
On devra se contenter de Guantnamo ou de Bagram, ou d’un Camp de la FEMA, (deja prêt), ou de la DRCI, (En projet).
C’est vrai que le climat y est quand même plus acceptable.
Et les Libyens "libérés" à l’Uranium appauvri à la demande et avec le soutien des bien pensants de gôche européens, ou les Maliens qui ne savent même plus ou ils sont, coincés entre de multiples feux allumés avec nos impôts, ils en pensent quoi de Beppe GRILLO ???
Et ils "pensent" quoi de la Gôôôche bien de chez nous et de comment on s’est laisser niquer par nos sous-marins internes.
Ca serait intéressant d’avoir leur avis sur la question ?
Non ?
((- :
G.L.