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Le communisme reste une référence foncièrement utile

par Roger Martelli

Publie le mardi 12 février 2013 par Roger Martelli - Open-Publishing
6 commentaires

Le sondage de l’IFOP me semble un reflet fidèle de la réalité, dans toute sa contradiction. Le PCF s’est refait une petite santé en faisant le choix du Front de gauche. Il a aidé la gauche de gauche à se requinquer et il a perdu l’image d’un communisme moribond et d’un appareil irrémédiablement sclérosé. Mais nul ne sait ce qu’il va devenir à terme et beaucoup se demandent si le bol d’air du Front de gauche ne va pas, au bout du compte, se transformer en étouffoir. Voilà la photo exacte.

L’histoire est faite de bifurcations et parfois on emprunte la bonne voie, parfois une voie de garage. Pour le PCF, comme d’ailleurs pour tout le Front de gauche, l’autoroute ou l’impasse dépendront de plusieurs choix.

1. Le premier est une question d’analyse rétrospective immédiate. Le Front s’en est plutôt bien sorti dans la dernière période, entre les européennes de 2009 et les élections nationales de 2012. La gauche de gauche est sortie de sa marginalité et elle pèse dans le paysage politique. Si le PC en tire la conclusion que les mauvais jours sont définitivement passés et qu’il peut tirer pour lui-même le bénéfice de la dynamique 2012, il se prépare de rudes déconvenues, comme celle de 2005-2007. S’il en tire la conclusion que la force du Front est dans la convergence qu’il exprime et que nul, ni force militante nombreuse ni personnalité charismatique, ne peut tirer la couverture à lui, alors il a encore des cartes à jouer.

2. Le deuxième choix est à plus long terme. Que va devenir le Front de gauche ? S’il reste un simple cartel, qui plus est archi-dominé par le PC et par le parti de Jean-Luc Mélenchon, la pâte risque de retomber. Mais s’il cesse d’être un simple cartel et s’il s’ouvre à la participation citoyenne directe, se posera la question de son statut. Est-il une simple adresse commune, chacun restant calfeutré dans son pavillon personnel ? Dans ce cas, il risque de camper dans la cour des « petits-moyens » et la main reste aux grosses pointures : donc, pour la gauche, elle reste au PS. S’il veut passer du côté des « grands », il faudra qu’il dise s’il se résout à être une véritable force politique, diverse dans ses sensibilités, mais fonctionnant comme une structure démocratique cohérente. Mais, dans ce cas-là, le cartel ne finira-t-il pas par être un poids ? Dilemme difficile ? Sans doute. Mais rien ne serait pire que le retour à la case départ, à la situation d’avant le Front de gauche.

3. La troisième question renvoie encore plus loin. Pour ma part, je crois que le communisme, avec son parti pris de partage et de mise en commun, avec sa radicalité émancipatrice, avec son expérience historique de sociabilité politique, reste une référence foncièrement utile. À côté d’autres cultures, d’autres partis pris, d’autres expériences de la société, certes, mais il a ses vertus intrinsèques. Qu’il disparaisse du paysage ne me conviendrait donc pas. Mais je ne pense plus comme autrefois que le communisme, pour persister dans son être, a besoin de se constituer en parti politique séparé. Les partis en général ont besoin de se subvertir, pour rompre avec leurs habitudes hiérarchiques et verticales, héritées de l’État. Or je crains que cette subversion ne soit plus ardue encore, si elle doit se mener à l’intérieur d’une myriade de petites boutiques, autour de micro-appareils. Pour faire vivre le communisme comme référent politique et culturel, je préfère aujourd’hui le penser dans une vaste maison commune, qui accueillerait toutes les sensibilités de transformation sociale, de rupture avec l’ordre social dominant, de refus de toutes les aliénations, de classes, de genre, de sexe ou d’orientation sexuelle. Bref, toutes les forces d’alternative à ce qui broie les hommes et pourrit nos écosystèmes. Séparée des autres, l’idée communiste se transformerait en bunker ; elle s’enkysterait dans le passé.

Moi qui suis resté longtemps militant et responsable du PCF, qui continue de l’observer avec estime et affection, qui chemine aux côtés de ses membres, je continue d’attendre d’eux le maximum d’ouverture et d’abandon du quant-à-soi. Sans eux, la gauche de gauche n’est pas grand-chose. Mais sans ce qui constitue aujourd’hui la part la plus dynamique de la gauche, le communisme n’est qu’une force résiduelle.

Il mérite bien mieux.

http://www.newsring.fr/politique/1883-pcf-le-communisme-a-t-il-encore-de-lavenir/31741-le-communisme-reste-une-reference-foncierement-utile

Messages

  • La 4ième question : l’ouverture c’est jusqu’au PS pour maintenir les postes institutionnels et donner des leçons de révolution les dimanche et jours de fêtes.

  • La marche vers le Socialisme, réforme après réforme , oui, encore faut-il les faire et démocratiquement avec accompagnement du Peuple . Le temps qu’il faut ? Je dirai peu importe l’important est qu’elles se fassent ! C’est me semble-t-il la voie choisi par les pays Latinos Américains de l’ALBA et élection après élection la justice sociale l’emporte nonobstant les activités souvent néfastes de l’opposition néo-capitaliste ! Parce que la vérité est Révolutionnaire (Lénine) et à armes médiatiques égales, plus ou moins, les nantis défendant leurs privilèges sont battus ! Il n’est pas vrai que l’Être Humain nait avec l’égoïsme ! Les erreurs du passé ? Qui dira que le Christianisme ne commis pas d’erreurs et des crimes au cours des siècles écoulés ? Il est toujours bien présent que je sache ! Alors les injustices s’aggravent , la crise capitaliste qui n’en finit pas , au Militantisme, à la Solidarité à s’exprimer pour faire face à ce monde qui marche sur la tête ! La Construction d’une force de Progrès Social est bien sût la clé de l’Unité pour vaincre !!!

    • Bref, le PCF doit se dissoudre, comme la classe ouvrière, dans la social-démocratie, elle même soluble dans le social-libéralisme, comme en Italie où même le terme "socialisme" a disparu. Martelli finira à l’Académie française.

    • Article journalistiquement intéressant...

      A part cela, il y a juste un problème, c’est que Martelli ne donne aucune définition du communisme.

      Parce que s’il s’agit du mouvement réel visant à abolir l’ordre existant sur les questions centrales de la propriété privée des moyens de production et de l’exploitation de classe autant le dire ainsi.

      Cela permet de discuter des articulations avec le combat contre toutes les oppressions, des alliances, d’éventuels "fronts" et de la stratégie autrement que d’un point de vue... Journalistique...

    • « A part cela, il y a juste un problème, c’est que Martelli ne donne aucune définition du communisme. »

      Effectivement c’est le premier problème et pas un hasard : le programme du FdG de Martelli a même effacé le mot socialisme, et ne propose surtout pas la socialisation des moyens de production. Par contre il propose de renforcer la police et l’armée. C’était en prévision de la résistance face aux licenciements ou pour protéger les intérêts impérialistes de la France ?

      Le second problème, en fait volet complémentaire, c’est la voie parlementaire. Nulle part jamais il n’y a eu renversement de la bourgeoisie de cette façon...Mais comme ce n’est pas l’objectif des policiens du système, tout va bien !

  • Cher Roger,

    IL y a chez toi, comme chez d’autres ex dirigeants du PCF que j’ai fréquentés, qui ont quitté ou pas le PARTI(je pense à mon ami Zarka), tout ce qui,certes exprimé avec ce que j’appelle l’effort neuronal qui hélas, fait défaut à toute une galaxie "frontiste de gauche" qui voit des tendances se lancer dans des débats sans fins sur le type d’Organisation selon votre expression" à "bétonner" à la gauche de lagauche"..une approche avec laquelle je ne me sens pas en phase.

    Ce"requinquage de la gauche de la gauche" selon ton expression, permets ma brutalité : c’est "pipeau " pour la classe ouvrière, la jeunesse, etces pans de notre société qui vit dans une précarité, marginalité ou l’a plongé la CRISE SYSTEMIQUE du Capital..
    Or, objectivement-et je repête ici qu’avec mon passé militant du modèle soviétique ajouté au "programmatisme commun", je suis plus responsable du déclin du PCF que Hue , Marie- Georges ou Laurent !!-

    .... , il me semble que la question que pose ton article suppose de se ressourcer un brin aux fondamentaux du Marxisme

     Oui on non, le Capitalisme doit -il, si nous ne voulons pas connaitre le retour à l’âge des cavernes, à être "dépassé-aboli" en processus incluent une Lutte des CLASSES sans aucune mesure d’avec ce que nous avons pu menerquand il yavait du"grain à moudre" , quand"réformer n’était pas synonyme de recul social, démocratique, humain.
    .
     Si oui et si le primat ce sont "les masses qui font l’histoire" est ce que tout révolutionnaire conséquent se doit d’aider aux nécessaires apprentissages d’autoorganisation de Résistances, donc d’approfondissement de ce que "Autogestion" et "communisme libertaire" ont pu , durant des longues, trop longues décennies étre enfermésà double tour dans les tiroirs des partis qui sont nés de la matrice léniniste (pas seulement le PCF)

     Si on se met d’accord sur ces questions, si on admet que "QUI POSSEDE, DECIDE" alors est ce que la question de l’’appropriation sociale des moyens de création de richesses et de vol de celles- ci par le K- grâce notamment à un système financier sophistiqué et opaque, )

    ......... ne doit elle pas être au coeur du débat nécessaire à la force communiste divisée, éparpillée", telle que nous l’avons à quelues uns rappelé en 2007 en co-rédigeantl’"Appe lpour des ASSISEs DU COMMUNISME",
    Pardon de nous citer

    http://www.le-militant.org/extremegauche/assises.htm

    Il faut se rendre à l’évidence : les forces qui se réclament du communisme apparaissent éclatées, désillusionnées, découragées, traumatisées… Certains se prononcent même pour leur disparition. Or, plus que jamais, il est indispensable d’offrir une perspective à l’espoir

    Ce texte , va beaucoup plus loin que ce que j’avais signé "ETATS GENERAUX" avec toi et d’autres...

     Vient ensuite -ou plutôt dans ce mouvement de la Lutte des classes , les questions institutionnelles ..

    Les nier serait absurde.

    pour s’inscrire dans le dépérissement del’ETAT, il faut prendre les POOUVOIRS à subvertir.

    Partout.

    Encore faut-il que ce qu’on nomme la"démocratie représentative" ait un sens !
    La question de l’Orga qui sera, si les masses le décident en lien avec la réflexion et l’apport des communistes de tous C.V..., la structure à inventer, ..est aussi dans cette clarification

    Le coup de "battre laDroite " quand un Hollande appllque lee programme du MEDEF et de MERKEL.., ça n’est plus un argument..

     Donc cette question du 3parti" ou du"Movement" à créer, cela suppose de voirsi nous sommes d’accord sur quelques principes :

    - Refus du Parti-Guide, ..: : donc construction inédite, d’un type d’Orga UTILE, voire indispensable mais sans la prétention de se poser en décideurs de ce qui convient à uneSociété..qui-et je ne m’en réjouis pas- considère quebles"partis , tous, même ceux qu’on nommait l’"extrèem gauche" ont fait leur temps, parce qu’inadapatés au recherches plusou moins conscientes de pouvoir "DECIDER" de son avenir !..sans qu’on te l’écrive dans le marbre de tel C.N ou telle autre"direction"(??)

    C’est dire, Cher Roger que ton texte fourmille de formules qui ne me semblent absolument pas s’inscrire dans ma modeste réflexion

    Il est vrai que Marx nous a appris que l’"ancien" le dispute au nouveau..

    Je reconnais bien volontiers que le"nouveau" que j’exprime n’est pas en position de"force" par rapport à,l’"ancien que tu me sembles vouloir repeindre , avec talent certes, mais selon moi, sans que tes propositions soient de nature à faire bouger le curseur TRAVAIL/K..
    Je les sors certes de leur contexte mais c’est pour insister sur notre divergence de fond..
    Tu écris

    rien ne serait pire que le retour à la case départ, à la situation d’avant le Front de gauche.

    Admettons..

    Mais tu poursuis..(j’assume le gras ajouté à tes phrases)

    . Pour ma part, je crois que le communisme, avec son parti pris de partage et de mise en commun, avec sa radicalité émancipatrice, avec son expérience historique de sociabilité politique, reste une référence foncièrement utile

    OUI.

    LE COMMUNISME !
    , "lui", OUI !

    mais quand tu dis.., dès lors,..

    Mais je ne pense plus comme autrefois que le communisme, pour persister dans son être, a besoin de se constituer en parti politique séparé.

    Là je"tique"..

    Que la forme-parti soit à revoir.oui

    Mais le COMMUNISME a besoin de son ORGANISATION REVOLUTIONNAIRE
    "séparée" de TOUT ce qui -en non dit ou en le disant-persiste àréguler , à mander l’irrégulable et entend "moraliser" l’enfer..

    Soyons clairs :
    Le passé récent de DIVORCE d’avec la désespérance ouvrière, populaire,a mis le PC hors de capacité d’être "écouté "des masses..de pouvoir aider à des repères de classe, des espoirs de"tous ensemble"..vainqueurs !

    Aussi Roger, ta formule me laisse très -sceptique

    . Pour faire vivre le communisme comme référent politique et culturel, je préfère aujourd’hui le penser dans une vaste maison commune

    Ouais..

    J’ose juste une provocation..
    Dans cette "maison commune" je n’entends pas être co-locataire avec certains qui, dans mon dos ... négocient avec les" propriétaires "
    Dans l’actuelle "nébuleuse" FDG, dans certains projets d’aller "plus loin" ( tu connais bien mieux que moi les "dessous " cachés aux militants du PCF quant aux évolutions programmées du FDG,)... je ne vois que chèvres et choux et communisme "chauve souris"

    En plus quand le PCF , force principale de de "machin" vit avec 40 pour cent de reversements des élus..
    Et que la course aux miettes que jettera sous la table le PS , est déjà engagée pour 2014 avec, en plus, un projet de coordination "européiste" au sein d’un PGE devenu petite succursalle du PSE.., alors là ; ;"ta maison commune"....

     :))

    Je retire du dernier Congrès, de ce que je sais de certaines magouilles, de l’état réel des forces en présence , l’impression que l’ami TOLLET, du Comité de Liberation de Paris , communiste visionnaire , était optimiste quand il lançait, en quittant le Parti, aux dirigeants d’alors :

    "Il y aura un Parti COMMUNISTE..
    Avec vous, sans vous ou contre vous"

    J’ai le sentiment que ce sera forcèment CONTRE ceux qui ont décidé de barrer la route au Communisme.....fut ce en se réclamant de"lui" !

    Dit cordialement dans ce débat,

    Alain Chancogne

    A.C